Serpent ENSBA.jpg Elise Chaney responsable com ENSBA, Fouad Bouchoucha, özlem Sulak, Dania Reymond et Riccardo Giacconi

 

 

Par Alain Vollerin

 

Décidément, il est bien loin le temps où l’art contemporain se lovait dans les méandres du Minimalisme. J’avais prévu la naissance du Maximalisme , comme réponse à cette volonté d’enfermer, de taire, de contraindre les sentiments des artistes dans le silence. Nous y sommes plus que jamais.

 

La mode est à la poésie, seule capable de traduire le Vrai, le Beau. Pourquoi pas ? Mais, comme on se marre quand on sait à quel point la poésie fut moquée, et les poètes ridiculisés. La 11e Biennale est déclinée par Victoria Noorthoorn et Thierry Raspail autour d’un vers d’un poème de l’irlandais Yeats, un des pères du roman moderne : « une étrange beauté est née… » ici, on a choisi une magnifique poésie de D.H Lawrence "Serpent" (ne pas confondre avec Lawrence d’Arabie). Auteur de « l’Amant de Lady Chaterley », on a beaucoup reproché à son œuvre une dimension phallique. Ce serpent ne serait-il pas une sorte de double de l’auteur ? Son frère ? Une part de son inspiration de Surmâle ? L’exposition, inscrite en Résonance de la 11e Biennale, est présentée aux Subsistances, dans ce qui fut le réfectoire des nonnes, heureusement sauvegardé par la vigilance de l’ex-adjoint à la Culture, Denis Trouxe. Emilie Renard, curator et critique d’art, fut professeur dans les écoles d’art des villes de Nantes, Le Havre, Cergy et Dunkerque. Sa forte personnalité a sans doute joué un rôle déterminant dans le choix du thème exprimé par les élèves présents : Katinka Bock, Fouad Bouchoucha, Amélie Derlon-Cordina, Latifa Echakhch, Riccardo Giacconi, Jacques Loeuille, Dania Reymond, Gaëtan Robillard et özlem Sulak tous issus du programme Post-diplôme de l’Ecole Nationale des Beaux-Arts de Lyon (ENSBA). Pour résumer, il est question de ne pas rejeter ce qui nous apparaît étranger, différent, pour ne pas se livrer à " une mesquinerie " (comme le lumineux personnage de la poésie de Lawrence).

 

L’élève, déjà ou futur artiste, professionnel incontestablement exprime ce qu’il a en lui, et aujourd’hui ce sont souvent des récriminations assez violentes, mais toujours référentes. Tous les élèves exposants sont formatés. Ainsi comment, devant la boule de papier froissé de Latifa Echakhch ne pas penser à Wang Du. Ici, le document mis en globe était une planisphère. Nous sommes dans l’évidence. Aucun des élèves n’échappe au premier degré. Il faut d’ailleurs un surveillant pour que nul n’envoie un coup de pied dans cette œuvre posée au ras du sol. « Mange tes morts ! » C’est ainsi qu’on s’insultait entre émigrés et français des milieux populaires, dans les rudes années soixante. Amélie Derlon-Cordina en a fait le titre de sa vidéo de 25′ dans laquelle des êtres s’animent sinistrement, où les séquences sont suivies de textes comme au temps du cinéma muet, mais ici ils sont lapidaires, tout étant politiques dans l’art contemporain actuel. Riccardo Giacconi produit une installation sonore inspirée par le Centre d’Histoire de la Résistance et de la déportation à Lyon. Histoire d’absence, de vide, de manque, de rendez-vous ratés… Katinka Bock joue avec une dizaine de petits cubes en céramique émaillée. Tous les jours, elle en déplace un, tentant de dire le temps qui s’écoule, l’éternité… özlem Sulak avec 380 livres ayant échappé à la destruction, et une étagère, nous dit la censure, car ce sont des ouvrages qui tous furent interdits en Turquie. Dania Reymond a filmé le tableau d’Hubert Robert (dont vous pourrez voir beaucoup d’œuvres conservées par le musée des beaux-arts de Valence). Vue imaginaire de la grande galerie du Louvre en ruines. Au fond on aperçoit sur une plage une vague silhouette. Comment faire alors pour que le Beau ne l’emporte pas sur le Vrai ?…

 

 

Jusqu’au 15 octobre 2011 Réfectoire des moniales ENSBA Les Subsistances 8 bis quai St-Vincent – Lyon 1er 04 72 00 11 71

 

Entrée libre du mercredi au samedi de 13h à 19h Ouvert pendant les journées professionnelles 11e Biennale 12,13,et 14 septembre 2011 et pendant les journées du Patrimoine – 17 et 18 septembre 2011