antoine_sanner Pascal Petris (LCL), Alain Vollerin, Patrick Sanner, Alain Trescartes et Raymond Benamran (LCL) – Photo © Fabrice Schiff

 

Par Alain Vollerin

 

Antoine Sanner (Homécourt 12 février 1923 – Lyon 24 avril 1982) à l'origine n'est pas lyonnais. Il ne le fut donc jamais. Ainsi le veut, dans notre bonne ville, la tradition. Il avait rejoint à l'école des beaux-arts de Lyon, après un passage dans un centre de formation au dessin industriel à Mulhouse, Paul Clair, le premier sanziste inscrit dès 1941.

 

Il fit ensuite connaissance de tous les autres membres du groupe, élèves de l'école : Jacques Truphémus, Pierre Doye, Jean Fusaro, Françoise Juvin, Pierre Coquet, Jean Mélinand le sculpteur qui devint designer pour Calor, André Laurent dit Lauran, James Bansac, Roger Bravard, André Cottavoz, et plus tard, en 1945, Paul Philibert-Charrin, libéré du STO. Pour d'autres, en 1943, les études furent interrompues par le S.T.O véritable réquisition de la jeunesse française par le régime allemand nazi. Antoine Sanner vit partir ses amis Jacques Truphémus et André Cottavoz. Deux professeurs marquèrent la conscience et la manière de ces étudiants fougueux : Antoine Chartres et Henri Vieilly, auxquels on peut ajouter René Chancrin. En 1945, Antoine Sanner fut accueilli par PIerre Combet-Descombes qui présidait alors le Salon du Sud-est, avant de céder sa place à Antoine Chartres. Le Salon du Sud-Est était alors, avec le Salon d'Automne, la seule vitrine importante pour la Modernité artistique à Lyon. Comme Jean Fusaro, ses paysages urbains sont alors marqués par la signature de Maurice Utrillo, puis, comme Elisabeth Barbezat par l'esprit d'Henri Matisse. Il peint lui aussi comme Paul Cézanne, ses baigneuses. Très vite, il décrit le monde qui l'environne : la Route de Genas en 1945,  le wattman en 1946, sur le pont Wilson en 1946, la femme au chapeau en 1947. Comment échapper à la renommée de Pablo Picasso ? Dans un geste qui évoque aussi ceux de Jean Le Moal admirateur du catalan, il peint Femmes et Oiseaux en 1948, et Premier Mai en 1949. En 1948, il figure parmi les fondateurs du groupe Sanzistes qui expose à la chapelle du lycée Ampère. Comme son indéfectible ami Pierre Doye, comme Georges Adilon, à l'aube des années cinquante, Antoine Sanner s'éloignera de la Modernité figurative pour s'engager dans une Abstraction qui ne se refuse aucune audace. Très vite, la couleur révèle les passions enfouies, dissimulées de l'artiste. Comme beaucoup d'amis de sa génération, il se libère, tout en conservant des réminiscences de son passage à Mulhouse, où il avait appris le dessin industriel, comme en témoigne la toile intitulée Prise de Fonction en 1951, ou le dessin nommé Clefs anglaises surréelles, la même année. Notre Cité ne manquera jamais de nous surprendre. Nous ne comprenons pas pourquoi, René Deroudille qui cherchait alors à concevoir une école lyonnaise abstraite n'est pas entré en relation avec Antoine Sanner. Mystère ? Toujours est-il qu'Antoine Sanner est un des plus beaux représentants de l'Abstraction, quelle soit gestuelle ou construite à Lyon !… On retrouve certaines constructions proches de Paul Klee. On voit avec bonheur qu'il a vu l'œuvre d'Olivier Debré et ses signes personnages, celle d'Antony Tapiès  avec ses empâtements et autres empreintes d'objets. Mais, si nous devons retenir une leçon du parcours de solitaire d'Antoine Sanner, nous devons lire sur ses toiles une volonté de comprendre et ressentir l'univers en poète, après avoir choisi délibérément d'accepter tous les risques d'une prise de position, alors très mal acceptée dans notre rigoureuse province.

 

Antoine Sanner – Du Sanzisme à l'Art abstrait

Jusqu'au 9 juillet 2010

LCL- Crédit Lyonnais

18, rue de la République – Lyon 2e

Métro et parking Cordeliers

Entrée libre Mardi au Vendredi 9h à 17h30

Pour tous renseignements 06 32 62 93 21