Photos © Saby Maviel & Fabrice Schiff

Par Baudouin Wisselmann

A 48 ans, la fondatrice de Courir pour elles, Sophie Moreau, s’est vue remettre les insignes de chevalier de l’Ordre national du Mérite des mains de Simone André dans les salons de la mairie du 6ème en présence de Pascal Blach et de Nicole Chevassus sous les applaudissements des partenaires et bénévoles de l’association qui lutte contre les cancers féminins. Rencontre.

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Une femme très souriante nous ouvre la porte du siège de Courir pour elles : sa présidente. Joviale et délicate, elle se présente sous deux facettes, celle d’une combattante et d’une sportive de toujours, ou plutôt athlète, elle prépare en effet pour le mois d’août un Iron Man, l’épreuve suprême de triathlon avec 3,8 kilomètres de nage, 180 de vélo ainsi que les 42 d’un marathon. L’annonce de ce défi vertigineux, tenté par seulement 2000 personnes par an, nous met un tantinet mal à l’aise (nous qui avons pris l’ascenseur pour monter au 3ème étage). « Mon identité sportive n’est pas celle du sprinter, mais est plutôt à l’image des femmes que je soutiens, c’est-à-dire combattantes, endurantes », et les challenges n’effrayent pas Sophie, elle nous confie en effet s’inspirer de l’adage : « ne limite pas tes défis, défie plutôt tes limites ». Une nature entreprenante et endurante solidement confirmée par sa pratique du triathlon et son expérience de 9 marathons, dont ceux de New-York, Paris, Berlin, et qui ont été de formidables expériences : « Je me souviens de celui de New York, et de son mélange formidable, il y avait des Juifs, des Arabes, des Coréens, et on s’en foutait, on était tous avec nos baskets et nos shorts, tous dans la même galère, on allait tous se taper 42 kilomètres 195. Ce sont des moments euphorisants qui vous rendent heureux, qui vous donnent une telle force intérieure… C’est presque spirituel un marathon (rires) ! ». Dès 2006, son côté combatif se trouve exacerbé après son licenciement d’une entreprise de marketing et de communication. Elle a alors recours à un bilan de compétence « qui s’est avéré être un détonateur, il a révélé que j’avais besoin de mettre du sens dans ma vie, dans mon quotidien, et que je devais peut-être m’orienter vers l’associatif ou le caritatif ». Parallèlement, des événements douloureux viennent confirmer ce sentiment, c’est d’abord la perte d’un être très cher, puis celle de deux mères de famille atteintes du cancer : « c’était deux mamans dans l’école de mes enfants, on les voyait avec leur foulard et ça été d’autant plus insoutenable que je connaissais la fille d’une entre elle, qui était âgée de 5 ans seulement ».

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 Une sportive muée en militante

Alors décidée à s’engager contre les cancers féminins, elle monte avec l’aide de sa belle-sœur Christine Moreau et de son amie Christine Le Guilloux, Courir pour elles en 2009, qui mariera ses deux aspirations, le sport et le caritatif. Dès la première édition, en 2010, l’événement connait un vrai succès avec 1600 participantes, la progression est exponentielle, 3000, 4000, 6000… jusqu’à cette année, avec des inscriptions complètes à hauteur de 12 000 inscrites : « On est très ambitieuses, on vise 15 000 en 2017 et 20 000 en 2018, on compte bien sûr sur nos fidèles partenaires, on en cherche de nouveaux, et aussi à être relayées par les médias locaux ». En mai, la « vague rose » assure à chaque participante payant son dossard que sa participation servira à améliorer le quotidien des femmes en soins, par le biais de l’art-thérapie, d’une aide psychologique ainsi d’une activité sportive. Des professeurs APA (activité physique adaptée) se consacrent aux pensionnaires des hôpitaux Lyon Sud, Louis Pradel et de Villefranche. « On fait en sorte qu’une femme qui démarre les soins puisse pratiquer une activité physique, ça lui permet d’avoir une endurance supplémentaire au traitement, et puis surtout d’éviter l’isolement, parce que la maladie éloigne et isole, c’est un long et très sombre tunnel, mais le sport permet de lever la tête et d’avoir espoir que ça puisse aller mieux ».

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L’action de « Courir pour elles » ne se limite pas à un soutien financier mais se manifeste aussi par la prévention de la maladie, via l’activité sportive : « On reprend les communiqués de l’OMS, qui prouvent qu’aujourd’hui, l’activité physique permet la non récidive des cancers et limite de 25% les risques de cancer du sein et de 40% ceux de l’utérus ». L’idée étant d’aller chercher les femmes sédentaires, et de sortir celles qui rentrent dans le cercle vicieux de la malbouffe, de la cigarette, de l’alcool, et dont « le mélange avec la pilule contraceptive est terrible pour la santé » insiste Sophie Moreau, qui souhaite les faire rentrer dans le cercle vertueux de la santé, à commencer par la reprise de « l’activité physique, de l’arrêt du tabac, de la nourriture saine ». La course de mai est l’événement majeur de l’association, les 5 ou 10 kilomètres parcourus à chaque édition a permis de récolter une somme de 350 000 euros en 5 ans, au profit d’associations de lutte contre le cancer. « On pourrait s’appeler Bouger pour elles » car il existe des événements « pour elles » tout au long de l’année ; le skier pour elles, rouler pour elles, et même yoger pour elles. L’association intervient également dans des collèges et dans les entreprises où elle tente de faire participer les employés, pour leur santé, leur cohésion, et pour le plus grand bien de l’entreprise. Un projet pleinement abouti dont peut être fière son initiatrice, qui à l’inverse de nombreux médaillés, est pleinement méritante de sa décoration.

La projection diapos, c’est maintenant !




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