georges-mathieu.jpg Par Alain Vollerin

Georges Mathieu, connu du grand public pour ses affiches et sa pièce de monnaie, fut aussi un peintre engagé comme un camelot du roi.

Alors que Paris rend hommage à Gerhard Richter, au Centre Pompidou et au Musée du Louvre. Georges Mathieu, l’âme de l’abstraction lyrique française après la seconde guerre mondiale, défendue par la jeune critique française de l’époque dont Michel Ragon, vient de nous quitter discrètement. Depuis quelques années, il était très oublié. Il avait bénéficié d’un remarquable hommage au musée du Jeu de Paume en 2002 qui n’avait pas réussi à maintenir les projecteurs de l’actualité sur son œuvre. On retrouve au début de son activité l’influence de Wols. Mathieu l’avait peut-être rencontré en 1950 à la galerie Drouin, lors de son exposition. Wols figurait chez Drouin depuis 1945. Michel Ragon, récemment débarqué de Nantes, fut dès son arrivée à Paris, l’ami de Mathieu. Il constatait cette proximité flagrante entre Wols et Mathieu. Michel Ragon fut un des premiers critiques d’art français à évoquer longuement l’œuvre de Mathieu, et cela dès 1959, dans « La Peinture actuelle » publiée chez Arthème Fayard. Mais, très vite Mathieu révéla une écriture picturale infiniment personnelle. Georges Mathieu avait l’âme fougueuse. C’était un bretteur inlassable. Monarchiste, né Mathieu d’Escaudoeuvres, en 1921, à Boulogne-sur-Mer, dans une famille de banquiers (comme Cézanne), il avait installé dans son atelier un fauteuil digne de Louis XIV, monarque pour lequel il avait développé une admiration sans limite. Et comme il avait raison.

Face au pouvoir des artistes et des collectionneurs américains surpuissants au temps du Plan Marshall, de la Reconstruction, et à l’aube des trente glorieuses, il incarnait un certain esprit français. Il aimait la provocation (ce qui faisait frétiller les médias qui le poursuivaient armés de micros et de caméras), mais à condition qu’elle serve sa cause, celle d’une haute idée de la peinture, qu’il reliait, pour que nous ne les oublions pas, aux temps forts de l’évolution de notre monarchie. Ses plus vastes compositions portent les nobles noms d’événements historiques : la bataille de Bouvines, le couronnement de Charlemagne, la bataille de Tibériade (hommage aux Templiers), la bataille des Eperons d’Or, hommage au maréchal de Turenne, l’Entrée de Louis XIII et de la reine Anne d’Autriche dans Paris le 14 mai 1616, le massacre de la Saint-Barthélémy, l’Abduction d’Henri IV par l’archevêque Anno, magnificences publiques à l’occasion de l’heureuse naissance de Thierry d’Alsace, comte de Flandres, hommage au Connétable de Bourbon, etc… Rien à voir entre Dali et Mathieu, sauf des apparences souvent tapageuses. Médiatisé outrageusement, Dali peu à peu fut submergé par son appétit d’argent et d’honneurs. Mathieu jusqu’à son dernier jour défendit des conceptions élevées pour l’homme et pour la peinture. Il avait écrit « le Massacre de la Sensibilité » en 1997, et, « Désormais, seul en face de Dieu » en 1998. En 2003, il m’avait écrit après un article publié dans la revue Mémoire des Arts , au moment de la publication de l’énorme bible intitulée 50 ans de création, aux éditions Hervas. Nous avions échangé quelques appels téléphoniques. Il était toujours combattant, prêt à monter à l’assaut. Dans un monde où la bassesse s’érige en règle d’or, il était normal que Georges Mathieu soit définitivement marginalisé.