Par Françoise Petit

Une page de l’histoire du Beaujolais se tourne, Georges Duboeuf fut l’auteur unique de la saga du gamay. Il s’est éteint avant la Saint-Vincent, pendant le repos des vignes et comme l’écrit Bernard Pivot aux premières heures de « deux mille vins »…

Il n’aimait pas le surnom de pape du beaujolais, cette étiquette lui collait mal à la peau ; l’homme-nez du terroir accommodait exclusivement sa passion en gorgées de modestie. Entre valeurs paysannes et esprit visionnaire, son humilité eut pour fierté la transformation d’une « piquette » en nectar ! Ses vins, ou plutôt ceux des autres ont rejoint les chais du négociant dans les années 50. Ce natif de Saône-et-Loire élisait ses vignerons avec l’intuition et le professionnalisme d’un grand sélectionneur.

Travailleur à l’excès, levé à 5 heures du matin pour respirer la sève des sarments et gérer au bureau sa gouleyante société, Georges Duboeuf, possédait un sens inégalé du commerce sans avoir fréquenté les écoles à fabriquer du chiffre.

Cet autodidacte excellait aussi dans la communication avec son troisième jeudi de novembre devenu fête nationale et plus, quand à Sydney ou NYC le « beaujolais nouveau Georges Duboeuf » triomphait sur le zinc des bars.

Au hameau de Romanèche-Thorins, à l’époque des soirées heureuses, on découvrait un sacré Georges ! Sur scène, à fleur de limonaire, il se muait en Drucker des champs avec une aisance incroyable. Vedettes du show-biz, prix Goncourt, autorités locales, voisins de vignes et convives étrangers se retrouvaient autour d’un bon repas et d’un spectacle digne de l’Olympia.

La dernière belle apparition de Georges Duboeuf fut pour ses 80 ans où l’on pouvait échanger avec Natacha Polony ou embrasser miss France, Marine Lhorphelin, une fille du pays. Famille et vrais amis entouraient ce soir-là le frêle et robuste octogénaire sous le regard malin de Monsieur Paul.

Aujourd’hui, à nous de vous appeler Monsieur Georges.

Les funérailles de Georges Duboeuf ont eu lieu jeudi 9 janvier 2020 à 10h30 en l’église de Romanèche-Thorins.
Reportage photo des obsèques de Georges Duboeuf : cliquez ici