Photos © Fabrice Schiff

Par Léna Bouillard

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L’opération « Monter l’ambiance… Baisser le son », lancée par l’UMIH Nuit, la Ville de Lyon, l’association JNA (Journée nationale de l’audition) et l’Ecole des DJ UCPA, s’est déroulée dans 26 établissements. Il s’agissait pour les journalistes, les élus et professionnels de l’audition, de visiter cinq lieux de nuit lyonnais afin de tester tous les dispositifs en même temps que les clients. Une idée improbable en forme d’immersion dans le monde de la nuit.

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Pour participer à cette expérience grandeur nature, les établissements avaient le choix entre cinq dispositifs pour baisser leur volume le temps d’une soirée et prévenir les risques auditifs, sans pour autant renoncer à une ambiance festive. Pour en avoir un aperçu, nous devions visiter cinq lieux de nuits, qui appliquaient chacun une technique différente. Plusieurs élus lyonnais avaient fait le déplacement, ainsi qu’un audioprothésiste, dont la mission était de mesurer les décibels dans chacun des lieux testés. D’autres professionnels de l’audition suivaient la cohorte des journalistes, pour réaliser des tests  avant et après la soirée, auprès des professionnels et des clients des établissements. Ils ont ainsi pu juger de l’état de leurs oreilles dans un tel environnement. Les résultats plus scientifiques de l’opération devraient être dévoilés à la rentrée.

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Ayers Rock Boat (ex Fish)

A 22h45, nous sommes déjà en route vers la folle nuit qui nous attend. Dans le bus, Pierre Chambon, président de l’UMIH Nuit, rappelle le principe de la soirée et détaille les cinq techniques adoptées par les lieux que nous allons visiter. Ambiance départ de colonie de vacances. «  Je suis heureuse que l’UMIH ait choisi Lyon comme ville pilote  » se réjouit Céline Faurie-Gauthier, adjointe au maire du 5e, au moment où nous arrivons à l’Ayers Rock Boat. L’établissement de Jean-Luc Chapelle a choisi de proposer à ses clients un espace de repos auditif, où le volume sonore est moins fort, pour soulager leurs oreilles entre deux chansons.  La partie club diffuse donc un son à 95 dB, contrairement à la terrasse, qui n’en passe aucun. Après avoir visité l’intérieur, nous nous arrêtons sur la terrasse pour déguster du rosé et profiter du calme de l’espace extérieur de la péniche. Pas un chat sur la piste de danse, tout le monde s’est rassemblé sur la terrasse pour discuter, là où la musique ne couvre pas les voix. «  C’est quand même plus agréable de pouvoir parler  » confirme un client de l’Ayers. Les audioprothésistes commencent à distribuer des questionnaires aux fêtards, pour constater l’état de leurs oreilles. Ceux qui constatent une baisse de leur audition sont invités à passer au laboratoire du JNA pour des tests plus approfondis.

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First-ApériKlub (Gare des Brotteaux)

Nous rejoignons ensuite le First, ouvert spécialement pour l’occasion par Marc Chabert et Jean-Paul Donjon, afin d’expérimenter les 105 dB maximums autorisés. Sur la piste de danse vide, le son fait vibrer les cœurs et danser les journalistes. Céline Faurie-Gauthier et Sandrine Frih, vice-présidente du Grand Lyon, esquissent même quelques pas. Rapidement, la fatigue auditive se fait sentir et nous ne sommes pas mécontents de sortir de la salle. En effet, un audioprothésiste vient de nous apprendre qu’une heure passée sous 105 dB contribue à faire vieillir l’oreille prématurément, d’où l’intérêt pour les DJ de porter des bouchons d’oreilles. A minuit, nous passons à l’ApériKlub, bondé, où le niveau du son tourne autour de 94 dB. Une baisse de 10 dB très appréciable pour tous. De nombreux groupes d’amis sont rassemblés autour des tables, et semblent passer une excellente soirée au milieu des danseuses aux toques de soldats anglais. «  Le son n’est pas trop fort, mais s’il baissait encore, on ne s’amuserait plus et on perdrait l’ambiance boîte  » nous confie l’une d’elles.

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Ninkasi Gerland

Nous arrivons vers 0h30 au Ninkasi Gerland. Son directeur Vincent Covolo teste une autre technique ce soir, à savoir de diffuser toutes les deux heures un set musical moins fort pendant dix minutes. Peu de monde sur la piste, mais ceux qui sont là se déchaînent. Nous nous arrêtons quelques minutes, pour profiter de la bière et juger de l’enthousiasme des danseurs sous 95 dB. Soudain, le DJ baisse le son et la musique perd brutalement 10 décibels, ce qui a pour effet de faire dégringoler instantanément l’ambiance. «  On attend que le son remonte pour se remettre à danser  » avoue un client du bar. Dès que la musique reprend son volume initial, les cris de joie retentissent et tout le monde se remet à danser de plus belle. Sans surprise, plus la musique est forte, plus les fêtards affichent de l’entrain et semblent s’amuser. Au contraire, lorsqu’elle est plus basse, les danseurs ont tendance à discuter, voire même à rejoindre leur table en attendant que le son remonte. « Pour moi, le son était parfait, même lorsqu’il a baissé. Après, cela dépend si on vient pour parler avec ses amis ou pour danser  » explique une cliente du Ninkasi. Effectivement, nous remarquons qu’une forte densité de fêtards s’est installée dehors, pour pouvoir parler en toute tranquillité, chose impossible à l’intérieur avec un son à 95 dB.

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Crazy

Retour dans le bus, où Pierre Chambon nous annonce que nous ne nous rendrons pas au Baryton, en raison de l’heure tardive. Notre voyage nocturne se terminera donc au Crazy, l’une des boîtes les plus gay friendly de Lyon. Une fois arrivés, la JNA distribue des bouchons d’oreille, pour que nous saisissions la réelle utilité de ces protections auditives. Une fois le test effectué, nous pouvons en effet constater que le volume est atténué de façon impressionnante, ce qui n’empêche pas les trois élus de se lancer dans une danse endiablée. Jérôme Maleski, premier adjoint au maire du 3e arrondissement se lâche enfin et rejoint Céline Faurie-Gauthier et Sandrine Frih sur la piste presque déserte. «  Le son est bien moins fort que dans d’autres boîtes, on s’entend encore parler, c’est très agréable  » confie Dimitri, attablé au bar. Le peu de clients présents, presque exclusivement des hommes, se concentrent au bar ou admirent le concert de Katy Perry, projeté au mur de la boîte. C’est la fin de la soirée officielle, les audioprothésistes distribuent leurs derniers questionnaires. Vers 2h, nous rentrons chez nous, les oreilles bourdonnantes, laissant les élus et les membres de l’UMIH danser au Crazy jusqu’au bout de la nuit.

La projection diapos, c’est maintenant !




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