La maison Ravier à Morestel – Photo DR

Par Jean-Claude Gauthier

Chaque année, la maison Ravier à Morestel, organise des expositions temporaires prestigieuses qui attirent des milliers de visiteurs venus de toute la région. On n’a pas oublié celles consacrées à Henri Vieilly, Antoine Chartres, Gleizes, Veimberg ou plus récemment Georges Rouault. Chaque année, le succès est au rendez-vous.

Du 11 juin au 23 octobre 2016, la maison Ravier propose une exposition consacrée à l’art du collage. Une discipline qui date du XIIe siècle mais qui prit réellement son essor au début du 20e. Avec Picasso, Braque, Matisse et bien sûr les Surréalistes. En effet, plusieurs mouvements picturaux ont utilisé la technique du collage, les cubistes, les dadaïstes, les constructivistes, et bien sûr le Pop’art, ce qui explique la grande diversité des recherches et démarches artistiques. De nombreux artistes ont fait de cet art que l’on sa longtemps considéré comme mineur en art majeur qui permet aux spectateurs de se confronter à de nouvelles configurations visuelles et mentales. A l’aide de papier ou de carton déchiré ou découpé, lacéré arraché, froissé mais aussi de fragments hétéroclites de matériaux divers, chaque artiste affirme son propre univers. On pourra le constater dans cette exposition de la maison Ravier qui rassemble les œuvres de peintres et sculpteurs qui ont choisi à  un moment de leur vie cette discipline du collage et de l’assemblage.

BerthaultLes collages de Francis Berthault racontent des histoires et révèlent des scènes de vie qu’il représente dans des paysages, des personnages, des oiseaux, des arbres… il nous entraîne dans un monde imaginaire et coloré ; ses paysages sont des espaces de tranquillité à l’horizon sans fin alors que ses personnages ou silhouettes dictés par la forme des éléments fournis par le hasard nous interrogent sur leur histoire.

Raymond Grandjean, disparu en 2006, s’est intéressé très tôt au collage en parallèle à sa peinture, jouant avec les couleurs comme avec les matières. C’est seulement en 1970 qu’il utilisera des images provenant de journaux, livres, vignette, cartes à jouer pour créer des compositions remarquables  créant ce qu’il appelait un univers d’images déplacées . Dans les années 90 il donnera une nouvelle orientation à ses collages en utilisant des images de son propre environnement imaginant des associations insolites et déstabilisantes pleines d’ironie sur le monde d’aujourd’hui.

Les œuvres d’Hélène Lameloise réalisées à partir de papiers découpés, pliés, déchirés, transformés proposent des compositions abstraites parfaitement maitrisées dans une organisation géométrique de formes et une déconstruction de l’espace pictural. Dans la lignée de certains peintres du mouvement Pop,art, elle associe lettres et mots tronqués qui ne manquent pas d’interroger sur les tics de notre époque.

Henri Mouvant qui vient de nous quitter, était un artiste un délit de décollage dans la suite logique du de son neuf repas. À partir de papier blanc et de carton ondulé préparait et un client semblait augurer vous imaginer au et de ses émotions construisant une composition étrange reflétant son monde intérieur. Ce fut encore plus le cas sur la fin de sa vie où il exprimait ses déchirures en juxtaposant face à face des formes évoquant une brisure, une fracture. Il ne donnait presque jamais des titres à ses œuvres car il voulait laisser le spectateur libre de choisir sa propre histoire.

Philibert-CharrinPendant 50 ans, Philibert Charrin a réalisé des peintures-collages à partir de papiers et de matériaux trouvés par hasard : magazines, partitions de musique, ticket de métro, boutons, et autres bouts de ficelle tout était bon pour cet artiste à la créativité hors normes… Dans ses collages d’une inventivité ludique étonnante, on peut observer les mêmes exigences plastiques que pour sa peinture. Ses personnages aux attitudes provocatrices comme ses portraits au visage expressif créent un univers plein d’humour où pourtant, l’air de rien, on décèle une immense inquiétude.

Si Jean-Marc Requien (ci-dessous) a toujours revendiqué une filiation avec Philibert Charrin, il a su depuis longtemps se créer son propre univers plein d’inventivité ; un critique a écrit : en parlant de son travail : l’humour, ici, est roi et la poésie enfin reine l’a épousé , ce qui n’exclue pas chez lui une  rigueur du dessin et une grande exigence de la démarche plastique  donnant  une réelle unité à son œuvre.  Empruntant au réel  les images que produit l’actualité et des objets rejetés par la société, il les  associe pour faire surgir des images cachées, obligeant le spectateur à créer sa propre image.

requienLe sculpteur André-Jacques Alamercey est fasciné par les détournements de fonction des outils agricoles comme des objets de la vie quotidienne. À partir d’éléments trouvés dans son environnement immédiat (fermes, brocante, déchetterie, il tronçonne, déforme, modèle, construit et assemble pour créer de véritables œuvres d’art ; sa démarche est identique à celle des collages. Ainsi jaillissent des formes qui se font animal ou insectes, poissons ou personnages étranges. L’harmonie qui s’en dégage, vient de cette rencontre entre sa maîtrise manuelle et sa créativité déconcertante.

À voir absolument. Et n’hésitez pas à emmener vos enfants, c’est un art ludique et parfaitement accessible.

 

Du 11 juin au 23 octobre 2016
Vernissage samedi 18 juin à 15h
302, rue Ravier à Morestel (38)