Photos © Fabrice Schiff

Par Benjamin Solly

Henri Hugon a quitté la table à l’âge de 72 ans, le 18 septembre dernier, emporté par un infarctus durant son sommeil. A la Croix-Rousse, la foule de ses amis lui a rendu un dernier hommage en l’église St-Bruno des Chartreux, mâchonnant ensuite à sa mémoire en mairie du IVe arrondissement.

02 « A mon dernier repas » , chantait l’ami Brel, invitant à sa table pour une ultime agape jubilatoire «  ses frères, ses chiens et ses chats . » D’animaux domestiques il n’y eut pas au dernier mâchon d’Henri Hugon. Seul Faust, le célèbre Jack Russel du potineur en chef Gérard Angel, s’est frayé un chemin au mâchon commémoratif dressé à la mairie du 4e arrondissement. « On lui gardera une tranche de Jésus » , persifle confraternellement Patrick Lion, l’inoxydable présentateur de l’édition locale de France 3. L’anecdote résume parfaitement l’ambiance amicale et fraternelle qui régnait, par cette matinée ensoleillée, au dernier adieu du père Hugon. De là-haut, Henri a dû apprécier.

03 Son épouse Arlette, soliste majeure au piano du bouchon « Chez Hugon », a reçu l’assemblée des fidèles du rond de serviette en l’église Saint-Bruno des Chartreux. Accompagnée par son fils Eric, gardien de la tradition à « La Hugonnière », la cérémonie a été célébrée par le sacristain Eric Lutz. Un instant de recueillement simple, sans fioritures, auquel ont répondu présent Michel Havard, Henry Chabert, Robert Batailly et son épouse Irène, Alain Vollerin, Gilles Maysonnave, Laurent Vialaron, l’étoilé Joseph Viola, représentant les Toques Blanches Lyonnaises, l’épinglée Colette Sibillia, le comédien Michel Leroyer mais également les journalistes Yvon Chatain, François Mailhes et Jean-Jacques Billon. Seule Josette, la sœur d’Henri, souffrante, n’a pas pu faire le déplacement.

04 « Vrai Lyonnais, gone, avec son tempérament bougon, Henri savait alterner blague et coup de gueule, mais n’était jamais rancunier » , rappelle Eric Lutz. Au lutrin, Valérie et Laurence, mâchonneuses-gouailleuses, ont également salué « leur » père Hugon. Il avait rebaptisé ces dernières « les pintades du matin. » « Les Mâchonneuses ont vécu grâce à toi de beaux moments d’amitié et de convivialité. » Des Halles de Lyon au marché de Châtillon-sur-Chalaronne, Henri les avait prises sous son aile.  « La vie d’Henri a marqué votre propre vie à tous » , continue le sacristain. Effectivement, chaque membre de l’assemblée à une anecdote, souvent drolatique et croustillante, à raconter sur Henri. Un instant de vie frappé du sceau de la parfaite amitié.

05 Au mâchon, c’est le conseiller général et maire de Belleville Bernard Fialaire (UDI) qui fouille dans sa mémoire. « Henri avait gagné un tournoi de boules lyonnaises avec mon père » , se souvient-il affectueusement. Né à Belleville, Henri gardait le Beaujolais chevillé au cœur. C’est au concert de Michel Polnareff à Thoissey, face aux verdoyantes collines bachiques du seigneur Gamay, qu’il a rencontré son épouse Arlette. Ils ont ouvert leur premier bar à Perrache, derrière les voutes, avant de s’implanter rue Pizay. Au 12. Une maison où le bouchon fait tradition depuis des décennies. « Ce sont mes grands-parents, Lulu et Marius, qui avaient les premiers investi cette adresse en 1937 en ouvrant leur restaurant, ‘Chez Barbet’ », explique Serge Barbet, le petit-fils, plume de Gérard Collomb à la Ville et seul représentant de la mairie centrale aux obsèques d’Henri.  Roger et Monique Dussaud a repris l’affaire dans les années 70 avant de la céder à Arlette et Henri en 1985.

06 D’irréductibles anciens, science infuse en bandoulière et canons de rouge chargés, refont l’histoire à grands coups de tapes dans le dos. Les confrères « Boyaux Rouges » Luc Raginel et Eric Pécoud-Bouvet devisent avec le président de l’association des sommeliers Lyon et Rhône-Alpes Serge Dandel. Près du buffet, c’est Isabelle Beauchemin, l’ancienne patronne de l’Entrecôte rue de la République, qui a fait le déplacement depuis le Nouveau-Mexique où elle s’est installée avec son agent du FBI de mari. Un parterre hétéroclite et fraternel. Au bras d’Anne Dauvray, Francis Alliment, au patronyme prédestiné, évoque les dernières minutes passées avec son ami Hugon, quelques heures avant son grand départ. « Nous buvions des cocktails chez lui en discutant sur sa carte des vins. Il était en forme. Puis, il est allé se coucher. »   Autant de belles tranches de vie lyonnaise. Bonne nuit Henri.

La projection diapos, c’est maintenant !




Introduction -
1
-
2
-
3
-
4
-
5
-
6
-
7
-
8
-
9
-
10
-
11
-
12
-
13
-
14
-
15
-