01.jpg SAR le prince Rémy de Bourbon-Parme, Denis Broliquier, l’Abbé Eric Pepino et le président du PSB Henri Burgat ont applaudi le chœur de la Joyeuse Garde – Photos Marco

Par Marc Polisson

 

Dans la capitale des Gaules martyrisée par les révolutionnaires en 1793, un quarteron de Lyonnais continue d’honorer la mémoire du roi Louis XVI et des victimes du siège de Lyon. Les deux cérémonies ont connu plus de succès qu’à l’habitude.

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Ils étaient moins de 50 l’an dernier réunis autour de l’Abbé Jérôme Billioud. En cet an de grâce 2012, une centaine de fidèles du Prince Jean et de la famille d’Orléans ont rejoint l’église Saint-Denis de la Croix-Rousse à l’appel de l’Action Française et de l’Œillet Blanc. Dans les travées, une assistance plutôt jeune et recueillie qui, à l’issue de la cérémonie, a porté un toast au roi martyr et à la France éternelle.

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Le lendemain samedi, c’était au tour de l’association « Présence du Souvenir Bourbonien »  d’organiser sa traditionnelle cérémonie en l’église Saint Pothin. Une messe plus suivie que d’habitude puisque 300 personnes sont venues écouter l’Abbé Eric Pepino et entourer SAR le Prince Rémy de Bourbon-Parme qui fait preuve chaque année d’une fidélité exemplaire à Lyon. Le maire du 2ème Denis Broliquier est venu saluer le représentant du Prince Louis dans les salons de l’hôtel Saxe Lafayette. Une courtoisie républicaine fort appréciée qui fait honneur à notre cité. Gérard Collomb sera-t-il aussi chevaleresque l’année prochaine ?

 

 

Homélie de l’Abbé Eric Pepino

Samedi 21 janvier 2012 – Saint Pothin

 

La messe est le chef d’œuvre de Dieu. Là les Saints ont puisé une énergie extraordinaire pour témoigner de la primauté de Dieu en ce monde. Là le ciel visite la terre invitant l’humanité aux noces de l’Agneau dans un bouleversant échange. Quand tout semble s’écrouler, la messe est l’unique rempart que Dieu oppose aux forces infernales. L’histoire si tragique de la Révolution nous livre maints exemples de prêtres courageux défiants les lois iniques pour porter à nos âmes le viatique du salut. Des décennies plus tard, le curé d’Ars, Jean-Marie Vianney évoquait avec émotion ses souvenirs où dans la pénombre d’une ferme, il reçut pour la première fois la Sainte Eucharistie des mains d’un prêtre réfractaire. Au cœur de la révolution, la lumière divine ne manqua jamais aux âmes offertes à la grâce. Que dire de celui pour lequel nous prions aujourd’hui en ce 21 janvier ! Son ascension spirituelle fut fulgurante. Louis XVI pétri d’une éducation religieuse profondément catholique, puisa dans la communion eucharistique toute la force nécessaire pour franchir les ultimes obstacles et monter sur ce sinistre échafaud, symbole de haine et de division. L’abbé Edgeworth de Firmont l’assista jusqu’au bout voyant dans le roi déchu et humilié une figure profondément christique. Car ce qui frappe un lecteur chrétien dans le récit des derniers instant du roi, c’est sa configuration au Christ souffrant, au Christ de Gethsémani et du Golgotha. Comme tous les martyrs, Louis XVI entre à son tour dans une ressemblance à son Divin Maître. Il n’a plus rien, séparé de sa famille, privé de son identité, bafoué par une justice qui n’en porte que le nom, Louis XVI sait, du plus intime de son être, que seul le Christ présent dans ses sacrements est son unique soutien. Son testament nous donne à voir une âme – une grand âme – se préparant à la mort dans un acte de confiance absolue en Celui qui peut tout. L’Evangile que nous venons d’entendre est d’ailleurs l’appel à ne pas se soucier de notre défense car l’Esprit Saint y pourvoira. Comme le roi Salomon, Louis XVI avait acquis cette sagesse du cœur qui nous fait tout voir en Dieu. Les dernières marches, il les gravit avec la dignité de sa personne royale marquée à tout jamais de l’onction de la Sainte Ampoule. Il sait que l’histoire n’appartient pas aux propagandistes de mort qui l’entourent en cet instant. Sa conviction se fonde sur la charité que les révolutionnaires de tous les temps anéantissent par des crimes de masse. Oui la charité est le maître mot de l’histoire humaine car c’est bien dans cette histoire que Dieu est à tout jamais entré en la personne de son Fils, le Christ Jésus.

 

Aujourd’hui comme hier, face aux menaces de toutes sortes, l’Eglise répète à temps et à contretemps le message fondamental de l’amour, la victoire du Crucifié sur la mort. Quelle leçon pour nous tous ! Le désespoir doit être banni, il est contraire au génie français et est l’œuvre du démon. La mort des justes soulève en nous une invincible espérance. Louis XVI, tout comme sa chère épouse Marie-Antoinette et sa sœur Madame Elisabeth ne sont pas morts pour rien. Si leur procès fut politique, il n’échappe à personne qu’en les tuant on cherchait aussi – et peut-être même d’abord – à faire disparaître le symbole religieux que ces augustes personnes royales représentaient. En tranchant avec une telle violence la tête du roi, les révolutionnaires voulaient détacher tout un peuple de ses racines spirituelles, le priver de Dieu. Car la violence révolutionnaire repose sur une haine du christianisme et les martyrs de Vendée ou ici-même les fusillés des Brotteaux en sont les icônes bouleversantes que nous devons montrer aux jeunes générations. Pourquoi me direz-vous ? Car dans ces milliers de martyrs brillent la lumière du pardon et de la réconciliation. Aucun d’entre eux n’est mort en criant sa révolte ou en injuriant ses bourreaux. Louis XVI lui-même voulut prendre la parole sur l’échafaud et dire qu’il pardonnait, les tambours couvrirent sa voix.

 

Homélie de l’Abbé Jérôme Billioud Vendredi 20 janvier 2012 – Saint Denis

 

L’Eglise ne saurait oublier ses enfants et porte chacun d’eux dans la mémoire de Dieu.

L’histoire nous rappelle que le baptême de Clovis, prince franc qui choisit d’être catholique permit à l’Eglise, à la France et une partie de l’Europe de se débarrasser de l’arianisme, cette hérésie qui refusait la divinité du Christ. La Sainte ampoule apportée miraculeusement lors du baptême de Clovis à Reims servit pendant mille cinq ans au sacre de nos rois et mille ans pour la dynastie capétienne.

Pourtant le gouvernement de la France par nos rois Très Chrétiens ne fut jamais une théocratie, ni un gouvernement de religieux, mais par l’onction du sacre, les rois se devaient tout entier au bonheur des peuples, selon l’antique formule.

Il peut sembler suranné, vieux jeu, hors du temps, de commémorer, prier pour ceux qui subirent la haine révolutionnaire, pourtant la réalité s’impose : la volonté de quelques-uns et non bien sûr de l’immense majorité des Français, de tuer le Roi Louis XVI, est l’acte fondateur de toutes les atrocités perpétrées depuis, notamment celles du 20ème siècle. On peut voir dans la décision de tuer le Roi, la volonté de faire disparaître ces mille ans d’histoire, cette longue chaîne humaine et familiale.

La personne du roi était sacrée et inviolable, et à travers la personne royale, c’est tout homme créé à l’image et à la ressemblance divine qui porte en lui cette dignité pour le temps et pour l’éternité. La couronne de Louis est devenue la couronne d’épines et la volonté du Roi fut jusqu’au bout d’épargner le sang des Français. Pourtant depuis la mort du Roi, jamais le sang de nos concitoyens n’a été aussi répandu ! Voici ses paroles qui raisonnent encore : « Je meurs innocent de tous les crimes qu’on m’impute. Je pardonne aux auteurs de ma mort et je prie Dieu que le sang que vous allez répandre ne retombe jamais sur la France ».

L’Eglise est la mémoire de Dieu dans le cœur des hommes, non nous n’accomplissons pas un acte suranné, nostalgique et même si des résistances mesquines ou idéologiques s’opposent à la mémoire et la recherche de la vérité, peu importe, parce qu’il faut, puisqu’il faut se souvenir pour vivre et pour grandir.

L’Eucharistie, c’est l’acte de mémoire de l’Eglise, le Sacrifice de Jésus offert au Père pour notre salut dans le temps et pour l’éternité. Les saints qui nous précèdent et qui sont plus jeunes que nous, font raisonner dans le cœur qui écoute leur témoignage, comme par exemple, les frères d’une sainte lyonnaise, Claudine Thévenet, exécutés après le siège de Lyon en 1794. Au sortir de leur geôle, les caves de l’Hôtel de ville, ils confessèrent à leur jeune sœur ces mots qui font de ceux qui les écoutent des vivants : « Pardonne comme nous pardonnons ».