Par Philippe Dibilio

 

Parce qu'il a déclaré au quotidien qu'il était prêt à composer une majorité avec des adjoints socialistes, le « Progrès » titrait « Maurice Charrier tend la main au Parti Socialiste ». C'est joli mais un peu angélique, d'abord parce qu'en politique on ne propose jamais rien pour rien et ensuite parce que la proposition de Charrier n'arrive pas par hasard.

 

En 1995, Charrier qui s'éloignait, virtuellement d'ailleurs, du PC a changé les règles historiques de l'alliance PC-PS au sein du Conseil municipal de Vaulx-en-Velin pour y introduire une troisième composante, la sienne, dénommée « Initiative Citoyenne ». Cette situation a été reconduite en 2001 mais l'an dernier les choses ont changé. Maurice Charrier tout d'abord a annoncé qu'il laisserait sa place en cours de mandat à l'un de ses amis, ce qui ne convenait pas au PC qui considère toujours la ville dans son camp. Quant aux socialistes qui avaient remporté le canton en 2004 sur le nom d'Hélène Geoffroy, figure du renouvellement du PS local, ils ont décidé de se sortir des alliances de couloirs pour se compter devant les électeurs. Le résultat a été brutal et la liste Charrier a été élue au premier tour. Une liste composée d'élus PC, Initiative citoyenne et quelques représentants d'extrême gauche. Un PC qui a profité du contexte pour imposer l'idée que le successeur du maire serait un des leurs et qui a même fixé la date : mi 2009. Le même PC qui n'a pas grande considération pour les amis de Charrier et qui préférerait gérer la ville avec des élus socialistes. Bref une situation qui échappe quelque peu au maire pas forcement enclin à passer la main aussi vite (s'il la passe un jour) et qui aimerait retrouver le temps où il pouvait jouer un coup avec le PS un coup avec la PC. D'où cet appel généreux qu'il noie dans des considérations sur les difficultés de la gauche mais dont l'objectif est tout à fait loco-local. D'autant que les conditions de gestion de cette ville vont empirer, ce que reconnaît le maire qui y va de son autocritique par rapport à son attitude généreuse vis à vis du gouvernement, notamment lors du fameux lancement du plan banlieue où Charrier s'était dit prêt à accueillir Sarkozy et à établir avec lui un dialogue positif, mais il n'était pas venu alors Charrier avait reçu Fadéla Amara en prenant ses promesses au sérieux. Ce qui l'amène à déclarer aujourd'hui : « On a joué la carte du partenariat avec le gouvernement ; il va falloir entrer dans l'action et la revendication ». Une attitude qui a toujours été celle d'Hélène Geoffroy qui ne se laisse pas prendre au piège de Charrier, même si certains dans son camp y sont prêts. Elle a répondu au maire que la discussion reprendrait après le congrès du PS et vraisemblablement après celui du PC histoire de le laisser mijoter un peu.