Par Apolline Carlotti

Si Lyon a été élue capitale européenne du tourisme intelligent en 2019 et rayonne dans les yeux des touristes du monde entier, que deviendra-t-elle en cas de victoire de l’alliance altermondialiste portée par les candidats verts et d’extrême gauche ?

Pour le savoir, nous avons feuilleté le catalogue des promesses électorales des écologistes pour connaitre le futur de la destination Lyon et du secteur touristique. Et ça commence fort avec l’anéantissement du travail réalisé depuis 20 ans par les équipes d’OnlyLyon et de l’office de tourisme pour promouvoir Lyon à l’international. C’est écrit en toutes lettres :

« Promotion de la destination « Lyon » dans les territoires proches
Plutôt que de vanter les merveilles de Lyon à l’autre bout du monde, nous recentrerons nos actions de promotion sur le marché́ régional, national et dans les villes accessibles en train. Nous mettrons en avant des activités à faible impact environnemental, notamment le cyclotourisme autour de laVia Rhona ou les visites pédestres guidées. »

Extrait du programme « Maintenant l’écologie pour Lyon », page 16

Mais le plus inquiétant est sans doute la logorrhée marxiste qui va avec, à moins que ce ne soit un extrait d’un récent discours de Greta Thunberg :

« La baisse de la clientèle touristique en France est estimée à près de 30% cette année à cause de la crise sanitaire. Il apparait alors nécessaire de soutenir ce secteur, mais aussi de le réinventer afin de réduire son impact sur l’environnement. (…) Le tourisme doit s’adapter au nouveau contexte, nous saisirons l’opportunité́ pour réduire son impact sur l’environnement. Ensemble, nous ferons de Lyon la capitale européenne de l’écologie et de l’écotourisme. »

Au moins c’est clair, fini les glaces chez Nardone, vive le Tofu et les smoothies aux épinards. Les « kamarades » ont en tous cas trouvé comment financer les vélos sans la pub de chez Decaux : en sabrant le budget dédié à la promotion nationale et internationale de Lyon.

Or c’est grâce à ce travail incessant de promotion mené aux 4 coins du monde avec nos ambassadeurs par les équipes de Jean-Charles Foddis (Aderly) d’Emmanuelle Sysoyev et de François Gaillard (OnlyLyon Tourisme et Congrès) que Lyon décroche de nombreux rendez-vous internationaux… essentiels aux acteurs de l’évènementiel, de l’hôtellerie et de la restauration.

Le centre de congrès de la cité internationale – Photo Nicolas Rodet

La fin des congrès et des séminaires internationaux ?

Mais concrètement, qu’est-ce que cela signifie quand on sait combien le tourisme est essentiel à l’attractivité territoriale ? Pourquoi est-il si important que Lyon puisse accueillir des touristes internationaux, mais aussi de Bordeaux, Brest ou Vesoul ? Tout simplement parce que le tourisme représente 10% du PIB, 39 000 emplois dans la métropole de Lyon, et 5,5 millions de nuitées hôtelières*.

Contraindre une ville comme Lyon à se replier sur ses touristes régionaux et une ligne de chemin de fer, c’est comme fermer les plages de Miami Beach.

« C’est évidemment un non-sens que de vouloir faire de Lyon une ville qui ne serait joignable que par le train, commente pour Lyon People Gérard Collomb, maire de Lyon. Aujourd’hui nous sommes dans un contexte qui est mondial, à la fois pour nos exportateurs et pour nos visiteurs. Nous devons être une grande capitale européenne et l’on ne saurait réduire Lyon à un petit village que l’on viendrait visiter depuis les 100 kilomètres dans lesquels on était confiné il y a peu de temps. »

Outre le fait qu’à Lyon les touristes internationaux dépensent en moyenne 77 euros** de plus par jour et par personne que les Français lorsqu’ils voyagent, l’équation est simple : touristes internationaux + Lyon = richesse diversifiée, surtout en temps de crise économique sur le territoire français (à moins que les Grenoblois ne soient blindés, mais ça se saurait…).

Les 10 ans d’OnlyLyon fêtés sur la scène du théâtre des Célestins, en 2017. En pure perte ? Photo Fabrice Schiff

Moins de touristes étrangers à Lyon, ce sont aussi des lignes aériennes qui vont disparaître…

mais aussi des Congrès en moins (soit 220 euros de dépense par jour et par personne), et la place de premier plan de la Métropole Lyonnaise remise en cause, pour la plus grande joie de villes comme Nice, Toulouse ou Bordeaux. Sans parler des conséquences directes sur les 180 stations des Alpes françaises, premières destinations mondiales en nombre de journées skieurs.

« Je suis scandalisé, s’indigne François-Noël Buffet candidat à la Métropole pour « La Force du Rassemblement ». C’est inacceptable et mortifère pour Lyon, la Métropole et tout le travail qui est fait depuis des années. D’un trait de plume on va rayer 30 années de développement, de promotion et de rayonnement de ce territoire. Cela prouve une chose : c’est que la politique que veut mener le mouvement écologiste, adoubé par la France Insoumise, est une politique clanique qui a vocation à se refermer sur elle-même. C’est-à-dire que c’est tout, sauf la vie. »

Du côté des restaurateurs, c’est la douche froide après deux mois et demi de confinement.

« Nous avons la chance d’avoir un atout et surtout une marque mondialement connue : Only Lyon. Comment oser toucher à un bijou qui fait rayonner notre Métropole, qui nous permet d’accueillir des congrès de dimension internationale et de recevoir des touristes qui font travailler notre économie ? Quand nous avons un bijou, il est plus intelligent de le polir plutôt que de vouloir le casser », se désole Christophe Marguin, président des Toques Blanches Lyonnaises.

La rue Mercière, la rue des Marronniers, les bouchons lyonnais et nos restaurants gastronomiques peuvent-ils vivre sans touristes étrangers ? Photo Fabrice Schiff

Cantonner la destination Lyon au périmètre français ou même européen, c’est provoquer inévitablement la faillite d’entreprises lyonnaises, le déclin du territoire, la fuite des capitaux, la paupérisation de la ville, donc l’augmentation de la pression fiscale et à terme l’appauvrissement des lyonnais.

« Cela fait au moins 10 ans que l’on pousse le tourisme de proximité, tacle Jean-Michel Daclin, interrogé par Lyon People. Ce n’est pas une nouveauté, mais les Verts semblent découvrir que le tourisme peut être travaillé de façon intelligente. Nous sommes la première ville du tourisme intelligent. Vouloir résoudre ou limiter le tourisme à des critères de moyens de transport est irrationnel.

 « Nous avons intérêt à ce que l’image de Lyon soit portée à l’étranger, pour le tourisme mais aussi les investisseurs. » JM Daclin

 « À Lyon nous avons par ailleurs toujours privilégié le tourisme individuel plutôt que le tourisme de masse, c’est la raison pour laquelle nous avons été élus « Capitale du tourisme durable en 2019 » » conclut l’ancien Président d’Only Lyon Tourisme.

 Avec bientôt plus d’un million de chômeurs selon les prévisions des économistes d’ici la fin décembre, miser sur le tourisme local ou le localisme pour assurer le développement touristique d’une métropole à l’échelle européenne, c’est un peu comme participer à une course de Formule 1 avec un vélo électrique.

Mais les perdants seront inévitablement les Lyonnaises et les Lyonnais, qui auront en revanche beaucoup de bancs et de fontaines pour leurs chômeurs.

*En 2018

**Dépenses par jour et par personne à Lyon (hors hôtellerie) :

  • Touristes Français loisir : 63 euros
  • Touristes internationaux loisir : 140 euros
  • Touristes affaires (congrès/salons) : 220 euros