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Par Benjamin Solly

Depuis la Croix-Rousse, territoire de son rival Emmanuel Hamelin, le leader de la droite municipale présentait jeudi 31 janvier 2013 ses vœux aux Lyonnais. Habituellement discret, Michel Havard a fait sauter le carcan avec pour revêtir le costume du candidat de la droite aux municipales de 2014.

C’est bien au cœur du quartier historique des soyeux lyonnais, qui résonne encore du cliquetis des bistanclaques, que la chrysalide a fait sa mue. Il faut le voir, Michel Havard, papillonner au milieu de ses quelque 650 invités. Micro-casque, les mains enfin libérées, il joint le geste à la parole. Il interpelle, harangue, électrise. Exorcisé l’exercice trop propret de septembre dans cette même salle de la Ficelle. Michel Havard ne monte plus à bride courte. La haridelle s’est transformée en étalon.

Forcément, l’exercice est inattendu. « Ce n’est pas la Ficelle mais la Bourse du travail qu’aurait du réserver Michel », commente un invité, rétif à la forme. Mais dans l’ensemble, le coup de bluff est réussi. Combien coûtera-t-il ? «  Nous n’avons pas encore reçu la facture », glisse un proche du candidat. « Nous avons négocié au maximum, et nous devrions finalement payer le tiers de ce qu’aurait du coûter cette prestation », explique cet autre. Côté chiffres, c’est silence radio. On sait toutefois que le destinataire de la douloureuse sera le groupe municipal Ensemble pour Lyon, qu’Havard préside. Ouf, la période n’est pas encore aux comptes de campagne.

L’ex-député de Fourvière accueille un à un ses invités, sourire aux lèvres. Premier signal formel envoyé. Adieu Michel l’austère. Le cérémonial de la soirée obéit à un protocole précis. D’abord une courte vidéo le présentant dans sa ville. Puis le magicien Yves Doumerg qui joue les chauffeurs de salle, dans un numéro d’anticipation des titres de presse du lendemain. « Havard fait mouche car le message est clair », « Havard construit l’alternance », égrène-t-il. « Je ne suis pas militant, mais j’aime beaucoup la personnalité de Michel Havard » nous confiera-t-il à la fin de l’exercice.

Prêt à fendre la foule, Michel Havard remonte au petit trot les rangs jusqu’à l’estrade. Sous les sunlights. Aux places d’honneur, le président de l’UMP du Rhône Philippe Cochet, le secrétaire départemental Michel Forissier, les eurodéputées Nora Berra et Françoise Grossetête. Les membres du groupe d’opposition municipal Ensemble pour Lyon ont également répondu à l’appel. Au milieu de l’aréopage trône l’ancien député de la 11e circonscription du Rhône, le centriste Raymond Durand. La présence de l’ennemi intime de Georges Fenech revêt une dimension politique forte, alors que l’ex-magistrat court après son brevet en légitimité pour conquérir Lyon en 2014. « Il n’était pas invité, s’il est venu ce soir, c’est par choix », confirme-t-on dans l’entourage d’Havard.

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Havard porte le fer dans les « cent villages » de Lyon

« Notre projet sera aussi celui de la proximité de l’attractivité, de l’envie d’habiter et de rester à Lyon », promet-il. Il faut dire que Michel Havard use depuis plusieurs semaines ses semelles dans les quartiers de Lyon. « Je peux vous dire qu’à Montchat, ils ont un caractère bien trempé. Et n’allez pas dire à un résident de Saint-Georges qu’il vient de Saint-Jean », s’amuse-t-il. La ville à vivre sera un axe fort de sa campagne municipale, atour des questions de stationnement, des commerces de proximité, de l’accès à la cantine et aux crèches, de propreté. Mais également de l’accès aux transports en commun.

Une transition toute trouvée pour attaquer la politique d’infrastructures de transport menée par le sénateur-maire de Lyon depuis douze ans. « Michel Noir avait promis de faire sauter le bouchon, Gérard Collomb l’a remis en place », attaque Havard. Et relance le projet de ligne de métro « qui relierait la gare Saint-Paul à la gare Part-Dieu, puis irriguerait les quartiers de la Maisonneuve et Montchat avant d’arriver à l’hôpital mère-enfant à Bron. »

Un détour par les échecs de Collomb, de la Cité de la gastronomie à la Confluence, et Michel Havard se fait plus prospectif. Deux propositions émergent. La création d’un chèque 1er logement, autour « des collectivités, des constructeurs, des bailleurs » et à destination des primo-accédants. Autre piste développée : fédérer les structures économiques de la ville, comme l’Aderly ou la CCI, autour « d’une personnalité d’envergure. » Le président de la CCI, Philippe Grillot, que la rumeur envoie sur les listes de Collomb en 2014, appréciera.

Michel Havard Robin Favier

La gouvernance Collomb toujours dans le viseur

Michel Havard s’autorise également quelques apartés. Lorsqu’il flingue le mode de gouvernance de Gérard Collomb, la salve n’est pas inscrite à son discours. Spontané, il évoque le fait du prince et les méthodes. « Lorsque les Lyonnais se rendent aux réunions de concertation sur les projets d’aménagements urbains, la seul voix au chapitre qui leur ait réservée, c’est de savoir si les poteaux seront verts clairs ou verts foncés », brocarde-t-il. La centaine de représentants des milieux associatifs boit du petit lait.

« Cette méthode qui consiste à avancer sans écouter, à décider sans concerter, à imposer en solitaire montre ses limites. » A rebours du modèle Collomb, il met en exergue sa méthode pour reconquérir Lyon. Des Ateliers du projet (municipal) qui s’articulent autour de sept grandes thématiques. « Ces ateliers sont le symbole de notre démarche d’écoute des Lyonnais. La démarche est simple. Un quartier, une réunion d’écoute active avec les habitants, une visite du quartier avec eux, une immersion dans leur quotidien et leurs problématiques. »

Des propos qui ne manqueront pas d’être rapportés à Gérard Collomb. « Il y a trois espions du maire de Lyon ce soir dans la salle », se murmure-t-il. Faut-il compter parmi eux le revenant Robert Marmoz ? L’ancien correspondant du Nouvel Obs’ à Lyon jure qu’il n’est plus le soldat de Collomb qu’il fût lors de la campagne des municipales de 2008. Et souhaiterait reprendre la plume en indépendant.

Michel havard Robin Favier

Des primaires ? Vraiment ?

Si Michel Havard explique que les primaires sont la seule voie possible vers l’union, il assure oralement qu’il « ne les fera pas tout seul. » Le propos est intéressant car il ne figure pas au discours rédigé du candidat. Seul le prononcé fait foi. Les primaires seront citoyennes, réuniront la droite et le centre, ou ne seront pas. Doit-on comprendre qu’il ne se couchera pas devant Paris et qu’il maintiendra sa candidature quoiqu’il advienne ? Son ton jeudi soir peut le laisser penser. D’autant qu’Havard ne pliera pas face à un parachuté. « Être candidat à Lyon, ce n’est pas le caprice d’un jour, c’est le choix d’une vie », assure-t-il.

Cet appel feutré aux primaires est un contre-feu. Un os à ronger jeté à la concurrence pour gagner du temps. Elles seront de toute façon trop chères et chronophages. Copé ayant évoqué la deadline de juin pour créer l’union, il reste cinq mois à Michel Havard pour faire la concorde autour de sa candidature. « J’ai été époustouflée par la prestation de Michel », se réjouissait, au sortir de l’exercice, Nora Berra. Un ticket constitué d’Havard et Berra aurait valeur de « consensus », si cher au président de l’UMP, et laisserait peu de surface à Hamelin ou Fenech. Pour l’instant, c’est à grands coups de déjeuners entre les uns et les autres que les alliances tentent de se conclure. Une configuration Havard-Berra vs Hamelin-Fenech pourrait se dessiner. Et Copé choisira.