Texte : Morgan Couturier. Nombreux sont les supporters à afficher un profond ras-le-bol suite à la mascarade OL-OM. Alors que les protagonistes persistent dans leurs versions discordantes, les récents débordements ont vocation à atténuer l’engouement de certains aficionados.

Le soufflé a du mal à retomber et les esprits les plus taquins diront qu’une bouteille d’eau a suffi à embraser le monde du foot. Il n’empêche, en dépit de la poignée de minutes jouées, le poker menteur de l’Olympico 2021 continue de faire parler de lui. En mal évidemment. Dans la sempiternelle attente d’une potentielle reprise, les passionnés de jeu auraient pu ainsi espérer une note de fraîcheur, d’émotions positives, comme le sport peut en apporter.

Fallait-il être solidaire des Marseillais ?

Il aurait été beau dès lors, que dans une improbable coopération, les différents partis s’alignent instinctivement sur un arrêt définitif de la rencontre. En accord avec la décision initiale de l’arbitre, à en croire ses déclarations télévisées. « J’aurais trouvé classe que les deux équipes disent : ‘‘c’est fini’’. À un moment donné, il faut faire preuve de solidarité et dire à ses joueurs qu’on ne reprend pas », affirme Franck Girardet, notre consultant foot, aujourd’hui au chômage technique.

Un avis partagé par l’ancien adjoint aux sports, Yann Cucherat, aujourd’hui conseiller municipal de Lyon qui, au regard de ses « valeurs du sport », aurait compris « que le match soit arrêté », directement. « Je me suis dit, c’est impossible que ça reprenne », évoque-t-il, tout de suite suivi par Richard Drevet, directeur de la concession éponyme, présent dans les loges du Groupama Stadium.

« Concernant Aulas, il défend son club, c’est normal, on ne peut pas lui en vouloir. Il est déçu, comme tout le monde. Mais pour ma part, je pense que les joueurs lyonnais n’auraient jamais dû reprendre et retourner s’échauffer. Il fallait être solidaire », soutient le Lyonnais. Interrogé par nos soins, notre contributeur Barth Ruzza (Le Barthologue) n’a pas souhaité commenter la soirée.

Hélas, l’idée de débordements à la sortie du stade avancée par la Préfecture du Rhône, ce, malgré l’absence de supporters marseillais, tout comme la crainte de répercussions sportives sur l’OL auront conduit à une interminable non décision. Et à « un passage en force » de JMA, comme le laissent entendre les Marseillais et nos confrères du journal L’Equipe, dans leur édition du mardi 23 novembre…

« On a fait reposer toutes les décisions sur un seul homme dont la mission première est d’arbitrer un match de football. C’est évident, il y a eu pression sur l’arbitre du match, Ruddy Buquet », a également défendu son ancien confrère, Tony Chapron, au micro de Canal+. Choses dîtes, chacun est désormais libre d’écrire sa propre version des faits. Reste qu’à la fin de ce bal manqué, nombreux sont ceux à porter une réflexion sur un possible retour au stade.

Des supporters « écœurés », prêts à abandonner les déplacements au stade

« J’ai éteint ma télé. Voir du foot comme cela, ça ne m’intéresse pas. Je suis dégoûté du foot. Je trouve ça scandaleux », avance fâché notre consultant Franck Girardet. Des propos repris sur les réseaux sociaux par de nombreux supporters, déprimés à posteriori, d’avoir affronté les interminables bouchons des soirs de match, d’avoir dépensé plusieurs dizaines d’euros (le prix minimum était de 62€, ndlr) pour un spectacle rapidement réduit à néant.

« Je suis arrivé, (Dimitri) Payet était déjà au sol. Alors forcément, je suis déçu de la soirée. C’est nul ! », pointe Richard Drevet, jusqu’alors fidèle pensionnaire du Groupama Stadium. Avant de poursuivre : « Je suis écœuré. Avec ce qui s’est passé, je n’ai plus du tout envie d’aller au stade. Le foot, ça doit être une fête et ce n’est plus le cas. Il faut se faire violence pour aller au stade. Avant le foot, c’était bon enfant. Mais maintenant, ça ne fait plus rire, c’est devenu violent ».

Une triste réalité qui, une fois n’est pas coutume, fait le bonheur des clubs voisins, le LOU Rugby et l’ASVEL, vers lesquels se dirigent désormais certains amateurs de ballon rond. « À chaque fois que je vais au stade en tant que ministre, je me dis : heureusement que j’ai emmené mon fils au rugby plutôt qu’au foot. C’est tellement dommage ! », a appuyé en ce sens, la ministre des Sports, Roxana Maracineanu au micro de RMC. Mais à Lyon, le microcosme fait bloc autour de JMA, comme en témoigne la réaction d’Emmanuel Imberton, ancien président de la CCI (ci-dessous).

Et il n’est pas le seul à dédouaner le boss de l’OL : La faute à ces « extrémistes du football qui ne sont pas des supporters et n’ont pas leur place dans les stades, des lieux d’échanges, de cohésion sociale, républicaine et sportive et non l’exutoire des passions violentes d’une poignée », dixit Marc Fraysse, président de l’association France Unie, abonné à vie de la President Box avec son ami l’avocat André Soulier. « Ce sont 56 000 spectateurs qui ont fait le déplacement et ont été privés de match à cause de ces débordements ».

« Le geste est inacceptable et intolérable. Mais on paye la bêtise d’un abruti », nous glisse de son côté, Christophe Guilloteau, président du Département du Rhône, présent au stade.

Le club lyonnais devrait payer très cher ce non-événement. Outre l’hypothèse avancée d’un possible remboursement des places, l’OL pourrait subir une forte sanction sportive, au motif d’une certaine exemplarité à adopter. Sur ce point, la Ligue Professionnelle de Football (LFP) a d’ores et déjà prononcé, à titre conservatoire, un huis clos total du stade, lors de la réception prochaine du Stade de Reims, le 1er décembre 2021.

Le Groupama Stadium sonnera-t-il creux pour d’autres rencontres ? Le club sera-t-il victime de retrait de points ou déclaré perdant sur tapis vert ? Réponse… pour la fête des Lumières, le 8 décembre prochain. Décidément, cet OL – OM, 118e du nom, n’a pas fini de laisser des traces. Et de gâcher la fête…