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A l’appel de l’Action Française et de l’œillet Blanc, plusieurs centaines de Lyonnais ont rendu hommage au roi Louis XVI en l’Eglise Saint Denis de la Croix-Rousse, mercredi 21 janvier 2015. La messe était célébrée par l’abbé Jérôme Billioud dont reproduisons l’homélie ci-dessous.

« Le 21 janvier 1793, à 6 heures du matin, le Roi peut assister à la messe, cela lui était interdit depuis le 9 août 1792. On ne peut que difficilement imaginer combien cette interdiction fut douloureuse pour un Roi de France qui, comme tous ses prédécesseurs assistaient chaque jour à la messe. Il est 8 heures quand on vient chercher Louis pour le conduire au lieu de l’exécution. Parmi les officiers municipaux, sont désignés pour accompagner le Roi, outre son confesseur, deux prêtres jureurs. Il faut bien deux heures  pour le convoi, ralenti par la neige pour arriver sur le lieu du supplice. Accompagné de son confesseur, le Roi lit les prières des agonisants, un journaliste rapporte que le visage du Roi est grave mais qu’il n’est pas abattu. Le prêtre jureur Jacques Roux regarde sa montre, il est 10h et 10mn. Il faut encore quelques minutes pour que Louis monte sur l’échafaud de la Place de la Révolution. Avec fermeté  « il fonce sur le devant de l’échafaud » peut-on lire dans le procès-verbal et s’adresse au peuple : « Je meurs innocent des crimes qu’on m’impute ; et je pardonne aux auteurs de ma mort ; je prie Dieu que le sang que vous allez répandre ne retombe pas sur la France ». Un ordre est donné, les tambours reprennent et couvrent les dernière paroles du Roi. Seules quelques personnes entendront les mots ultimes de son confesseur : « Allez fils de Saint Louis, le ciel vous attend ».

Il est évident que le procès du Roi, sa condamnation et son exécution sont une injure au pays de droit qu’était la France et un rejet, par certaines élites, de la civilisation chrétienne qui était la nôtre. C’est assurément la volonté d’appliquer la doctrine politique de Voltaire, pour qui un pays bien organisé, est celui où le petit nombre fait travailler le grand nombre, est nourri par lui, et le gouverne. C’est la France tout entière qui non seulement est renversée, mais décapitée dans la personne du Roi. C’est aussi, assurément, une ombre jetée sur ce qu’on appelle les droits de l’homme et la marque originelle d’un péché toujours actuel, qui est le non-respect de la vie depuis son origine jusqu’à son terme naturel. La mort du Roi est l’acte de naissance, je n’ose dire le baptême, de l’homme nouveau voulu par la Révolution, dont l’ambition est de donner naissance à une nouvelle société dirigée par un Etat omniprésent et omnipuissant. C’est une volonté et une conception matérialiste et athée. La personne humaine n’est plus un mystère, c’est une somme d’individus. Pour fabriquer cet homme nouveau, il faut assassiner la personne du Roi. Louis est le symbole charnel et spirituel de la paternité  qui est l’âme de la monarchie française, reçue par l’onction du sacre et qui relie et cimente tous les Français entre eux. Il faut faire table rase du passé. La volonté politique en ce deuxième millénaire de l’ère chrétienne est toujours la même et la Terreur l’emporte encore, nous n’avons toujours pas le droit légitime d’être fiers et heureux d’appartenir à la plus vieille nation d’Europe et nous ne pouvons pas dire avec reconnaissance : « nos rois ont fait la France ».

Louis XVI constate que la foi chrétienne, que l’attachement à l’Eglise catholique sont devenus des crimes et que les massacres des prêtres, des religieux, religieuses, des fidèles, que les déportations, les bannissements, sont devenus la règle imposée. La décision de Louis est prise ; puisqu’il ne peut plus s’opposer politiquement à la destruction de la foi dans le Royaume, la seule manière d’exercer le serment du sacre et de protéger les Français dans leur foi, est de consentir au martyre, témoignage suprême. La lucidité du Roi sur la finalité de la Révolution est connue par ses lettres, comme celle adressée au Duc de Polignac, en 1790 : « Les maux de la France augmentent progressivement d’une manière effrayante : plus je médite l’histoire de mes aïeux, plus je suis convaincu que nous sommes à la veille de la subversion la plus cruelle dans ses résultats ». Louis XVI a grandi comme Prince de la Maison de France, puis Dauphin, éduqué selon les principes de Fénelon, pour être un bon roi, père de ses sujets, donné à sa tâche jusqu’à la mort. Roi à vingt ans, on lui conseilla, pour être un monarque éclairé, de ne pas aller à Reims recevoir l’onction. C’était contraire à ses convictions et à sa foi, Louis fut sacré à Reims. Les trois vertus théologales et les quatre vertus cardinales, la justice, la force, la prudence et la tempérance, vont s’exercer en lui. Ses détracteurs l’ont traité de gros bêta indécis, ses partisans auraient voulu qu’il fasse couler le sang des Français pour sauver sa couronne. Il avait en horreur le despotisme et son autorité ne pouvait être que paternelle ; Il prit seul et incompris sa décision, son seul soutien fut la foi, l’amour et l’espérance.

Si certains pensent que tout cela est bien lointain et que Louis fut le dernier d’une race anéantie, on peut répondre qu’il fut le premier dans un monde obscurci à nous montrer la lumière. J’en veux pour démonstration ce que disait il y a quelques jours le Président de l’Assemblée nationale lors d’une émission de radio à propos des temps terribles que nous vivons :  « Regardez, disait-il, le temps qu’il a fallu pour faire accepter à la religion catholique le fait qu’il y a une religion suprême pour chacun d’entre nous : c’est la religion de la République ».

Le pape Pie VI qui mourut  d’épuisement, déporté et prisonnier des soldats français, dans la forteresse de Valence, qui fut enterré civilement avec les honneurs militaires dus à un chef d’Etat … Ce Pape que les révolutionnaires qualifiaient de dernier de la liste, car ils étaient convaincus qu’il n’y aurait plus de pape, invita les fidèles à prier pour le repos de l’âme du Roi. Cependant, il ajouta que ces prières funèbres étaient certainement superflues « puisque Saint Augustin nous dit que l’Eglise ne prie pas pour les martyrs, mais se recommande à leurs prières ».

Abbé Jérôme Billioud, le 21 janvier 2015