Texte : Eva Bourgin. Les Archives municipales de Lyon présentent une exposition photographique consacrée au travail de Philippe Schuller. Ce voyage fait ainsi écho aux problématiques actuelles et à notre société.

La photographie reflète un art dont seuls les passionnés connaissent véritablement les secrets. L’obsession des détails, la quête de sens derrière un regard ou un geste peuvent ainsi faire l’objet d’un récit passionnant et captivant pour celui qui contemple l’œuvre. Jusqu’au 1er octobre 2022, le rez-de chaussée des Archives municipales dévoile le travail du photographe lyonnais Philippe Schuller. Fruit d’une collaboration, cette série d’œuvres photographiques raisonne dans l’esprit et touche en plein cœur. Entre reportage en Ukraine, expédition sur les traces de la seconde guerre mondiale ou rétrospective d’un parcours professionnel inspirant, l’exposition immerge les visiteurs dans l’univers de chacune des photos.

Image prise dans le hall de l’exposition, première partie sur l’Ukraine.

 Un reportage entier sur l’Ukraine en 1991 et 1993

« Je suis parti pour photographier les habitants en Ukraine, victimes de la grande famine. J’ai récolté des témoignages, parfois même terrifiants », se souvient le photographe autodidacte. Accompagné de la journaliste Muriel Pernin, celui-ci photographie des visages dans un environnement simple et naturel, dont chaque histoire individuelle nourrit sa culture personnelle et l’essence de son travail. Mineurs, familles, ou simples passagers, chaque témoignage demeure essentiel pour raconter la vérité. « Ce reportage a commencé à Villeurbanne avec la diaspora et la communauté ukrainienne. La famine n’était pas reconnue ici. On était intéressés par les pays de l’Est alors on est partis ensemble », précise Muriel Pernin, ex-journaliste de Lyon Figaro et auteur de nombreux livres tels que Famine, l’arme des tyrans.

Philippe Schuller dans la mine de charbon de Makiivka, à Donbass en Ukraine, en 1993.

Presque par hasard, le duo se joint à des évènements historiques tels que le 50e anniversaire de la mémoire juive à Kiev. « Ici c’est la cuvette, c’est là où les juifs en Ukraine ont été fusillés. D’ailleurs pour revenir à la guerre entre la Russie et l’Ukraine, le 1er bombardement russe a été sur cette fosse », précise-t-elle. La visite se poursuit par la présentation du parcours de l’auteur, puis se conclut par une sélection de photos favorites, sélectionnées par le photographe.

Regards, gestes, mouvements et couleurs 

« Ici c’est le matériel que j’utilisais quand j’ai commencé la photo, ça fait plus de 20 ans maintenant. Les techniques ont aussi évolué et ça a impacté ma manière de photographier », affirme-t-il d’une voix nostalgique. Les murs témoignent de son travail et dévoilent différentes unes de grands journaux nationaux. « Pour représenter le monde du travail, j’ai fait cette photo avec un ouvrier devant une horloge, la clé était en carton. La photo a été reprise de nombreuses fois », précise-t-il.

Image prise dans la partie rétrospection.

Friand de découvertes, Philippe Schuller a également photographié les traces de la première guerre mondiale de 2001 à 2017 en parcourant 9 pays. Pour le reste de l’expo, les œuvres ont été classées par thèmes, autour du regard, du geste, du mouvement et des couleurs. Un travail pertinent dont l’auteur se plaît désormais à pastelliser ses photographies. « C’est une seconde forme, ça prend un autre sens pour celui qui la regarde » conclut-il. Ses œuvres vivent au gré de ceux qui les regardent et comptent bien perdurer… pour en mettre plein les yeux !

Exemple d’une de ses œuvres pastellisées.

Jusqu’au 1er octobre 2022
Entrée libre
1, place des Archives – Lyon 2
Plus d’infos sur : https://www.archives-lyon.fr/evenements/philippe-schuller-photographies