gilbert_pecoud Photo © Fabrice Schiff

 

Par Alain Vollerin

 

Sur l'étendue de son savoir faire, sur la qualité de son inspiration. Cette fois, pas question de se cantonner à l'évocation très personnelle de paysages lyonnais capable de rasséréner et de satisfaire l'appétit des amateurs.

 

Non ! Etonnamment, Gilbert Pécoud présente six toiles de grands formats, sur lesquels on aimait s'exprimer dans les siècles passés, particulièrement au XIXe. Par cette initiative, Gilbert Pécoud inscrit sa démarche dans la ligne des plus célèbres peintres naturalistes, comme Gustave Courbet. Oui ! La peinture de Gilbert Pécoud conte une histoire, celle de notre époque frappée par une Crise qui dit son nom, celui de la sottise humaine, celui de la cupidité des spéculateurs, des europrofiteurs. Gilbert Pécoud peint des destins bouleversés, des êtres affligés. Le regretté bâtonnier Pierre-Antoine Perrod me disait un jour : " il pleut toujours sur les mouillés." Cette profonde affliction qui va de la misère morale à la solitude, à la faim et à la maladie, Gilbert Pécoud trouve la volonté de la décrire en prenant le risque de ceux qui osent dire la vérité. Mais, l'engagement de Gilbert Pécoud ne se limite pas à un plaidoyer fut-t-'il le plus juste du moment. Il concerne aussi sa manière de dominer la couleur dans des effets évocateurs d'inoubliables figures de notre aventure des arts plastiques : Jean Couty, et surtout, Jean-Albert Carlotti et ses glacis caractéristiques. Les œuvres de Gilbert Pécoud sont nourries de la présence de son atelier avec ses verrières vénérables. Elles l'autorisent à démontrer son aptitude à traduire des transparences sublimées. Ses toiles sont construites par des oppositions. Le noir apporte une architecture presque permanente. Il permet à des rouges, des bleus, des jaunes de se révéler et de dire un contenu psychologique. Le blanc, surgissant comme en une irruption, apporte une note d'espoir, une dimension spirituelle. Rarement, la notion de vie silencieuse ne se justifia plus qu'ici, dans ses natures mortes opulentes, malgré le doute et le handicap d'un environnement en péril. Nous constatons une réjouissante liberté de gestes qui s'applique aussi à deux grands bouquets, un domaine dans lequel le peintre jusqu'alors hésitait un peu. Désormais, Gilbert Pécoud, au contraire de ses personnages pliés sous la charge des épreuves traversées, regarde son avenir avec détermination. Cette exposition, certainement la plus aboutie de sa carrière, constitue une preuve de la qualité de son évolution. Il fallait un courage certain pour dire à cet instant notre monde profondément perturbé qui laisse sur le bord du chemin des individus sans forces, et sans ressources. Gilbert Pécoud l'a fait en inscrivant son élan dans l'histoire de l'univers de la peinture contemporaine qui compte beaucoup trop d'appelés, et heureusement, peu d'élus. Gilbert Pécoud fait partie de ces derniers qui seront un jour, nous le souhaitons, les premiers.

 

Jusqu'au 10 janvier 2009

Galerie Nouvelle Echelle d'Or

124, rue de Sèze – Lyon 6ème

Tous les jrs de 15 h à 19 h sf dim.