01.jpg Alice Gaillard, Charles Gourdin, Jean-Jacques Renaud et Georges Darodes – Photo DR

 

Par Alain Vollerin

 

Très rares sont les occasions de voir réunies autant de peintures de Georges Darodes. N’omettez pas cette plongée dans l’univers intime de cet artiste discret et de son amie Alice Gaillard.

 

Cet homme secret affiche ses pensées les plus masquées, ses préoccupations les plus profondes, ses échecs et ses espoirs aussi. L’épreuve du regard de l’autre, de tous les autres doit être un instant difficile à vivre, tant il est inhibé. Il est tout entier dans sa peinture, mais pour la comprendre, pour entendre ce qu’il veut nous dire, il faut des clés pour déchiffrer les codes. Certains prennent cela pour une forme de pédanterie. J’ai déjà entendu ce reproche. Mais, il n’en est rien. Georges Darodes est issu d’une famille de la bourgeoisie lyonnaise. Elève de l’Ecole des Beaux-Arts de Lyon. Apparemment, il l’air très fragile, pourtant vibre en lui une incoercible force, une volonté de témoigner malgré tout, malgré le silence, malgré l’incompréhension. Comment lire et comprendre une toile de Darodes ? Tout simplement, et contrairement aux tenants de l’art abstrait qui nous laisse faire tout le chemin, tout est dans le titre comme chez les classiques que Georges Darodes connaît bien. Je me souviens de l’avoir visité dans son atelier minuscule du quartier Saint-Vincent au bout d’un couloir étroit, mes épaules frottant parfois contre les parois couvertes de suie. Une partie de l’immeuble avait brûlé. Les pompiers étaient heureusement passés, mais les dégâts étaient conséquents. J’étais atterré par les risques encourus par ses œuvres. Georges était impassible. Il était là attendant que le temps fasse son affaire, que le monde retrouve son apparence trompeuse.

 

Son amitié avec Alice Gaillard est ancienne. Alice est une personne frêle, elle aussi, mais contre toute attente, elle produit une peinture de titan. Il faudrait en vérité plusieurs titans pour réaliser cette œuvre véritablement monumentale. Je me souviens du combat que je dus engager pour accrocher ses immenses formats sur les cimaises de la superbe mezzanine du siège historique de LCL Lyon. Dans ses toiles, les personnages grandissent au fil des années depuis qu’Alice n’a plus le devoir d’assumer un enseignement qui lui pesait. Cette liberté retrouvée lui donne de la confiance et de l’aisance, comme le volume de l’atelier quelle occupe dans la demeure familiale de Miribel, où elle vit soutenue par l’affection de sa sœur. Usant d’une palette très singulière, où règne des violets étranges, des pourpres inédits, des jaunes insolites, Alice Gaillard agit comme un témoin, contrairement aux apparences. Elle décrit ce qu’elle a vu pendant ses voyages, ce qu’elle a ressenti, ce dont elle se souvient. Voici ce qui constitue son univers intime qui apparait si lointain du réel, et qui en est pourtant une représentation espérée par l’artiste. Je veux redire ici qu’Alice fut l’élève d’Antoine Chartres qui figure avec Pierre Combet-Descombes et Jean Couty parmi les plus remarquables artistes du XXe lyonnais. Alice Gaillard ne ressent pas la vie tout à fait comme nous le ferions. Voici ce qui construit sa différence. Voici pourquoi, elle figure incontestablement parmi les tenants de l’art outsider, comme disent les critiques d’art branchés.

 

Jusqu’au 6 novembre 2011

Alice Gaillard / Georges Darodes

Fort de Vaise

25, bd de Saint-Exupéry – Lyon 9e