Texte Eva Bourgin. Danielle Matéo-Golin s’est éteinte à l’âge de 76 ans, emportée par le Covid-19. Ancienne gérante du magasin de lingerie « Danielle » sur la place Valmy, elle a longtemps habillé les contours de la femme. Lyon People a souhaité rendre hommage à celle qui a marqué plusieurs générations.

C’est dans un silence élégant que Madame Danielle nous a quittés le 16 décembre 2021. Ce triste jour marque le départ d’une grande dame dont la réputation n’est plus à faire. Pendant 40 ans, Danielle Matéo-Golin a tenu une boutique de lingerie au cœur de Vaise, rue Roquette. Habitués, automobilistes de passage ou clients fidèles : tous ou presque, ont succombé aux vitrines sexy de son magasin rouge et noir.

Muse lyonnaise des dessous féminins, Danielle a pris sa retraite en 2013 à 68 ans. Malgré cette fermeture, cette reine du tissu n’avait jamais réellement coupé le cordon avec sa boutique de lingerie. « Elle passait toujours devant ses vitrines. Son magasin, c’était sa vie », confie son fils unique Rodolphe.

               La couture dans l’âme

« Rien de grand ne s’est accompli dans le monde sans passion », confiait-elle. Un dicton qu’elle prend très à cœur dès son plus jeune âge. Après l’obtention de son certificat d’études, Danielle travaille aux côtés de sa mère en tant que corsetière. Placée ensuite dans un second atelier près de la Part-Dieu, elle trime une dizaine d’heures par jour dans des conditions sévères.

Danielle et sa maman lors du record du plus gros soutien-gorge du monde

Ainsi, cette rigueur du tissu forge son caractère déterminé et solide. A sa majorité, Danielle devient sa propre patronne et ouvre sa boutique de lingerie traditionnelle dans la grande rue de Vaise. Une passion qu’elle arrête quelque temps pour élever son fils unique. « Elle était très dynamique plus jeune. Quand elle a repris le travail au magasin, mes grands-parents se sont occupés de moi », confie ce dernier.

A l’image de sa vie, Danielle laisse le souvenir d’une femme extravagante. Sourire aux lèvres et bracelets aux poignets, beaucoup appréciaient sa bonne humeur et son franc parler. Deux ans plus tard, elle quitte son premier cocon et s’installe dans un ancien salon de coiffure rue Roquette… son deuxième « bébé », son magasin rouge et noir.

Le temple de la chair sans tabou

« C’était une toute petite boutique avec énormément de choix. Tout le monde se sentait à l’aise », décrit son vieil ami, Thierry Vergain, maire de Brégnier Cordon (73). Revêtue d’une moquette noire et de rideaux rouges, cette caverne d’Ali baba dévoilait des tenues à en faire perdre la tête. Ça commençait dès la vue de ses vitrines colorées et extraverties. Un avant-goût délicieux, tant pour les passants éphémères que pour les conducteurs qui devaient s’arrêter au feu rouge en face de la boutique.

Digne d’un pays aux merveilles, la liberté du désir et l’ouverture d’esprit furent ses principaux mots de bienvenue. Nombreux sont ceux qui ont ouvert leur intimité à cette âme d’artiste. « Elle désacralisait le monde. Quand un homme et sa maîtresse venaient dans sa boutique, il n’y avait pas de jugement », affirme-t-il. D’une simple dentelle à un porte-jarretelle en passant par des plumes, chaque fantasme était parfaitement cerné et comblé.

Friande de défis grandioses

« Nous nous sommes rencontrés à une soirée. On a ensuite fait des événements ensemble », ajoute ce dernier. En passant par l’écriture de son livre Confidences sur les dessous sexy, la création du plus grand soutien-gorge du monde en 1990 ou sa participation à la biennale des lions en 2008, Madame Danielle a su attirer l’œil de la presse sur sa passion artistique.

Le plus gros soutien-gorge du monde accroché à son camion

« Quand elle a créé le plus grand soutien-gorge du monde, le groupe Mercedes nous a prêté un camion. On a traversé toute la ville pour l’exposer à la Part-Dieu », se souvient le maire en triant les photos. Cette œuvre de 200 kilos et de 15,34 mètres de long fut vendue aux enchères. « L’argent fut versé à une association humanitaire », se souvient-il.

Si Danielle a fait la une de plusieurs journaux lyonnais, sa plus belle tête d’affiche reste les vitrines de son magasin. Un endroit intime, ouvert à tous. Sans exception. Pour certains, ce cocon était un symbole de liberté sans limite. Pour d’autres, un moment inoubliable bien loin du jugement social. Danielle laisse donc le souvenir d’une vie cousue d’audace, de passion et de partages.

Danielle en train de confectionner son lion lors de la biennale en 2008