« Un conteneur sur le toit », le nouveau film de Thierry Philip

Par Ludivine Caporal

Il se rêvait sénateur, président du conseil général ou député… Celui qui ne laissera comme traces de son passage que celles des cubes de béton blancs répartis sans discernement aux quatre coins de Montchat ne s’était pas encore attaqué au 3ème historique dont il est maire.

Thierry Philip entend défigurer l’un des plus beaux quais du Rhône. En l’occurrence, le quai Augagneur où s’élève, au numéro 19, un immeuble en R+3, mitoyen de l’ancienne école centrale (aujourd’hui Astral). La cohérence et l’harmonie du pâté de maisons tient au fait que les faitages sont alignés. Mais cette harmonie est menacée par le projet de surélévation à 25 mètres dudit immeuble. Avec pour conséquence, l’obstruction de la vue pour les riverains résidant à l’arrière, rue Jean Larrivé. Le projet – purement spéculatif de l’agence Carré d’Or –  prévoit la construction sur le toit de deux appartements ultra modernes de 170 m2 avec terrasse… dans un style « nouveau riche » pas vraiment compatible avec le style des immeubles environnants. Ce qui suscite la colère d’une douzaine de familles, qui ont déposé un recours le 18 mars 2016 auprès du tribunal administratif de Lyon. Le 19 quai Augagneur est depuis peu une copropriété, mais Carré d’Or immobilier a conservé l’usufruit du toit. Obtenu le 4 décembre 2015 par Alain Dutoit (Société LCH Invest), le permis de construire a mal évolué. S’il était prévu initialement la construction d’une « villa » sur le toit, l’idée a été abandonnée au profit de deux T6 luxueux, histoire de doubler les profits. Perte de lumière, perte de chaleur, perte d’une vue imprenable sur l’Hôtel Dieu et Fourvière, dévaluation de leurs appartements… les habitants comme les commerçants sont révoltés.

« Un projet spéculatif irrespectueux du patrimoine architectural de Lyon » 

Philippe Lesne est le directeur d’Astral : « Je comprends très bien la colère des habitants, ils ont raison de s’y opposer. » Eric H., a rédigé un dossier très pro présentant les impacts pour la ville et pour le quartier. Il en ressort que le projet  ne respecte ni la cohérence architecturale du quai, ni la construction de l’architecte Francisque Chevallet, spécialiste des toits plats. De son côté, Christine Cognat, journaliste retraitée, fait partie des personnes ayant déposé un recours. « Cela va être vraiment moche, on dirait qu’ils vont nous poser des espèces de containers sur le toit. Il est important que les gens comprennent que nous n’agissons pas seulement pour des motifs personnels, mais que nous faisons tout cela dans l’intérêt collectif. » Sur le plan juridique, le projet porte également en lui bien des failles. Si LCH Invest a pu obtenir des dérogations au PLU (Plan Local d’Urbanisme), l’obtention de celles-ci fait jaser… Maitre Chaussade, l’avocat des plaignants, spécialiste du droit de l’urbanisme, confie : « Il y a des points qui ont beaucoup attiré notre attention et qui ne sont pas discutables, tels que le respect de la hauteur au niveau architectural. Les dérogations pour le permis de construire sont quant à elles étonnantes. Par exemple, les deux T6 luxueux qui vont être construits n’auront pas de places de parking, sous prétexte qu’ils sont considérés comme des logements favorisant la mixité sociale. Cela n’a aucun sens ! »

Parler de mixité sociale pour des logements vendus près d’un million d’euros, il fallait oser !