Photos © Fabrice Schiff

Par Jean-Marc Requien

On pouvait craindre, après le décès de Patrick Giraud qui, depuis quelques années, avait pris les choses en main aux fourneaux du restaurant A ma vigne, malgré la funeste maladie qu’il a combattue avec un courage incroyable et qui l’a finalement emporté, on pouvait craindre, disais-je que ce bouchon créé en 1960 s’égarât dans une cuisine plus contemporaine.

Il n’en est rien. Bien au contraire. Paul  Bocuse en fit dès sa création, son havre de gourmandise. Après avoir fait son marché, il y cassait la croûte volontiers avec ses amis et Lucien Giraud. Louis Pradel, maire de Lyon de l’époque y venait régulièrement et apportait lui-même son cageot de pissenlits nettoyés, car Joséphine, la maîtresse des lieux détestait passer des heures à débarrasser cette salade de toute sa terre. Charles Béraudier comme René Déroudille, le critique d’art, s’y retrouvaient devant une andouillette ou des tripes gaillardes. C’est à cette époque, que je découvris, grâce à Paul Karachayas  cette cuisine épatante qui me rappelait celle de ma mère. Ce n’est pas un mince compliment. Plus tard, Raymond Barre y eut sa table attitrée dans l’arrière salle. Il aimait se régaler de la terrine maison, des tripes à la mode de Caen et bien sûr de la tarte à l’orange de Joséphine. Après la disparition de Lucien Giraud, c’est la sœur de Joséphine qui officia aux cuisines. Patrick le fils, présidait à la découpe des pommes de terre et à la préparation des frites sans égal à Lyon et jouait les sommeliers à la bonne franquette.

A ma vigne - Lyon People 2La cuisinière décédant au détour du siècle, Patrick prit la relève en cuisine pendant que Joséphine, octogénaire toujours vaillante, aidée de Denise, virevoltait toujours dans la salle. En janvier 2012, Joséphine, l’âme de la maison s’éteignit pratiquement à peine le service terminé. Depuis, absent de plus en plus souvent de Lyon, j’y vais moins. J’y suis retourné il y a quelques jours pour voir ce que donnait Stéphane, le fiston éminemment  sympathique de Patrick. Il raconte qu’après avoir hésité à tout changer, il a finalement décidé de rester fidèle à la cuisine familiale de ses grands-parents. Comme il a eu raison ! Le gratin d’andouillette est toujours aussi excellant et le fameux steak au goût relevé par le beurre frissonnant est toujours aussi fondant ; les frites sont toujours les meilleures de Lyon ; quant à la tarte à l’orange comme celle au citron, elles sont uniques et valent le déplacement à elles seules. Denise est toujours là, fidèle au poste. Il règne toujours ici une simplicité et une gentillesse qui manquent à beaucoup de restaurants. J’ai été heureux d’apprendre que Gérard Collomb et Laurent Gerra à qui j’ai fait découvrir cette adresse, y  reviennent régulièrement. Même si c’est sans moi. Dernière bonne nouvelle : le restaurant  était ouvert seulement à midi ; désormais, il est possible de réserver les vendredi et samedi soir.

A ma Vigne
23, rue Jean Larrivé – Lyon 3 Mutualité
Tel 04 78 60 46 31