Lyon. Comment l’avenue Félix Faure est devenue un champ de ruines

13 mars, 2026 | Actualités Lyon | 0 commentaires

Texte : Morgan Couturier En travaux depuis deux ans, l’avenue Félix Faure subit les affres de la politique écologiste. Entre les dépôts de bilan, les accidents et les perspectives peu encourageantes, cette artère jadis appréciée est aujourd’hui en danger. Pire, elle fait le bonheur des délinquants.

C’est presque un comble, comme un motif de désolation. À remonter l’avenue qui lui est chère, les membres du Collectif de l’avenue Félix Faure s’excuseraient presque de la situation. Ils pointent un mal de vivre et une activité en berne. Ce sont ses habitants qui souffrent et en payent le prix. Mais aussi ceux qui osent s’y aventurer. Deux étudiants y ont perdu la vie l’hiver dernier, lors d’un accident.

Rappel des faits : Vendredi 14 février 2025 vers 22h30, Adil et Sadek, deux jeunes hommes circulant sur une trottinette ont perdu la vie dans ce chaos. Un épisode dramatique qui s’ajoute à la liste d’accidents survenus depuis 2020 avec, en toile de fond, des aménagements hasardeux, des entraves à la circulation et des chantiers non sécurisés. Pour l’avoir dénoncé, Lyon People a été traîné en justice par Grégory Doucet et Bruno Bernard, le 20 janvier dernier.

En effet, depuis deux ans, il faut hausser la voix pour échanger et couvrir le bruit des pelleteuses et des marteaux-piqueurs. Et surtout slalomer entre les barrières et les tranchées. Un chaos sans nom pour « cet axe fondamental ». « C’était une oxygénation pour entrer dans Lyon », disent les commerçants de l’avenue, frappés du jour au lendemain par le projet de Bus à Haut Niveau de Service (BHNS) aggravé par les écologistes.

Portes closes pour le magasin de canapés Seanroyale

« Ils ont lancé les travaux 15 janvier 2024, sans attendre les résultats du commissaire enquêteur », regrette le collectif qui voit de jour en jour les boutiques se vider. Parfois même à sa grande surprise. « Je les ai encore vus quelques semaines plus tôt », s’étonne un membre, stupéfait de constater lors de notre visite, la disparition soudaine du magasin de canapés, Seanroyale.

« C’est un champ de ruines »

« Ils étaient installés dans le 7eme arrondissement et ils sont venus dans le 3eme en 2021. Et boom, ils se retrouvent au milieu les travaux. Ça fait mal au cœur », poursuit le riverain. Plus loin, l’Archivolt a tiré le rideau. Même constat pour l’enseigne d’Urban food, Félix Croc’ ou la brasserie La Folle Horloge.

La boulangerie d’Audrey a été contrainte de tirer le rideau

Sur la même avenue, le Comptoir du 3eme pleure un chiffre d’affaires en baisse de 50%. Dans son malheur, le propriétaire s’estime presque heureux tant il compte les liquidations autour de lui. Une dizaine, selon lui. À commencer par le magasin de peinture, Monsieur Spray, qui allait fêter ses 20 ans d’existence ou la Boulangerie d’Audrey, incapable de supporter financièrement la baisse de fréquentation, elle qui a connu pas moins de 800 clients par jour à sa belle époque, à en croire certaines sources.

Quelques mètres en amont, même le supermarché Auchan paie les conséquences de ce décor, où seul un petit corridor permet l’accès à l’entrée. « C’est un cauchemar. Même à pied, tu te fais ch*** », soulève un voisin, ce dernier préférant se tourner vers une autre enseigne.

La Folle Horloge n’a pas résisté. Comment travailler dans ces conditions ?

« Le bus 25 faisait le job en 33 minutes en heures de pointe avec des arrêts de bus bien répartis, quand l’objectif du BHNS est de le faire en 25 minutes. Donc, un gain de 8 minutes, mais certains quartiers ne seront plus desservis. »

Un raisonnement bien connu dans le quartier, où la clientèle abonde surtout de l’extérieur. Mais avec les travaux et le passage à venir à une seule voie de circulation (contre deux pour le BHNS), cette manne financière s’est évaporée. Pour d’autres, elle a même disparu. Pour les survivants, on compte les clients restants. On mise sur leur fidélité, en sachant aussi que la conjoncture et les travaux seront de bonnes raisons de s’en détourner.

Les entraves à la circulation des voitures comme des piétons sont omni-présentes

« Ça fait six mois que je ne suis pas venue. Avant, je mettais quinze minutes pour venir. Maintenant je mets une heure », abonde en ce sens une cliente du salon de coiffure, Black Fashion.

La suppression de places de stationnement n’a pas aidé. Tout mis bout à bout, l’avenue s’est vidée. Inexorablement, selon le même scénario qui a frappé l’avenue des Frères Lumière, elle aussi sinistrée. « Ce n’est pas une impression. Il n’y a plus rien. Regardez, maintenant, je suis toute seule, je n’ai plus de salariées ou d’apprenties. Je n’ai plus assez de clients », confirme la gérante dudit salon.

Autre exemple, la concession By My Car et ses voitures, cibles préférées des écologistes. Face aux difficultés liées aux travaux, celle-ci a décidé de se passer d’une personne pour la partie commerciale. Mais aussi de fermer le samedi, une journée d’ordinaire très appréciée des visiteurs.

Un refrain : « il ne se passe plus rien »

Tout le long de l’avenue, des rideaux baissés. Une catastrophe humaine avant d’être commerciale

« Aujourd’hui, j’ai perdu 70% de mon commerce », décrit un des responsables de la concession, obligé de licencier. Mais aussi de jouer avec les problématiques du chantier. « Ça pose de vrais problèmes ! Les clients sont souvent très en retard. Parfois, ils nous disent que les ouvriers ont bloqué l’accès au garage », poursuit-il.

Le commerçant se désole surtout d’avoir acheté un local de l’autre côté de la rue. Un bien dans lequel il avait prévu d’aménager un showroom. Manqué ! « On a abandonné le projet. Mais on n’arrive pas à le revendre. Ça me coûte 15 000€ par mois. Tant que l’on ne sera pas dans le négatif, le groupe nous laissera exercer », regrette-t-il, inquiet.

Partout, un paysage de désolation. On, comprend pourquoi que les Lyonnais ont déserté l’avenue…

 « C’est un champ de ruines », confirme le collectif, pointant les travaux en cours sur la place Rouget de l’Isle, là même où une auto-école déplore la disparition de ses deux places de stationnement. Un véritable frein à l’activité et un vrai casse-tête pour les apprentis conducteurs. Face à elle, le Call Center, lui, a perdu 50% de son activité mais aussi bon nombre de ses clients, habitués à venir retirer leurs colis.

La place Rouget de Lisle défigurée…

« On est fatigué. On n’a rien, alors que l’on est censé être en pleine période d’activité. Nous, on était bien dans le quartier, on ne manquait de rien », expose le gérant, ce dernier ayant même observé des tensions entre un boucher voisin et les ouvriers. En cause, l’incapacité pour le commerçant de se faire livrer sa marchandise.

Une voie de circulation automobile plus étroite qu’une autoroute à vélos

« La ville apaisée est loin d’être apaisée », préfère en rire un membre du « Collectif Avenue Félix Faure ». Sur ce point et comme nos confrères du Progrès l’ont révélé, le défenseur de la rue ne croit pas si bien dire. Dans le quartier, les voitures ne cessent d’être fracturées. Lyon People peut en témoigner (voir ci-contre). Raison de plus pour passer son chemin.

« Il n’y a plus de passage ! », s’attriste la propriétaire de la boutique de fleurs, le Liseron. La commerçante a eu la bonne idée de racheter l’enseigne en 2019. Depuis deux ans, la voilà avec un chiffre d’affaires en baisse de 50%. « Jusqu’à -80% lorsque l’on me bloque le trottoir de devant », pointe-t-elle. Avant de poursuivre : « Avant, c’était la route qui menait jusqu’au cimetière (de la Guillotière), alors les gens s’arrêtaient. Aujourd’hui, je n’ai que la clientèle de quartier. Pour la Toussaint, je n’ai fait que 600€ de chiffre, quand je faisais 2 000€ habituellement ».

« Il n’y a plus de passage ! », s’attriste la propriétaire de la boutique de fleurs, le Liseron

Pire, devant sa boutique, le spectacle met en évidence une vaste ineptie. A savoir cette future voie de circulation dédiée aux automobilistes, dont la largeur atteint péniblement les trois mètres réglementaires. « Même pour les bus, quand ils vont se croiser, je ne suis pas sûr qu’il y ait assez de place », dénonce-t-on. Il faudra jouer des coudes et prendre son mal en patience. Ou passer son chemin. Visiblement, le choix est déjà fait.

Tout est fait pour entraver la circulation automobile…

Sans commentaires…

Déjà deux ans de galères… Comment tenir dans ces conditions ?

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Morgan Couturier

Le journaliste de Lyon People, c’est bien lui ! En quête de scoops, toute info est la bienvenue !

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