Tramway TEOL. Le spectre des expropriations et des démolitions plane sur Tassin

15 mai, 2024 | Actualités Politiques | 8 commentaires

Texte : Morgan Couturier – Après leur abandon du projet de Métro E, la Métropole de Lyon et sa majorité écologiste se concentrent exclusivement sur la construction d’un tram express reliant l’Ouest lyonnais à la Confluence. Problème, le tracé définitif implique des démolitions et des expropriations, sans que Bruno Bernard et ses élus ne s’en émeuvent.

La peur monte et les larmes coulent, à mesure que le temps s’égrène. Alors que la menace de la construction du Tram Express dans l’Ouest Lyonnais (#TEOL) s’amplifie de jour en jour jusqu’à l’horizon 2032, les habitants impactés, eux, peinent à cacher leurs inquiétudes et leurs peines. « Je carbure aux anxiolytiques », témoignent ainsi Chantal et Jean-Claude Schoepen, dont la propriété familiale située sur l’avenue Général De Gaulle est menacée d’être expropriée et démolie. Alors lorsque le sujet vient à ressurgir sur la table de sa salle à manger, la Tassilunoise peine à retenir ses sanglots.

155 années de souvenirs de famille sont gravées à cet endroit et voilà que ces derniers s’apprêtent peut-être à s’envoler, par la seule volonté de la Métropole de Lyon. Oublié le projet de Métro E, largement plébiscité par les habitants de l’Ouest Lyonnais, dont les simples concertations auront coûté plus de 1,9 million d’euros aux contribuables. Place donc à ce tramway semi-enterré, jugé moins cher (800M€ contre 1,5 milliard d’euros pour le Métro E) que Bruno Bernard et ses équipes semblent déterminés à ériger en dépit de l’opposition du maire Pascal Charmot.

Le Métro E, un projet plébiscité par les habitants et évincé par les Verts

« Soit, c’est ça, soit il n’y aura pas de projet », a d’ailleurs affirmé clairement le président de la Métropole. Le chantage est clair, inflexible, au grand dam des Tassilunois et des résidents du quartier de Ménival. Car si les réflexions des écologistes se mènent en sous-marin, les possibles tracés de ce TEOL sont eux, bien remontés… à la surface. À la clé, un scénario catastrophe dont les impacts se comptent par dizaines.

Avec leurs degrés différents de répercussions. Sur la circulation, sur le stationnement (entre 60 et 100 places supprimées entre Ménival et Tassin selon le scénario), mais aussi et surtout, sur l’environnement des communes. Là résident les craintes. Et pour cause, si dans les bureaux du 20 rue du Lac, la philosophie de la Métropole de Lyon s’inspire du « tout détruire pour mieux reconstruire », le ciel semble tomber sur la tête des habitants. Voire même les écraser, dans le cas de nombreux résidents, menacés d’expulsion, comme Chantal Schoepen ou David Larderet, propriétaire d’une maison d’hôtes (photo ci-contre)..

Sur 1 530 personnes interrogées, 81,2% se disent défavorables au projet

La donne est simple. Le scénario C s’avère extrêmement destructeur, avec une vingtaine de maisons et bâtiments effacés, dont une station-service, un garage particulier et deux garages entreprise. Et pourtant, sortie du chapeau des écologistes, celui-ci se veut de plus en plus prégnant, en point de se dégager comme le projet privilégié. Avant de remonter sur Ménival, la route de Brignais, l’avenue Général de Gaulle et l’avenue Général Brosset serait ainsi concernées. Avec les démolitions qui en découlent.

« J’ai appris le projet sur le marché, où le Sytral tenait un kiosque. Quand j’ai vu les variantes, je me suis inquiété… J’ai appris ensuite par la presse que la Métropole projetait de détruire notre maison. Mais l’on n’a jamais rien reçu », témoigne Jean-Claude Schoepen, inquiet sur le devenir de sa propriété de 270m2, inscrite depuis 1869, dans le patrimoine de sa belle-famille : la famille Grange. Alors forcément, la forme interroge. Et l’avenir inquiète.

À plus forte raison pour cette lignée, dont le XXe siècle a déjà occasionné une expropriation d’une partie du terrain. C’était en 1903, année choisie pour la construction de la voie de chemin de fer. Au fil des ans, cette dernière est devenue une ligne TER reliant Brignais à la gare Saint-Paul bénéficiant aux Tassilunois, par un arrêt à la gare d’Alaï. Temps de trajet jusqu’au Vieux-Lyon : 14 minutes selon la SNCF (contre 15 minutes pour le TEOL jusqu’à son terminus de la Confluence, avec une fréquence certes plus élevée, ndlr) !

Un train SNCF relie déjà Alaï et le Vieux-Lyon en 14 minutes

L’installation d’une gare de tramway sur ce même quartier d’Alaï ressemble donc à nouvelle absurdie écologiste. Il en va de même pour la complexité des travaux liés au passage du TEOL sous la voie SNCF. « Notre quartier est très embouteillé aux heures de pointe, et nous redoutons l’impact du tramway sur la circulation, ainsi que ses nuisances (pendant les travaux puis l’exploitation).

Le passage par Libération ne présente guère plus d’avantages. Il semble que la majorité se mure derrière les arguments du coût et de la densité », conteste de son côté, Clément Droin, président de l’association des Usagers pour l’Amélioration des Transports de l’Ouest Lyonnais (AUATOL), pour qui le projet n’est même pas viable, d’un point de vue technique. Sans oublier les frais supplémentaires, non enregistrés par les instigateurs du projet.

De quoi tordre le cou aux arguments des écologistes, convaincus de préserver la fluidité des flux automobiles et d’améliorer le cadre de vie, à commencer par l’avenue Général de Gaulle. « À la fin, tout le monde va se rendre compte que c’est une belle connerie », poursuit le jeune président. Autant d’arguments soufflés à l’oreille de la Métropole, que son président ne paraît pas décidé à écouter, quitte à briser la vie de valeureux contribuables.

Le parcours retenu

La station Ménival est envisagée à hauteur de parking situé au 31 de l’avenue de Ménival, devant la MJC. C’est après cette station que sera construite la trémie du TEOL, censée permettre au tram d’emprunter les 3 à 4 kilomètres prévus en souterrain. L’ouvrage implique la mise à sens unique de l’avenue et une certaine paralysie de la vie de quartier. La pharmacie de Ménival et de la propriété mitoyenne semblent épargnées, le visuel du Sytral les laissant apparaître juste au-dessus de la trémie.

Avenue Général Brosset


3 et 5 avenue Général Brosset
Les demandeurs d’emplois vont être contents. Avec l’émergence du tramway, le parking secteur Libération sera indubitablement impacté, avec en prévision, la suppression d’une vingtaine de places de stationnement. France Emploi, la clinique vétérinaire, la pharmacie de la Libération, voire le restaurant Daddy Poule du chef Philippe Gauvreau devront revoir leur accès.
Au numéro 5 et 5bis, les maisons jumelles sont déjà murées et prêtes pour la démolition.


24 avenue Général Brosset
La propriété a beau se dissimuler devant de grands arbustes, celle-ci s’ouvre sur une vaste étendue de verdure, elle-aussi menacée de destruction.


27 avenue Général Brosset
La résidence Demeure et Dépendance, proposant des chambres d’hôtes est vouée à disparaître. Selon le dessin du parcours, la propriété voisine, sise au 31 sera difficilement épargnée.


30 avenue Général Brosset
De l’autre côté de la rue, la copropriété faisant l’angle avec l’impasse Général Brosset fait l’objet d’une expropriation. La proximité avec le parc boisé de la résidence Les Séquoias laisse également songeur. Les écolos feront-ils disparaître une partie ou la totalité de ce poumon vert ?

35 avenue Général Brosset
Le supermarché Auchan va perdurer, mais pour les automobilistes, le plein devra se faire ailleurs. La station-service disparait du paysage sur le scénario C. Les dessins montrent également un impact au Nord du parc de la Pomme.

Avenue Charles De Gaulle


181 avenue Charles De Gaulle
Située au croisement de l’avenue Général Brosset et de l’avenue Général de Gaulle, la maison dérange et ne peut subsister aux yeux de la Métropole. Elle ferait donc l’objet d’une expropriation.


142 avenue Charles De Gaulle
De l’autre côté de la route, c’est une maison érigée sur 3 niveaux qui se retrouve menacée. Cette dernière loge pourtant plusieurs entreprises locales. On pense alors à la société Jamet, spécialisée dans la location de terrains et de biens immobiliers, mais aussi à July Cartouches et au salon de coiffure Les Hommes d’Abord.


150 avenue Charles De Gaulle
Impossible de passer outre cette propriété, aux murs ocres dénotant avec le voisinage. Une particularité vouée à disparaître si le scénario C est retenu.


193, 195, 199 et 201 avenue Charles De Gaulle
Ce n’est pas une, ni deux, ni trois, mais bien quatre maisons voisines qui sont placées sous le coup d’une démolition.


168 avenue Charles De Gaulle
Coincée entre l’imagerie médicale de Tassin, iMvoc et le fleuriste Carré Fleurs, la propriété se fait discrète. Au point de mériter de disparaitre ?


172 avenue Charles De Gaulle
Maison de ville dotée d’un grand jardin, la maison se veut protéger de la voie de chemin de fer au bénéfice de grands sapins. Hélas, tout ce décor est voué à tomber si le scénario C l’emporte.


221 avenue Charles De Gaulle
Les scénarios B et C sont formels, la propriété et ses 1570m2 de jardin sont sous la menace des ambitions écologistes. Jugée trop encombrante pour permettre au TEOL d’attendre son terminus, la Métropole de Lyon ne peut conserver le site, aussi beau soit-il.


223 avenue Charles De Gaulle
Fermé depuis le printemps 2022, le garage d’Alaï, aux couleurs de la marque aux chevrons, va définitivement disparaitre du paysage tassilunois. Le bâti et son terrain sont déjà aux mains de la Métropole de Lyon.

Route de Brignais


2bis Route de Brignais
Cette belle propriété aux dessins contemporains et entourées de haies, semble pleinement installée sur le trajet du tram express imaginé par les écologistes.


4 Route de Brignais
Située en bordure de route, cette maison remarquable par son porche et sa pièce formant un triangle au-dessus du toit, paraît trop encombrante pour le TEOL.


6 Route de Brignais
Difficilement visible depuis la route, en raison de son imposant conifère et de ses hautes haies, la propriété dissimule pourtant une charmante habitation.

14 Route de Brignais
Baptisée « les Muguets », la maison se singularise par sa forme tout en hauteur et son assise à même le trottoir. Un emplacement qui semble condamner ses propriétaires. Collée à celle-ci, la propriété du 14bis ne paraît pas menacée, mais son environnement pourrait être fortement chamboulé.

<a href="https://www.lyonpeople.com/author/morgan" target="_self">Morgan Couturier</a>

Morgan Couturier

Le journaliste de Lyon People, c’est bien lui ! En quête de scoops, toute info est la bienvenue !

8 Commentaires

  1. Reynaud

    Cet autoritarisme doit cesser.
    Sous prétexte que les habitants de l’ouest lyonnais seraient des accro à la voiture (excuse de bobo gauchiste bidon et cyclistes de centre-ville qui ne connaissent pas les arrondissements périphériques et la 1ère couronne de banlieue), les écologistes imposent leur vision doctrinaire.
    Ils sont capables d’inventer n’importe quoi pour prendre de la place à l’automobile en surface.
    Vous ne connaissez pas Tassin et la topographie de l’ouest lyonnais, il n’y a pas la place pour un tramway, la circulation est déjà complètement congestionnée l’ouest lyonnais à besoin d’un métro, on est pas dans une ville moyenne on est bien à Lyon même, Lyon 5e. Quelle mépris vous avez de prendre les gens de l’ouest lyonnais pour des accro à la voiture qui ne méritaient pas un métro sous prétexte qu’ils continueraient à prendre la voiture.
    Effectivement avec le TEOL, malgré la diminution de l’espace pour la voiture, la voiture sera toujours plébiscité car le tram sera insuffisant. Avec un métro, les gens utiliseront moins la voiture et la circulation automobile sera apaisée.
    20 familles expropriées au nom du doctrinisme « écologiste ».
    Un tramway qui arrive à Confluence, c’est du foutage de gueule car si on habite au Ménival par exemple et qu’on veut aller à Bellecour ou aux Terreaux, ça vaudra plus le coup de prendre un bus pour rejoindre Gorge de Loup et finir en métro D. Autrement dit, ce TEOL est insuffisant et même INUTILE.
    Ces Élus n’ont d’yeux que pour leur électorat de l’Est lyonnais et pour le vélo.
    Les travaux du TEOL ne commenceront pas avant 2028, forte heureusement la prochaine majorité annulera cette aberration et relancera le projet de Métro E que les habitants du 5e arrondissement et les Tassilunois méritent depuis des décennies et ce TEOL sera mis à la poubelle, telle est sa destinée. On va se battre pour le Métro E et si M. Bernard vous ne reculez pas, on obtiendra le métro avec la prochaine majorité.

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    • Vary jacques suzanne

      une aberration. non au tramway. un délire d’ecolo technocrates. et fanatiques. nous approuvons la position de notre maire. a l’égard de ce projet.

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  2. Vary jacques suzanne

    une aberration. non au tramway. un délire d’ecologistes fanatiques. nous approuvons la position de notre maire. a l’égard de ce projet.

    Réponse
  3. Grassi

    ils sont complètement dingues…ces écolos y en a marre, vivement que cela change

    Réponse
  4. Joelle Bourgeois

    j approuvé vos propos. Caprices d élus écolo qui ne connaissent pas notre commune . Il n y a qu a constater les bouchons incessants qu ils ont créé avec les modifications de circulation sur l av de la république. Ou est l écologie ? Des pots d échappement qui fument ! C est bon pour la qualité de l air !!!
    On en peut plus et on en veut plus de ces écologistes

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  5. AC

    Dramatique ces projets de la municipalité et de la métropole.
    Si toutes ces dépenses n’étaient pas faites pour les pistes cyclables, globalement très peu utilisées, notamment par temps de pluie, il y aurait de quoi financer un vrai métro, demandé depuis longtemps pour l’ouest lyonnais.

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  6. Emmanuel Puissant

    A date et partant de l’Alaî il me faut 1heure en transports en commun pour aller travailler dans l’Ouest Lyonnais au Techlid DE Dardilly ( 6km) et 25 minutes en auto. Demain je m’interroge si la ligne bloque les centaines de garages en sous sol des résidents de l’avenue Charles de Gaulles dont le mien, il me faudra 1H20 pour 6 km. C’est plus rapide à pied mais cela fait 2h40 de marche par jour. Qui fait en vrai cela au quotidien? Expliquez?

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  7. Jean Pastero

    C’est amusant parce que c’est justement le Maire de Tassin qui impose ces expropriations, en refusant que le tram prenne simplement sur les voies automobiles.

    Le tout-bagnole des années 50 semble être la vision la plus moderne dont il soit capable.

    Un métro n’aurait de toute façon aucun sens avec la faible densité de Tassin. Ce type de tramway express existe ailleurs et fonctionne très bien.

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