Meeting Cœur Lyonnais #2. L’émouvant discours du chef Grégory Cuilleron

12 mars, 2026 | Actualités Politiques | 3 commentaires

Texte : Morgan Couturier – Invité à ouvrir le bal des prises de parole lors du dernier meeting de Cœur Lyonnais, ce mardi 10 mars 2026, Grégory Cuilleron a pleinement réussi l’exercice. Le chef cuisinier a livré un discours presque poétique d’une « lyonnitude » en voie de disparition. Sa ville « désagréablement changée », le récent repreneur du Fer à Cheval a séduit la foule. Comme elle, il veut croire en « un avenir brillant ».

Il fut un peu l’élément inattendu, tout en étant une pièce maîtresse. Six mois après l’introduction touchante de Laure Cédat, la question était de savoir qui épaulerait Véronique Sarselli et Jean-Michel Aulas, sur la scène de la Sucrière. Plusieurs hypothèses furent formulées en ce sens. Mais le soir venu, la surprise fut de voir Grégory Cuilleron être invité à monter à la barre. « Un vrai Lyonnais », comme put le dire Jean-Michel Aulas, dans une formulation qui eut irrité le camp écologiste.

Toutefois, le gastronome osa reposer la question : « qu’est-ce qu’être Lyonnais » ? Ou plutôt quelle est cette « lyonnitude » qui fait l’originalité de la ville ? De sa ville, « un félin juste un peu endormi », qu’il faut réveiller. Et tant pis si le propriétaire du restaurant Cinq Mains fut parfois intimidé par les quelque 2 500 spectateurs, sa vision de Lyon livra une excellente représentation de la Capitale des Gaules.

Références aux lieux et aux quartiers emblématiques, aux grands hommes et aux bâtisseurs de Lyon, aux grands moments de son histoire et à sa gastronomie, Grégory Cuilleron aura multiplié les références, se muant alors en idéal ambassadeur de sa commune. « Une ville qui a besoin de Jean-Michel Aulas », un homme qui « ne la brigue pas pour les honneurs ou par ambition politique, mais pour aider et rendre à cette ville qu’il aime, le lustre qu’il mérite ».

Nous nous sommes procuré son discours. En voici le contenu complet :

La Lyonnitude

« La lyonnitude c est regarder le soleil se coucher derrière Fourvière, attendre des amis sous la queue du cheval avant d’aller déambuler rue de la Ré.

La lyonnitude c’est prendre la ficelle quand on en a plein les bottes de gravir la grand’ côte et souffler en arrivant car il ne reste pas une gâche dans la rame. La lyonnitude c’est l’esprit d’entreprendre dans la veine des Berliet, des Mérieux ou autres de La Clergerie.

La lyonnitude c’est être à la pointe de la médecine comme au centre Léon Bérard et de continuer à innover pour sauver nos concitoyens malades. La lyonnitude c’est Lucius Munatius Plancus, l’empereur Claude, Louise Labé, Jacquard, Laurent Mourguet, les frères Lumiere, la mère brazier, Lucie Aubrac, Paul Bocuse, jean Michel Jarre, Bernard Lacombe, Anne Marie Comparini, Clovis Cornillac, Wendie Renard. Toutes ces femmes et ces hommes prêts à relever des défis, à explorer de nouvelles voies, à innover, à braver les interdits pour mener notre belle ville de Lyon sur le devant de la scène. Non, Lyon n’est pas morte, Lyon ne s’étiole pas. Son cœur bat fort, son peuple trépigne pour réveiller ce félin juste un temps endormi.

Je m’appelle Grégory Cuilleron, je suis lyonnais, j’ai 46 ans, et je suis cuisinier. C’est toujours dans cet ordre que je me présente. Lyonnais c’est mon état civil, ma condition. Ancré au plus profond de ma chair. Lorsque je voyage, je suis l’ambassadeur de ma ville et si un jour je devais vivre ailleurs, je serai simplement un Lyonnais en exil.

Lorsque j’ai vu Laure Cédat en septembre dernier au Hall 7, je me suis dit qu’elle avait bien du courage de prendre la parole comme çà devant un tel auditoire… Et me voilà ici, quasiment 6 mois jour pour jour après l’entrée de Jean Michel Aulas en campagne. Que de choses ce sont passées, que de coups bas lui ont été assenés, mais nous sommes proches d’y arriver. Aujourd’hui cependant, je ne suis pas là pour vous parler de politique, mais d’un sujet beaucoup plus important et qui nous concerne tous : Lyon.

Mais qu’est-ce qu’être lyonnais ? Moi, par exemple, je ne me sens à la maison que lorsque j’ai traversé le pont Bonaparte et que je me retrouve au pied de la colline de Fourvière, blotti dans le quartier du Vieux Lyon. Ma famille vit là, place Benoit Crépu, depuis 8 générations. Je suis allé à l’école Fulchiron, juste à côté, comme avant moi ma mère et ma grand-mère.

Lorsque j’étais petit et que nous rentrions de vacances, à peine sorti de la voiture, je me précipitais au numéro 12 et embrassait la porte d’entrée tellement j’étais heureux de retrouver mon quartier. Lorsque je me trouve à l’étranger un peu trop longtemps et que la ville me manque, je pense invariablement à la place Édouard comète à côté de la Cathédrale Saint Jean.

Bien sûr, je suis allé voir Guignol au parc de la tête d’or après avoir escaladé ce qui me paraissait alors une espèce de montagne de béton dans le jardin d’enfants à côté des daims. J’ai connu la baleine et le mammouth du musée Guimet, comme tous les enfants lyonnais de ma génération. J’ai été frustré également, lorsqu’en septembre 1986 je n’ai pas pu assister au concert de Jean Michel Jarre, car trop jeune, pour la venue du pape.

Puis j’ai grandi, j’ai donné des rendez-vous sous la statue de Louis XIV place Bellecour, j’ai bu des coups dans les pubs du vieux Lyon et de la rue sainte Catherine, fait du skate à Hôtel de Ville et sauté dans la Saône depuis à peu près tous les ponts et passerelles de Saint Paul à Saint Georges.

J’ai sursauté les 8 septembre vers 17h lorsque les canons de Fourvière tonnaient pour commémorer le vœu des échevins. Pleuré lorsqu’un immeuble du quai Fulchiron a explosé suite à une fuite de gaz en 1996, emportant le père d’un ami d’école. Eté consterné en voyant le dôme de la bibliothèque de Lyon II, en feu le matin de juin 1999. Mais j’ai également applaudi vigoureusement à la brasserie Georges pour célébrer des centaines d’anniversaires de gens que je ne connaissais pas.

J’ai fait visiter le vieux Lyon, la galerie Philibert Delorme, les traboules, en long, en large et en travers à des amis étrangers. (C’est-à-dire habitant à plus de 20km de la place des terreaux). J’éprouve de la fierté quand un Lyonnais triomphe dans un domaine, et trouve la force de continuer dans mes concours de cuisine, en m’imaginant tout le peuple de Lyon derrière moi comme dans les plus beaux moments de Gerland.

Mon papa vient de la croix rousse et ma maman du Vieux Lyon. J’estime donc avoir mes quartiers de lyonnaiserie et que, bien que ne m’appelant pas Brac de la Perrière, Sainte Olive, Gindre ou Mérieux, je suis tout de même un vrai Lyonnais.

Lyon n’est pas une forteresse, c’est un carrefour, un lieu de passage, de connexion où les gens circulent et parfois s’arrêtent pour toujours. Lyon c’est une ville où un Allemand, Kleberger, a sa statue, érigé en héros sous le nom d’homme de la roche, pour avoir facilité la circulation sur la Saône.

Lyon est une ville ouverte qui a accueilli, entre autres, Martin Luther King dans les années 60, le pape dans les années 80 et les chefs des États les plus puissants du monde au milieu des années 90. Lyon c’est la ville du départ du Tour de France en 89, de ma première grande émotion sportive lorsque la France y remporta la coupe Davis en 91, de la rencontre historique entre Iran et Etats Unis lors de la coupe du monde 98, avec un écho si particulier en ce moment, et de tant d’autres événements d’ampleur lors de ces 40 dernières années.

Et puis Lyon c’est la capitale de la gastronomie. Carrefour des bons produits venus des Alpes, de la vallée du Rhône, de Bresse ou d’Auvergne. Du petit ballon de beaujolais ou de côte du Rhône au zinc d’un bouchon, des marchés de quartier. De toutes ces cuisinières et cuisiniers novateurs qui font bouger les lignes et les règles de la cuisine française ou étrangère. C’est à Lyon que tous les deux ans s’affrontent, lors des Bocuse d’or, des chefs du monde entier pour élire le meilleur d’entre eux.

Mais si notre socle, celui qui constitue la base de notre “lyonnitude” est important, Lyon ne vit pas dans le passé.Lyon, c’est l’innovation, édicter de nouvelles règles pour le futur, oser, essayer et recommencer. Trouver de nouvelles pistes. Ce sont des laboratoires d’excellence et des hôpitaux qui cherchent les traitements de demain. Ce sont des entrepreneuses et des entrepreneurs, champions de la tech ou de l’événementiel, de l’artisanat ou du service à la personne qui font battre le cœur de notre belle ville. Ce sont des artistes, membres illustrés de la famille du cinéma, inventé ici même, des musiciens novateurs ayant joué aussi bien sûr la Saône qu’au pied des pyramides.

Parfois le Lyonnais nourrit des complexes à l’endroit des Parisiens. Si désormais nous n’avons rien à leur envier en termes de circulation, j’explique souvent au gens que Lyon n’est pas un petit Paris, et que la force de notre ville est justement de ne pas être la capitale, de proposer une singularité géographique, d’avoir une mentalité propre. Mais quelle est-elle cette mentalité à la lyonnaise ? Je crains de dire un gros mot… allez, je me lance : c’est la mesure. La mesure et le dialogue sont les meilleurs outils du VRAI Lyonnais. Quand les Parisiens font la révolution, nous nous dialoguons. Ceci n’est pas une absence de courage, mais au contraire une rectitude morale.

Mais être Lyonnais, ce n’est pas forcément être né à Lyon. Si à une certaine époque on disait que les Lyonnais étaient froids à l’endroit de l’extérieur, la ville s’est toujours ouverte et enrichit de la venue de nouvelles forces vives venues chercher ici un terreau fertile pour vivre et travailler. Lyon est riche de ces échanges, que ceux-ci se fassent avec les communes proches aussi bien qu’avec des pays lointains.

J’ai vu ma ville s’épanouir, se bonifier et se développer au fil des décennies sous l’impulsion de grands maires comme Michel Noir, Raymond Barre ou Gérard Collomb… Puis j’ai senti un coup d’arrêt. Je ne suis pas là pour juger le bilan du mandat qui se termine dans 15 jours maintenant, mais je peux vous dire que je ressens une frustration quant à ce qu’est devenue notre ville. Je la trouve désagréablement changée. J’ai l’impression que, quelque part, on m’en a un peu dépossédé. Je suis moins fier de faire visiter le vieux Lyon lorsque les rues sont sales, les poubelles débordantes et qu’il manque des pavés à la chaussée. Lorsque les travaux permanents, partout, tout le temps défigurent notre belle ville et la rendent impraticable aux voitures, mais également aux piétons. Je paraphraserais Gerard Collomb qui disait que nous vivions cote à cote mais que bientôt nous vivrions face à face. Nous y sommes et ça ne me plait pas.

C’est pour cela que j’aime le coté rassembleur de Jean-Michel Aulas. Il est au-dessus de la nasse et tend à réunir ce qui est épars, redonner un sens aux choses. Lyon n’est pas une ville d’extrêmes, mais de mesure. Elle s’est toujours jouée au centre, dans une politique d’échange et de tempérance. JMA ne sera pas uniquement le maire de ceux qui l’ont élu mais de tous les Lyonnaises et les Lyonnais dans un souci d’ouverture et d’écoute.

Bon, ne tournons pas autour du pot, Je suis un grand fan de l’Olympique lyonnais. Mes premiers émois remontent à la deuxième division avec Eugene Kabongo en pointe et François Lemasson dans les cages. Je savais donc très bien, et depuis longtemps, qui était JMA lorsque je l’ai rencontré pour la première fois en 2001. Et je trouve que ce premier contact, dont je n’ai du reste jamais parlé à Jean Michel, illustre bien ce qu’est le personnage.

A l’issu d’un match, je vais trouver JMA et lui dit, fébrile, que je suis à la recherche d’un stage et que j’adorerais le faire à l’Olympique Lyonnais. Il prend mes coordonnées sur un morceau de nappe en papier. 48h plus tard, sa collaboratrice m’appelait. Bon, le stage ne s’est pas fait pour des raisons indépendantes de sa volonté, mais cela nous montre que la parole donnée à un jeune homme de 20 ans sortant de nulle part comptait à ses yeux.

Depuis lors, par le truchement de mon parcours, je le suis attentivement. J’en ai des échos par-ci par-là, parfois même nous nous sommes croisés. Il a aidé des amis via la fondation OL ou son entreprise. Entre autres pour faciliter l’accès au monde du travail à des jeunes des cités. Jamais il ne l’a fait pour se mettre en lumière, toujours dans la discrétion, pour aider.

Si l’on a voulu nous le présenter sous un autre jour car déterminé dans le cadre professionnel, il s’agit de quelqu’un de profondément humain. Il ne brigue pas la mairie pour les honneurs ou par ambition politique, mais pour aider et rendre à cette ville qu’il aime tant le lustre qu’elle mérite. Pas dans des perspectives passéistes, mais tendu vers un futur brillant. La ville a besoin de Jean Michel Aulas entouré des Lyonnaises et lyonnais engagés qui l’accompagnent et le soutiennent.

<a href="https://www.lyonpeople.com/author/morgan" target="_self">Morgan Couturier</a>

Morgan Couturier

Le journaliste de Lyon People, c’est bien lui ! En quête de scoops, toute info est la bienvenue !

3 Commentaires

  1. nicole CHEVASUS-MASIA

    merci merci merci de ce regain d’espoir qui me permets de faire amende honorable vis à vis déjà de JMA qui m’apparaissais plus, avoir besoin de lumière que de rentrer en politique.
    en effet point n’est besoin d’être un politique pour gérer une ville, au contraire la preuve vient de nous en être donné durant ce dernier mandat catastrophique.

    Mon choix n’a jamais varié sauver ma ville de ces fous furieux et seul JMA peut et va le faire.

    merci de ce bel article « on va gagner »

    Réponse
  2. didier perdrix

    monsieur cuilleron qui a repris le fer a cheval et qui a mis au chômage tout le personnel qui était sur place

    Réponse

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