Propos recueillis par Nicolas Winckler avec MC – Issu d’une famille d’agriculteurs mégevans, Jean-Claude Ours a longtemps grandi dans les alpages de la station. Un ancrage profond que le moniteur de ski souhaite utiliser à son avantage pour briguer l’écharpe de maire. Le poste laissé vacant par Catherine Julien-Brèches, l’intéressé avance confiant. Il se livre pour Lyon People et Megève People.
LP : Après deux mandats, Catherine Julien-Brèches a annoncé ne pas vouloir se représenter. Quel bilan tirez-vous de ces douze années à la tête de Megève ?
JCO : Le bilan que j’en tire, c’est précisément ce qui m’a conduit à être candidat. Quand on vit dans un village, le café du matin devient un lieu de commentaires permanents de l’action municipale. C’est confortable : on critique, sans avoir à proposer de solutions. Pendant longtemps, je suis resté dans cette position. Puis, à force d’échanger, de confronter mes analyses avec d’autres habitants, je me suis posé une question simple : mes critiques sont-elles fondées ? Et surtout, est-ce que je suis prêt à aller plus loin que la critique ? À un moment, soit on accepte de rester spectateur, soit on assume ses responsabilités. Ma vie, mon parcours, mon implication dans le village faisaient que ce moment était venu. J’ai décidé d’y aller.
Qu’est-ce qui a motivé ce choix ?
Plusieurs décisions prises ces dernières années ne me convenaient pas. Je pense notamment à l’aménagement de certains terrains communaux, comme le projet des Veriaz, transformés en résidence de tourisme. On a raté, selon moi, une occasion majeure de créer un ensemble mixte, permettant à la fois l’accession à la propriété pour des habitants à l’année et le maintien de lits touristiques réellement occupés. Il y a aussi la gestion de certains contrats avec de grands groupes, comme celui de la Ferme Saint-Amour. Ces dossiers ont connu des aléas, mais surtout, ils posent la question de la méthode. Enfin, et c’est essentiel, il y a la manière de gérer l’humain : l’écoute, le dialogue, la relation avec ceux qui font vivre le village au quotidien. Mettre en place une rupture sur ce plan-là sera l’un des objectifs majeurs du mandat et probablement l’un des plus difficiles à atteindre.

Les colistiers de Jean Claude Ours à Megeve
Vous vous êtes positionné très tôt, avant même l’annonce officielle de la maire sortante. À quel moment vous êtes-vous dit : « j’y vais » ?
Je fais le tour du Mont-Blanc chaque été. Ce sont des journées de marche, parfois longues, où l’effort physique laisse beaucoup de place à l’introspection. À la fin de l’été dernier, j’ai acté cette décision. Je me suis dit : « j’ai les épaules, l’expérience, des choses à défendre. On y va ».
Catherine Julien-Breches a expliqué son retrait par une certaine usure liée à la politique. Cela ne vous a-t-il pas effrayé ?
Ce n’est pas une question de peur. Mes métiers, la montagne, le ski, la gestion de centres de vacances, m’ont habitué à gérer l’urgence, le risque, la pression. Tout se fait avec du sang-froid. Oui, cette fonction impressionne. Oui, elle peut user. Je comprends parfaitement son constat. Mais à un moment de sa vie, on peut aussi se sentir suffisamment armé pour relever ce type de défi.
« Un des piliers de mon engagement, c’est de restaurer la confiance et la sérénité »
Aviez-vous déjà un parcours politique ? Portez-vous une étiquette ?
Je n’ai pas de parcours politique structuré. Administrativement, la préfecture demandera une étiquette. Ce sera donc « divers droite », comme beaucoup de listes communales. Mon engagement, lui, est d’abord local.
Mais alors qui est Jean-Claude Ours ?
Quelqu’un qui a toujours été motivé par l’action collective. Ma première expérience remonte à une liste menée par Raymond Turri à Combloux. Nous avons perdu largement. J’y intervenais comme « spécialiste du tourisme » alors que je ne l’étais pas vraiment. Cette expérience m’a appris une chose essentielle : être légitime, c’est être à la bonne place. Ensuite, Denis Worms est venu me chercher comme numéro deux. La campagne de 2014 était dure, très combative. Nous avons perdu de peu, mais j’y ai gagné une expérience décisive. Quand j’ai décidé de me lancer aujourd’hui, je savais au moins une chose : mener une campagne.
Êtes-vous prêt à assumer pleinement la fonction de maire, en parallèle de votre métier de moniteur de ski ?
Être maire, c’est un engagement à 100%. Il n’y a pas d’ambiguïté là-dessus. Je continuerai cependant ponctuellement mon activité de moniteur, parce qu’elle me permet de rester en lien direct avec le terrain, la clientèle, le domaine skiable. C’est une légitimité précieuse dans une station comme Megève.

Jean-Claude Ours et ses colistiers lors de sa réunion publique du 12 février 2026
Votre futur premier adjoint pourrait être Pierre Morand. Pourquoi lui ?
Il m’apporte le pragmatisme, la sérénité et l’expérience. Je prends les décisions structurantes, il garantit l’équilibre, le bon fonctionnement et la stabilité. C’est un duo complémentaire.
Ensemble, vous avez promis d’apporter une vision d’avenir au territoire. À quoi les habitants doivent-ils s’attendre ?
À être acteurs du changement. Un des piliers de mon engagement, c’est de restaurer la confiance et la sérénité. Cela passe par l’écoute, la communication et le travail collectif. L’objectif est simple : faire en sorte que, dans vingt ans, Megève reste au sommet des stations de moyenne altitude, même si l’activité ski diminue sous l’effet du climat. Cette transition ne peut pas être imposée par un seul homme. Elle doit être construite collectivement. C’est un défi immense.
Sur quels points Megève peut-elle progresser ?
Sur la préservation de son âme. C’est fondamental.
Pour cela, quels seront les axes forts de votre mandat ?
Une restructuration du domaine skiable pensée à l’horizon 2040-2050. Les remontées mécaniques doivent servir aussi bien le ski que d’autres usages : randonnée, VTT, contemplation. L’idée est de relier les points hauts à un centre de village vivant, habité à l’année. Il faut accueillir une clientèle fortunée dans d’excellentes conditions, sans sacrifier l’identité locale. C’est un équilibre difficile, mais indispensable.
« Megève possède un socle exceptionnel : un village piéton, une architecture, une gastronomie, une atmosphère unique »
Allez-vous continuer à travailler avec la Compagnie du Mont-Blanc ?
Une Délégation de Service Public est un cadre concurrentiel. Le cahier des charges déterminera le délégataire. Qu’il s’agisse de la Compagnie du Mont-Blanc ou d’un autre acteur, l’essentiel est la compétence technique et la connaissance du territoire.
Gouverner, c’est trancher. Quelle décision impopulaire seriez-vous prêt à assumer ?
Je ne veux pas promettre de décisions choc sans diagnostic. À notre arrivée, le budget ne sera pas voté. Il faudra assurer la continuité des services, payer les agents, faire fonctionner la commune. La première année sera celle de l’analyse financière. La marge de manœuvre est très réduite, notamment à cause du désengagement progressif de l’État. C’est cette réalité qui conditionnera nos décisions.

Jean Claude Ours et son colistier Jean-Pierre Quiblier-Sarbach
Comment répondre au réchauffement climatique ?
Toutes les stations de moyenne altitude sont concernées. La différence, c’est que certaines sont déjà au « temps zéro ». Nous avons encore une dizaine d’années devant nous. Ce temps est précieux. Il doit servir à préparer l’après-ski, à adapter les investissements, à repenser les usages. Investir aujourd’hui sur des équipements amortissables sur 20 ans impose une extrême lucidité.
Dès lors, comment rendre Megève attractive sur le long terme ?
Je n’ai pas de recettes miracles. Mais Megève possède un socle exceptionnel : un village piéton, une architecture, une gastronomie, une atmosphère unique. Même hors saison, les gens aiment s’y promener. À partir de là, il faut greffer des activités, des services, du travail à l’année. Cela passe par le logement, via le bail réel solidaire, et par l’emploi, notamment grâce au numérique et à la délocalisation de services d’entreprises.
Mais Megève peut-elle vivre toute l’année ?
Il ne s’agit pas d’avoir l’affluence de l’hiver douze mois sur douze. Les habitants ont aussi besoin de respirer. En revanche, il faut renforcer les avant-saisons, maintenir une population permanente, développer le logement et diversifier les activités économiques. C’est un combat structurel, pas un slogan de campagne.

Inauguration du salon Toquicimes 2026 – Photo Alexandre Moulard pour Lyon People
« Toquicimes est une réussite majeure des mandats de Catherine Julien-Brèches »
Le festival Toquicimes sera-t-il maintenu ?
Évidemment. C’est une réussite majeure des mandats de Catherine Julien-Brèches. C’est une vitrine exceptionnelle à l’automne, un événement qui attire la presse nationale et internationale. D’ailleurs, si l’on pouvait créer un équivalent au printemps, ce serait idéal.
Enfin, un mot sur votre adversaire, Jean-Noël Picot ?
C’est une candidature solide. Pour la première fois depuis longtemps, nous avons une campagne apaisée, sans bilan à défendre. Il faut rester pragmatique, éviter les promesses irréalistes et inscrire l’action dans un temps long, au-delà d’un seul mandat.


















bravo winckler il.a fait de sérieux progrès dans la rédaction des articles .