Lyon. La brasserie L’Espace contrainte au dépôt de bilan

1 juin, 2026 | Actualités Gastronomiques, BARS & RESTAURANTS | 3 commentaires

Texte : Marco Polisson – Exclusif – C’est la mort dans l’âme que le chef Jean-Paul Borgeot s’est résolu à tirer le rideau, place Bellecour.

Le tribunal des affaires économiques a prononcé, mercredi 27 mai 2026, la conversion du plan de redressement en liquidation judiciaire pour la brasserie L’Espace sise au 26, place Bellecour. Le chef Jean-Paul Borgeot l’avait rachetée en 2001 à Roland et Albert Artiacco.

Mais c’est à Jean-Claude Tollet que nous devons l’actuelle physionomie de l’Espace. En 1992, il achète le petit café de Madame Bouthéon. Le restaurateur qui vient de céder l’hôtel Berlioz (Perrache) acquiert l’imprimerie mitoyenne pour agrandir les lieux. Quatre ans après voir terminé les travaux, il cède la brasserie à Roland et Albert Artiaco pour la somme de 4,5 millions de francs en 1999.

Deux ans plus tard, le co-fondateur d’Ecco Travail Temporaire la revend à Jean-Paul Borgeot « qui la voulait absolument », nous raconta Roland. Ce bel établissement rejoint alors la galaxie du chef-traiteur de la rue de la Charité qui comprend La Tassée, La Cuvée et du Restaurant de Fourvière. Une passation de pouvoir naturelle.

« C’est une affaire que j’ai toujours aimée » nous confiait l’an dernier l’ancien chef de La Tassée, également contrainte à la fermeture en 2022 « J’ai fait mes études juste derrière, rue Boissac, notre cour de récréation était la place Bellecour, et puis j’ai fait mon apprentissage chez Jean Vettard, en face… Je venais aussi comme client, boire un café en terrasse le matin, avant de rejoindre La Tassée ».

La brasserie photographiée en 2011 pour le spécial « Patrimoine Bellecour » de Lyon People

L’Espace Brasserie, qu’on aurait pu appeler L’Espace Bellecour ou Brasserie Bellecour disposait d’une adresse et d’une situation unique dans la ville. Comme jadis le Café Monnier, le Grand café Morel ou le Café du Pavillon devenu Maison Dorée, et plus tard, en face, la célèbre Maison Vettard et son Café Neuf devenu Le Neuf, brasserie chic incontournable.

Pendant des décennies, elle fut le repaire de tous les lycéens des cours privés environnants et des étudiants de l’université catholique. Mais également le point de chute des fils et filles de bonne famille traboulant du Grand Café de la Paix ou du Régent. Le Café Bellecour est désormais le dernier témoin de cette époque florissante.

A 76 ans, Jean-Paul Borgeot abandonne sa brasserie et la charge mentale qui allait avec.

« Pour moi, une brasserie est un lieu de vie ouvert 7 jours / 7 où on peut venir à n’importe quelle heure de la journée, prendre un café, un verre, un plat à midi ou le soir et grignoter l’après-midi. Avant le covid nous servions de midi à 23h sans interruption, je vais relancer l’idée » nous assurait-il également l’an dernier.

« Plus personne ne passait devant chez moi »

Mais un mauvais combo mêlant à la fois le dogmatisme écologiste, la baisse du pouvoir d’achat et la conjoncture internationale auront eu raison de sa bonne volonté. Avec la fermeture de la place Bellecour par les écologistes, côté Saône, le trafic s’est complètement tari. Et les visiteurs, coincés dans les embouteillages du parking, définitivement dégoutés.

La place Bellecour, côté Saône, est désormais le théatre d’embouteillages permanents. Il n’est plus possible d’en faire le tour.

Au téléphone, Jean-Paul Borgeot est à la fois triste et écœuré. Triste de devoir baisser le rideau : « L’activité restauration est devenue trop compliquée, nous subissons une baisse d’activité de 35%. A 76 ans, j’en avais assez » nous dévoile le chef qui s’était mis à la recherche d’un repreneur.

La transmission était en bonne voie, mais le bailleur – en l’occurrence la Fondation Bullukian, propriétaire de l’ensemble du tènement immobilier du 26, place Bellecour – ne s’est pas montré coopératif. « Ils m’ont mis des bâtons dans les roues avec des exigences impossibles à tenir. Le repreneur a donc lâché l’affaire ». D’où son écœurement.

La place Bellecour, côté brasserie, photographiée jeudi 11 septembre 2025 à 18h55. Un vrai désert…

Le liquidateur Jérôme Allais est chargé de mener à son terme la liquidation judiciaire de cette brasserie emblématique qui sera vendue aux enchères. En espérant que ce ne soit pas un fast-food qui s’installe alors dans cet immeuble historique, ancienne propriété de la famille du journaliste télé Bernard de la Villardière. La Fondation Bullukian en porterait alors l’entière responsabilité.

<a href="https://www.lyonpeople.com/author/marco" target="_self">Marco Polisson</a>

Marco Polisson

Rédacteur en chef
Co-fondateur du magazine.
En charge de la rédaction et responsable des partenariats.
Délégué à la protection des données RGPD

3 Commentaires

  1. Hubert MIRONNEAU

    Toute une époque…. C’est incroyable ce gâchis !!!
    Une des institutions lyonnaises que j’ai bien pratiquées…

    Réponse
  2. Mourad Derdiche

    Ça aura été un honneur de travailler dans ce bel établissement de 1995 à 2001 avec Mr Thollet et l’incontournable Philippe…
    Triste de voir ce genre d’établissement, fermer ses portes dans une ville comme Lyon, ça fait quand même réfléchir pour la profession aujourd’hui dans les grandes villes de France.

    Réponse
  3. VOUILLON JC

    Quelle belle photo d ALBERT avec son célèbre sourire et dont la magnifique personnalité a

    rayonné sur LYON pendant trente ans !

    JEAN CHARLES

    Réponse

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