Texte : Bernard Gouttenoire – En 2003, nous organisions à Paris une exposition consacrée aux « villes du monde » de Jean Couty. Il y avait matière à traiter le sujet, car l’incroyable peintre de l’île-Barbe a -pour ainsi dire- fait le tour du monde dans sa vie, avec sa femme Simone qu’il épouse en 1966.
Couty est tout d’abord « architecte » à l’École des beaux-arts de Lyon, il est dans la classe de Tony Garnier. En 1933, il réalise un exceptionnel projet (très prémonitoire) pour une grande mosquée à Lyon. Il décroche son diplôme d’architecte DPLG. Mais attiré par la peinture il choisit finalement cette voie plus grâce à son maître Tony Garnier. Il admire Gustave Courbet et il est souvent comparé au Maître d’Ornans tant son travail est boulimique et gigantesque.
Pourtant rien ne le prédestine à une carrière de peintre du format. En effet Couty s’ingénie à traiter de grands sujets. Car, dit-il, c’est « dans la démesure que l’on voit le talent d’un peintre ». Rien d’étonnant à ce que ses premiers tableaux soient spectaculaires. Le « bénédicité » toile immense est le parfait exemple. Exposé dans la vitrine de la galerie Katia Granoff à Paris, place Beauvau, il sera vu par Pablo Picasso qui dira admiratif : « On ne peint plus comme ça de nos jours ! ».
Le nom de Couty s’impose, donc par ses formats et ses couleurs très orchestrées.
Son premier voyage en Italie date de 1952, il marche sur les pas de Masaccio et dit son admiration pour Piero della Francesca. Il part ensuite en voyage à Venise, avec son épouse, en 1966. Ensuite, naît Charles, son fils unique qui, avec Myriam, seront les fondateurs du Musée Couty à Lyon. Naissent les toiles majeures de la Sérénissime (la place Saint-Marc, le pont du Rialto, le pont des soupirs, les canaux avec leur flot de gondoles, etc).
Rien n’échappe à l’œil gourmand de Maître. Il voit toute la splendeur du site, et nous invite à le revoir magnifié ! Il donne des angles remarquables à la cité. Entre-temps, il quitte Lyon (qui l’inspire cependant) dans son architecture et sa modernité des grands travaux (années 1970-1980). Il réalise aussi « les églises romanes » de France dans un livre magistral. Il est très soutenu par le critique d’art René Deroudille et son compère Jean-Jacques Lerrant. Il avoue à demi-mots que Venise lui rend bien la splendeur de sa réputation. C’est sans nul doute la ville qui l’attire le plus.
Mais il ne néglige pas de s’arrêter à Florence, Milan, Rome, aux Pouilles. Venise est la plus spectaculaire assurément et la plus divine par les personnages qui l’habite, tous costumés dans le style de la « commedia dell’ arte ».
Musée Jean Couty
Place Henri Barbusse – Lyon 9

















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