Interview. Barbara Falk : « Être engagée, ce n’est pas une posture. C’est agir, tous les jours. »

3 avril, 2026 | Actualités People Lyonnais | 0 commentaires

Propos recueillis par Alexandra Carraz-Ceselli – Chaque mois, la fondatrice de L’Équipe des Lyonnes – un réseau de plus de 3.700 membres qui œuvre à faire émerger les voix féminines dans le débat public – met en lumière une personnalité inspirante dans son podcast « Le Café des Lyonnes ». Ce mois-ci, rencontre avec Barbara Falk, présidente de la Chambre régionale des comptes Auvergne-Rhône-Alpes, qui exerce une fonction clé au service de la démocratie locale et de l’intérêt général. Haut fonctionnaire et magistrat financier, elle incarne une parole précise et exigeante sur l’usage de l’argent public, l’indépendance des institutions et la responsabilité qui accompagne toute décision publique.

ACC : Êtes-vous une femme engagée ?
BF : J’espère que oui. Longtemps, je me suis interrogée sur ce que signifiait réellement l’engagement. Aujourd’hui, je pense qu’il est avant tout quotidien. C’est ne pas laisser passer certaines remarques. C’est intervenir lorsqu’un collègue interrompt systématiquement une collègue. C’est écouter le ressenti des femmes et agir lorsqu’on est en position hiérarchique. C’est aussi, comme citoyenne, être attentive dans l’espace public, soutenir une femme en difficulté. Être engagée, c’est agir, tous les jours.

La réflexion suffit-elle ou faut-il passer à l’action ?
Non. La pensée sans l’acte ne sert à rien. Quand on a des responsabilités, il faut encourager les jeunes femmes, les aider à s’affirmer, à dire non, à dire « cela me dérange ». Ce sont des choses que l’on n’ose pas toujours en début de carrière.

Quel est le rôle de la Chambre régionale des comptes ?
La Chambre régionale des comptes fait partie d’un réseau dont la tête est la Cour des comptes. Notre rôle est simple : nous sommes là pour les citoyens. Nous expliquons comment l’argent public est utilisé, s’il l’est correctement, et si les collectivités respectent la réglementation. Nous contrôlons les collectivités locales, mais aussi les sociétés qu’elles créent et les associations qu’elles financent. Une grande partie de notre travail se fait en amont, pendant l’instruction : les collectivités prennent conscience de pratiques perfectibles et ajustent leur gestion. Ensuite, nous publions un rapport, présenté devant le conseil municipal et accessible aux citoyens.

Comment êtes-vous nommée à ce poste et comment votre indépendance est-elle garantie ?
Je suis conseillère maître à la Cour des comptes. Ma nomination a été proposée par le Premier président de la Cour des comptes, Pierre Moscovici, puis validée par le Président de la République. Je suis nommée pour cinq ans, non renouvelables. Cette durée garantit mon indépendance : on ne peut pas me demander de partir, et je ne peux pas demander à rester.

Petite fille, que rêviez-vous de faire ?
Comme beaucoup de petites filles, je voulais être hôtesse de l’air. Puis j’ai fait des études de mathématiques, Sciences Po, parce que je voulais comprendre les politiques publiques. Ensuite, j’ai intégré l’ESSEC pour apprendre le management. Mais très vite, j’ai compris que j’avais besoin de sens : mon travail devait être utile aux autres. C’est ce qui m’a ramenée vers le secteur public : j’ai passé l’ENA et intégré la Cour des comptes.

Barbara Falk et Alexandra Carraz

Comment fait-on les bons choix d’orientation dans un parcours aussi riche ?
Le plus important est d’apprendre à se comprendre soi-même, ce qui est très difficile quand on est jeune. J’ai deux adolescentes et ce que j’essaie de leur transmettre, ce n’est pas un métier précis, mais la compréhension de qui elles sont, de ce qui leur convient. On teste, on se trompe, on ajuste. Et parfois, à quarante ans, on change parce que l’on a changé soi-même. L’essentiel, c’est l’alignement entre ses valeurs et ce que l’on fait.

Avez-vous eu des rôles modèles dans votre parcours ?
Oui, beaucoup. On se construit grâce aux autres. J’ai été marquée par des personnes très brillantes, mais surtout très modestes, qui donnent plus qu’elles ne prennent. À la Cour des comptes, j’ai rencontré des personnalités extrêmement intelligentes, et celles qui m’ont le plus inspirée sont restées simples. À l’Institut de France, j’ai aussi croisé des femmes remarquables : Hélène Carrère d’Encausse, Catherine Bréchignac… des femmes scientifiques à la tête de grandes institutions, qui m’ont montré que rien n’est impossible.

Le plafond de verre existe-t-il encore dans la haute administration ?
Cela dépend de la volonté politique. À la Cour des comptes, on disait qu’il n’y avait pas de vivier féminin. Puis Pierre Moscovici a fixé un objectif clair : une nomination sur deux pour des femmes. Et cela a fonctionné. Les décisions politiques peuvent changer très vite les équilibres, à condition de les assumer avec justesse.

Les carrières sont-elles compatibles avec la vie personnelle ?
Les carrières se construisent souvent entre 25 et 40 ans, à Paris, avec des codes peu compatibles avec la parentalité. J’ai fait des choix. J’ai trois enfants. Je refuse les réunions à 19h. Les choses évoluent : les hommes prennent aujourd’hui leur congé paternité. Le sujet n’est pas seulement l’égalité, mais la diversité et l’ouverture collective.

Si vous aviez une baguette magique, quelle mesure prendriez-vous pour que les femmes soient plus présentes dans le débat public ?
Les choses changeront quand il y aura plus de femmes en politique : des femmes qui arrêtent à 19h, qui ont des enfants et qui gouvernent malgré tout. Les quotas ont permis des avancées, mais tant que les têtes de listes restent majoritairement masculines, le chemin n’est pas terminé. Gouverner ensemble demande des compétences différentes de celles nécessaires pour gagner contre les autres. Lorsque les femmes accéderont plus largement aux responsabilités politiques, la démocratie s’en portera mieux.

> Retrouvez l’entretien intégral en vidéo sur la chaîne YouTube de l’Equipe des Lyonnes

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