Pamphyle, un artiste lyonnais entre matière et mémoire

26 mars, 2026 | Actualités Culturelles / patrimoine | 0 commentaires

Texte : Odile MatteiLe Palais de Bondy célèbre du 25 au 29 mars les 50 ans de création artistique d’un « Gone du Vieux Lyon ». 150 tableaux présentés, 30 sculptures, des dessins, collages, photographies d’archives retraçant l’univers si singulier et personnel de Pamphyle, peintre et sculpteur lyonnais de renommée internationale. Ses œuvres ont régulièrement été exposées en France, Belgique, Espagne, États-Unis, Japon, Chine… aux côtés de celles de Picasso, Warhol, Klein, Koons ou Armand.

« À l’aube de mes 80 ans, je ne crois pas avoir percé le mystère. On ne devient pas artiste, on naît avec cette nécessité intérieure. Peindre n’est ni un choix, ni un refuge, c’est une manière d’être au monde. Peut-être est-ce pour apaiser la mémoire, peut-être pour s’en délivrer… mais surtout pour dire ce qui ne peut se dire autrement », indique l’artiste.

« Pamphyle » est le surnom que les copains du quartier de Saint Georges avaient donné au jeune Michel Meyrieux. Aucun helléniste dans la bande, d’où vient ce surnom qui signifie « ami de tous » en grecque. Pamphyle ne le sait pas, mais l’a adopté comme nom d’artiste.

Le parcours singulier de cet autodidacte, incarne une quête profonde de sens à travers la matière et la couleur. Issu d’un milieu très modeste, Pamphyle découvre à 10 ans la pratique artistique grâce à son grand frère Daniel, apprenti décorateur sur porcelaine chez Simone Pelosse, rue du Doyenné. C’est lui qui l’initie au dessin et à la peinture. De 1956 à aujourd’hui, Pamphyle peint.

Tableau Antigone

Recherche et introspection

Son chemin artistique ne suit pas une trajectoire académique classique. Après un passage par la forge et divers métiers, des voyages en solitaire, Pamphyle décide en 1980 de se consacrer pleinement à l’art, avec la réalisation d’œuvres figuratives. Il nourrit sa sensibilité au contact de la matière brute, du métal, et du geste. Sa carrière se construit sur l’expérimentation et l’intuition.

À partir des années 1990, il abandonne définitivement la figuration pour explorer un langage pictural centré sur l’émotion et la sensation. L’univers de Pamphyle se caractérise alors par une peinture abstraite. Les toiles deviennent des espaces méditatifs. Chaque œuvre agit comme une surface vivante, révélant une mémoire enfouie sous la matière. « J’ai traversé tant de souffrances, qu’elles imprègnent naturellement mes œuvres. Elles y affleurent sans que je les appelle », souligne-t-il.

Pamphyle, le capteur d’émotions

Sa technique repose sur un travail presque rituélique : Pamphyle prépare ses supports avec des terres d’ocre, applique inlassablement des couches de peinture, écrit des mots que la peinture recouvre, comme pour les taire. Puis il intervient : par grattage, griffures, incisions, avec un couteau ou des outils qu’il forge.

Il projette des pigments naturels, comme le célèbre bleu intense Pamphyle, tel un paysan semant son champ. Geste simple, répété, presque instinctif. Il y a dans ce mouvement quelque chose de lent, de patient, comme si l’œuvre devait pousser plutôt qu’être fabriquée. «Je ne cherche pas à tout contrôler : je laisse la matière parler, se déposer, respirer ». Les couches dialoguent entre elles, se cachent, réapparaissent, vivent, marquent la toile de l’artiste.

Ce processus donne naissance à des compositions où coexistent violence et douceur du geste, subtilité des textures. L’intensité de l’œuvre se transforme en espaces méditatifs, vibrants, chargés de profondes émotions. Pamphyle ne cherche pas à représenter le monde, mais à en capter l’essence intérieure, dans une approche à la fois sensorielle et contemplative.

Ses œuvres sont toutes signées, mais pas sur la toile, au dos car « je ne veux pas abimer l’essentiel : l’expression révélée »

Il développe une œuvre intime, nourrie de souvenirs, de blessures, de solitude et de réflexion. Peu enclin aux courants artistiques, il poursuit une recherche personnelle, guidée par une nécessité intérieure. Ses œuvres, aujourd’hui présentes dans des collections en France et à l’international, invitent le spectateur à une expérience introspective, où le regard se perd dans les strates du temps et de la matière.

Ainsi, Pamphyle apparaît comme un peintre de l’essentiel un artiste pour qui créer revient à révéler, couche après couche, couleurs après couleurs, ce qui se cache au plus profond de l’être. Au plus profond de lui. Le temps de la création, les angoisses, les bleus au cœur disparaissaient. Le temps de la contemplation de l’œuvre, le spectateur réceptif se plonge doucement dans un lagon bleu. Un beau voyage, que je suis heureuse de partager comme marraine de son exposition, au Palais Bondy.


Ma rencontre avec Pamphyle

Un jour de printemps, il y a quelques années, en passant devant la galerie Platini à Veyrier du lac, je suis attirée par une grosse tache bleue sur une toile. Pas de signature. Qui est ce peintre ? « Pamphyle, un peintre lyonnais », me dit la galeriste. Je ne le connais pas. Plusieurs toiles exposées me plongent dans un voyage extraordinaire. Mon imaginaire vagabonde, quand une pierre brute, un gros saphir se dessine et m’entraine dans les entrailles mouvementées des couches apposées. Mon imagination sillonne, creuse et je touche le fond sans douleur, sans égratignure. Hors du temps. Apaisée.

« Madame, la galerie va fermer ! ». J’ai rencontré quelques mois plus tard l’artiste Pamphylelors d’une autre exposition. J’ai eu ensuite le bonheur de partager une journée avec sa femme et lui, chez eux. Visite du grand atelier, l’antre de l’artiste et d’inlassables discussions, sur son parcours, et son art. Une belle rencontre riche de découvertes et d’émotions.

Pamphyle

Un Gone du Vieux-Lyon

Palais Bondy

20, quai de BondyLyon 5

Vernissage jeudi 26 mars 2026 à partir de 18h

<a href="https://www.lyonpeople.com/author/odile" target="_self">Odile Mattei</a>

Odile Mattei

Journaliste gastronomique
Elle est passée à la casserole pendant 30 ans devant les caméras de France 3 avant de voler de ses propres ailes. C’est désormais derrière les fourneaux de Lyon People et au micro de Lyon Première qu’Odile officie. On l’en remercie.

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