Propos recueillis par Fanny Suteau et Marco Polisson – A quelques jours du scrutin, nous sommes allés prendre le pouls du professeur Georges Képénékian qui a garé son triporteur devant le Rive Gauche, non loin de son domicile. Les mains au fond des poches, quelque part entre solitude et liberté*, le candidat « Képé » se (dé)livre sans langue de bois.
Lyon People : À ce stade, votre candidature à la mairie de Lyon ressemble plus à un baroud d’honneur qu’à une chevauchée victorieuse. Comment le vivez-vous ?
GK : Il y a une semaine, j’étais à 2% à 9h du matin sur un sondage. Et le soir, à 7 %. Donc vous voyez, les chocs émotionnels sont importants. Plus sérieusement, je ne crois pas que ce soit un baroud d’honneur. C’est défendre mes convictions, une vision, une méthode, une expérience au milieu d’un Grégory Doucet qui est dépassé et d’un Jean-Michel Aulas, qui est un homme du passé. Je pense que notre ville a besoin d’une voix qui dise autre chose que ce qu’on entend tous les jours. Le dernier message de Jean-Michel Aulas est un peu violent. La ville va mal, mais ce n’est pas utile d’aggraver la situation par le discours. Si on veut donner envie aux gens de venir à Lyon, je trouve que l’excès n’est pas bon.
Georges Képénékian, candidat solo à Lyon aujourd’hui, c’est un acte de foi, de folie… ou de nostalgie ?
Sûrement pas de nostalgie. Je n’ai rien de nostalgique. Toute ma vie, j’ai cru au progrès dès les premières années de mon métier. J’ai toujours été tourné vers le futur et c’est ce que mes maîtres m’ont appris. Donc, pas de nostalgie. Oui, un acte de conviction, parce qu’il y a une expérience à Lyon. Lyon a une tradition de convergence, une tradition de confluence. Lyon est une ville qui, de tout temps, a cherché plutôt les compromis que les affrontements. À Lyon, on aime dire que le bien ne fait pas de bruit, mais que le bruit ne fait pas de bien non plus.
« Je crois qu’il y a aujourd’hui, à Lyon, des gens qui me soutiennent. Je ne suis pas solitaire ».
Quand j’ai lancé cette campagne, j’ai dit que je n’étais plus d’aucun parti. J’ai retrouvé ma liberté. Les partis ne jouent plus leur rôle : 75% des Français ne croient plus aux partis. Donc, moi qui ai été un homme de parti toute ma vie, j’ai dit stop. C’est volontairement que je prends plutôt des mouvements citoyens que des partis. Ces partis qui sont en train de faire croire qu’ils reviennent au-devant de la scène. Entre LFI à gauche, LR à droite, le Macronisme à Lyon, qui été une capitale du Macronisme d’ailleurs, c’est fini tout ça. Je connais tous les gens qui sont là. Je sais ce qu’ils sont capables de faire. C’est une fiction. Et au fond, Jean-Michel Aulas, qui se dit de la société civile, s’est d’abord fait ventouser gentiment par Laurent Wauquiez, par Bruno Retailleau, par d’autres, et puis par les chefs à plumes qu’il a vus à Paris. Donc, il n’est pas de la société civile. Il est entouré de gens avec 45% des postes à LR, alors que LR n’existait plus à Lyon.
On connait votre brillante carrière de chirurgien. Si Lyon était un patient, quel diagnostic poseriez-vous en trois mots ?
Polypathologie. Pardon, vous me parlez de médecine (rires). L’erreur serait de croire qu’une baguette magique va régler les problèmes. La mobilité, l’économie, le commerce, la sécurité. Quand vous avez un corps vivant qui a plusieurs organes qui se déglinguent, pour ne pas l’aggraver, il faut déjà le traiter dans sa globalité. C’est ce qu’on apprend aujourd’hui. Si vous traitez sujet par sujet, vous allez plutôt aggraver la situation.

« Lyon demain », le carnet d’ordonnances du professeur Georges Képénékian
Quel est le remède ou la proposition phare qui vous différencie des quatre principaux candidats ?
D’abord, quelle vision ? Une vision de notre ville apaisée, réconciliée, sans aggravation des fractures. Pour moi, c’est une vision essentielle. Et une vision n’est pas construite par une somme de propositions. Aulas fait des propositions tous les matins depuis six mois, toutes plus improbables les unes que les autres. J’ai discuté beaucoup avec Jean-Michel. Je lui ai demandé comment était construit le budget de la ville de Lyon. Il ne sait pas. Le budget de la ville de Lyon, c’est 1,1 milliard, à deux petits sous près. 70% du budget est déjà engagé d’une manière ou d’une autre. 57% de masse salariale. Donc, arrêtons de faire croire aux Lyonnais, aux Lyonnaises, qui n’y croient pas d’ailleurs, qu’il y a une magie des gratuités. Qu’est-ce que fait Doucet ? Course à l’échalote, il rajoute trois bibliothèques à Lyon. Mais il faut être sérieux. Lyon n’a pas besoin de trois nouvelles bibliothèques. En revanche, ce serait qu’on ouvre les bibliothèques jusqu’à 20h, voire à certains endroits jusqu’à 21h, ce que je n’ai pas réussi à faire sous Gérard.
« Fondamentalement, Doucet pense que la décroissance, c’est bien ! »
Comprenez-vous le ras-le-bol des Lyonnais qui, dans leur grande majorité, veulent se débarrasser des écologistes et renvoyer Grégory Doucet dans sa banlieue parisienne ?
Bien sûr que je le comprends. J’ai été dans l’opposition pendant six ans. J’ai siégé et je n’ai raté qu’un seul conseil municipal pendant ces six ans. Donc, je le comprends très bien. Vision verticale. Grégory Doucet, la première fois qu’on se voit, me dit : « Georges, je suis là pour sauver la planète ». Je lui ai répondu : « Au passage, on va sauver quelques Lyonnais, peut-être ? ». Donc, on n’a pas le même humour. Peu importe. Ne sous-estimons pas que la sociologie de notre ville a changé. Aujourd’hui, selon les données de l’INSEE, 50% des Lyonnais ont moins de 35 ans. Une partie de ces habitants, ceux qui vivent en zone piétonne à Lyon me disent : « vous savez, monsieur le maire, on entend les petits oiseaux le matin ». Donc ne faisons pas comme s’il n’y avait que du déchet. Il y a une méthode, il y a un rejet de l’écoute. Doucet ne sait pas écouter. Et puis, la sécurité, j’y reviens, l’économie qui est un angle mort. Parce que fondamentalement, il pense que la décroissance, c’est bien. Et que Lyon passe quatrième en termes de population, à la limite, il trouve que ce n’est pas mal.
Les sondages vous placent loin derrière les 4 favoris. Pourquoi les Lyonnais devraient-ils parier sur un candidat qui n’imprime pas ?
Qui n’imprime pas, pourquoi ? D’abord, parce que vous avez un effet de sondage et de masse. Jean-Michel Aulas a fait une campagne de marque. C’est l’OL qui vient à Lyon. Si je n’avais aucun soutien, je serais mal, y compris sur le plan financier. Mais je peux vous assurer qu’il y a des gens qui connaissent Jean-Michel Aulas, et qui pensent qu’il n’est pas apte à être maire de Lyon.

Le sondage d’OpinionWay publié lundi 23 février pour Lyon Mag et Radio Espace a fait l’effet d’une douche froide pour Képé
A ce propos, quel regard portez-vous sur les dernières enquêtes qui vous créditent de 2% à 5% des suffrages ?
Mon métier m’a appris à prendre en compte avec lucidité le réel. On n’opère pas quelqu’un si on n’est pas dans le réel. Donc, j’en prends acte. Mais en même temps, ce que je constate depuis que les Lyonnais sont entrés un peu vraiment en campagne, depuis la fin des vacances de février, c’est que personne ne m’a jeté de tomates. Et j’entends plutôt des gens qui attendent une alternative. Au demeurant, comme Jean-Michel Aulas a pu égratigner son image récemment par les débats, je pense qu’on va attendre. Le meilleur sondage, ce sera celui du 15 au soir.
Avez-vous commis des erreurs stratégiques depuis le début de cette campagne ?
Fin janvier 2025, quand je vais annoncer ma candidature, Jean-Michel Aulas est une des personnalités à qui j’envoie un message, parce qu’on se connaît et qu’on se respecte depuis longtemps. Que me répond-il ? « Bravo, Georges ! Pour Lyon et pour la démocratie ». Trois semaines plus tard, on prend un café et je lui dis : « faisons un truc ensemble ». En toute sincérité, il a ensuite pris mon créneau de « loin des partis politiques » et de dire « je suis de la société civile », mais il a fait le choix des partis politiques parce qu’il avait besoin de s’assurer : il a vu Emmanuel Macron, il a vu Édouard Philippe, il a vu, non pas Bayrou, mais Patrick Mignola. Bref, il a pensé qu’il allait réunir tous les partis. Et c’est ce qu’a fait la NUPES. Moi, j’ai fonctionné sur les campagnes précédentes. J’en ai mené un certain nombre.

« Je ne comprends pas pourquoi Jean-Michel n’est pas allé à la Métropole. C’est 4 milliards de budget. On est loin de Lyon avec son milliard ».
Quelle forme de campagne avez-vous sélectionnée ?
Une campagne d’idées, une campagne de vision, une campagne de projets, une campagne de Lyon qu’on aime, où on veut embarquer tout le monde. L’écologie qui a été menée n’est pas une écologie qui a embarqué tout le monde. Donc, je me suis mis dans un projet politique avec un grand P. Et je n’ai pas mesuré, d’abord, la manière de créer un effet de marque et l’emballement. Je l’ai sous-estimé. Et si vous regardez bien, c’est en décembre que je commence à changer ma communication, la « Képémobile », le changement de charte. Mais le vrai problème pour moi, c’est qu’aujourd’hui, il y a un déni du politique. Il y a une négation de ce qu’est le politique. On ne peut pas gérer une ville avec des punchlines. Le réalisme, c’est aussi que notre société est comme elle est. Et qu’aujourd’hui, le débat d’idées a peu de place.
« La marge d’erreur des sondages est de 4%. Quand vous êtes à 5, vous êtes soit à 9, soit à 0 ».
Comment analysez-vous, avec votre directeur de campagne Frédéric Duval, le fait que vous soyez inaudible malgré la couleur criarde de votre team ?
La campagne, je peux regretter mille choses. Mais d’abord, je suis plutôt quelqu’un qui avance, même si je suis capable de faire des analyses objectives sur les erreurs. C’est fondamental dans mon métier. Sincèrement, les Lyonnaises et les Lyonnais, jusqu’à début janvier et avec les vacances de février, n’étaient pas dans la campagne. La question n’est même pas de critiquer les sondages. Quand vous avez une marge d’erreur à 4%, quand vous êtes à 5, vous êtes soit à 9, soit à 0. C’est comme ça qu’il faut voir les choses. Après, mon objectif, c’est quoi ? C’est d’être au second tour, de passer la barre des 10%. Parce que ça change complètement l’élection, et je continue de penser que la loi cadre PLM ayant changé, mon objectif aujourd’hui, c’est d’être un pôle d’équilibre entre eux, parce qu’il y aura les deux de toute façon.
Combien d’argent avez-vous investi dans la campagne ?
On doit être aujourd’hui dans la marge raisonnable, donc pas loin de 200 000€.
Aurait-il fallu mettre plus sur la table pour avoir un peu plus de visibilité ?
Non, parce qu’on n’a pas fait une campagne de marketing. Ce n’est pas l’option que j’ai choisie. Fondamentalement, je considère que nous avons besoin d’un vrai débat de position et d’idées. L’évolution de la politique fait que je pense que ça marche moins bien, en tout cas sur les sondages. C’est un travail de fond.
Ce travail de fond va-t-il vous faire passer la barre des 10% ?
C’est ma volonté et ma conviction aujourd’hui.
Si vous ne dépassez pas les 5% des suffrages, votre campagne ne sera pas remboursée. Serez-vous ruiné au soir du 22 mars ? Avez-vous monté un dossier du surendettement ? (rires)
Non, je ne sortirai pas ruiné de cette campagne ! Je devrais arriver à survivre (rires). Une banque m’a fait confiance, donc c’est déjà pas mal. Des hommes et des femmes m’ont fait confiance aussi.
Il n’y a pas meilleure preuve d’amitié, sachant que vous êtes plus que challenger dans la course…
Bien sûr, mais parce qu’ils y croient. Ils peuvent donner jusqu’à 7 500€ pour la structure partisane qui s’appelle « Lyon, quelle énergie » et 4 600€ maximum par personne morale, pas d’entreprise.
« Je n’ai rien à voir avec Nathalie Perrin-Gilbert. On a deux projets bien distincts »
En constatant la stagnation de votre candidature, pourquoi ne vous êtes-vous pas rapproché de Nathalie Perrin-Gilbert ? Elle est trop fofolle pour vous ? (rires)
Des personnes m’ont dit : « Surtout, tu ne vas pas avec Nathalie, autrement je retire mes billes ». Je n’ai rien à voir avec Nathalie. On a deux projets bien distincts. En 2008, elle était avec nous et en 2014, elle est passée dans l’opposition. Je rappelle qu’en 2020, quand elle deale avec Doucet, elle est proche de LFI. Elle ne prend pas la carte, mais Laurent Bosetti et son groupe sont LFistes. Je suis évidemment profondément écologiste parce que j’ai une conception de la santé globale qui est un concept qui se développe depuis quelques décennies. C’est la santé humaine, animale et environnementale. On ne peut plus séparer le vivant l’un de l’autre. En 2020, je discute avec Grégory Doucet et je lui dis : « On fait une plateforme tous les deux et après on verra si on rejoint Nathalie ou pas ». Il choisit Nathalie, et vous connaissez la suite. Nathalie s’est toujours construite en s’opposant. Elle a construit son image en s’opposant à Gérard Collomb. Elle l’a reconstruite en s’opposant à Doucet. Alors après, je peux avoir de l’affection, comprenez bien, on ne s’écharpe pas. Mais aujourd’hui, on a essayé, j’ai fait trois réunions avec elle sur le projet. Au final, elle m’a envoyé un document où elle était première.

« J’ai vu Jean-Michel, cinq ou six fois en tête à tête, pour lui expliquer clairement mon projet ».
Votre principal adversaire, aujourd’hui, est-ce le maire écologiste sortant, Jean-Michel Aulas… ou l’indifférence des Lyonnais à votre égard ?
Je pense qu’il faut que les Verts ne soient plus aux manettes et je pense que Jean-Michel Aulas ne peut pas être aux manettes avec ses partis derrière lui. Je veux être un pôle d’équilibre. On est face à des problèmes complexes. Plus personne ne peut avoir la solution clé en main tout seul. C’est fini. Je suis très inspiré de ce que j’ai vécu au Québec dans les années 90 sur la réforme sanitaire. Il faut qu’on arrive aux accommodements raisonnables, c’est ça ma ligne. Et si je rajoute que Montesquieu écrit des pages remarquables sur la modération, parce qu’il a été très marqué par les guerres de religion en France, et qu’il pense que la modération est une discipline, ce n’est pas un ventre mou. Non, une modération, c’est une attitude volontariste. Eh bien, je suis de cette essence.
Vous avez reçu un nombre impressionnant de coups de fil vous pressant, amicalement, de rejoindre l’alliance aulasienne. Ne regrettez-vous pas votre entêtement ?
D’abord, ce n’est pas un entêtement, c’est le fruit d’une discussion. J’ai vu Jean-Michel, cinq ou six fois en tête à tête, pour lui expliquer clairement mon projet. Sincèrement, j’ai passé ma vie à tracer une route, un sillon dont j’ai assez peu dévié. Aujourd’hui, un de mes différents avec Gérard, qu’on a effacé heureusement peu de temps avant qu’il tombe malade, et je pense que nous sommes séparés en paix à ce moment-là, mais en 2020, Gérard fait alliance avec Wauquiez, qu’il m’avait présenté comme l’ennemi historique. Je ne l’ai pas suivi. Eh bien, je ne peux pas suivre Jean-Michel aujourd’hui.
Certaines sources affirment que les négociations auraient achoppé car vous avez exigé la tête de la liste d’union à Lyon, ce que Jean-Michel Aulas a refusé…
Non, bien sûr que non. Je peux vous l’affirmer tranquillement. Je n’ai pas l’habitude de raconter des carabistouilles. J’ai toujours considéré que j’étais là comme un trait d’union entre hier et le futur, que je suis là pour le renouveau. Je suis là pour la transmission. C’est vraiment mon souci. Doucet m’a fait aussi des avances : « Le poste que tu veux ». Aulas : « le poste que tu veux ». J’ai expliqué aux uns, aux autres. Ce qui m’a gêné, c’est que je ne fais pas la course à l’échalote. Je peux être battu, peut-être, demain. Vous savez que j’avais proposé à Jean-Michel, dès le début, de prendre la Métropole et moi la ville de Lyon. Il a dit : « Je ne veux pas aller à la Métropole ». Il voulait Lyon. Pourquoi ça ne s’est pas fait ? Il faut le demander à Jean-Michel. Dans tous les cas, ce dont on a discuté, c’était avant qu’il se fasse emprisonner totalement par les partis. Je ne comprends pas pourquoi Jean-Michel n’est pas allé à la Métropole. C’est 4 milliards de budget. On est loin de Lyon avec son milliard. Je ne sais pas.
On n’a pas l’impression que vos différends soient vraiment incompatibles…
Je suis à l’opposé du concept que Jean-Michel développe aujourd’hui. Le maire n’est pas celui qui fait. Le maire est celui qui permet. J’ai tellement vécu ça. Il faut arrêter de croire que vous êtes un super-héros, comme Doucet qui pensait qu’il allait sauver la planète. Ça ne marche pas comme ça. Les gens, pourquoi ils se détournent des politiques ? C’est qu’ils veulent reconquérir leur pouvoir d’agir. Si on ne fait pas un choc de l’offre démocratique aujourd’hui, on sera dans deux verticalités différentes. Et on ira à nouveau droit dans le mur. J’en suis absolument convaincu. Il faut arrêter de croire qu’avec un tunnel, on résout les problèmes. Il faut arrêter de faire croire aux Lyonnais qu’ils attendent des trucs qu’ils ne demandent pas. La gratuité des cantines ? Vous croyez que je n’aurais pas payé la cantine de mes enfants ? C’est l’anti-redistribution, c’est effacer ce qu’est le concept de République.

Un jour à jamais gravé dans son cœur. Le 17 juillet 2017, Georges Képénékian est élu maire de Lyon alors que Gérard Collomb rejoint le Ministère de l’Intérieur
« Je n’ai pas trahi Gérard Collomb »
Avez-vous été surpris, voire choqué, que votre complice de 2020 David Kimelfeld appelle à voter pour Grégory Doucet plutôt que vous-même ?
Surpris, oui. Surpris parce qu’on a siégé dans l’opposition ensemble, qu’on a dénoncé ensemble les menées de LFI. Après, David, c’est un pote, il m’avait prévenu.
Il en va de même avec votre colistier de 2020, Michel Le Faou, qui a rejoint l’alliance de Jean-Michel Aulas…
Ça m’a choqué. Un mois avant, il nous rappelait, dans une réunion, qu’il était rocardien historique. Il a pensé que je ne gagnerais pas et que le mieux, c’était de rejoindre le camp des gagnants pour essayer de l’intérieur de faire changer Aulas.
Êtes-vous peiné, consterné ou résigné ? Comment jugez-vous cette ultime trahison ?
Je suis peiné. Trahison, oui, on peut garder ce terme. Mais je le juge comme la réalité de ce que pensent des politiques aujourd’hui, ou des gens qui font de la politique.
N’est-ce pas un retour chariot en mode boomerang pour vous qui avez trahi Gérard Collomb en 2020 ?
Je n’ai pas trahi Gérard Collomb. Je vous rappelle le schéma. D’abord, je déclare ma candidature en octobre, très tard. Parce que jusqu’en octobre, à la demande des autorités élyséennes, j’essaye de rabibocher Gérard Collomb et David Kimelfeld. Donc, je ne démarre pas à l’été, je démarre en octobre. Au moment où je me déclare, Gérard est candidat à la Métropole, et pas à la ville. Il n’a encore pas désigné qui serait le candidat de la ville. Mon idée, c’est que, s’il est candidat à la Métropole, je peux donc candidater à la ville de Lyon.
Comment votre amitié s’est elle fracturée ?
Le dimanche soir, il présente sa démission à Emmanuel Macron qui la refuse. Le lundi 1er octobre 2018, fin d’après-midi, Gérard confirme sa démission. Cette fois, Macron l’accepte. Il m’appelle et me demande si je peux monter à Paris le lendemain matin. Il y avait un dossier un peu urgent. Je prends mon TGV à 7h. On discute 20 minutes du dossier quand j’arrive et c’est réglé. Il me propose de rester pour déjeuner, ce que j’accepte. On discute, il m’explique qu’il a décidé de démissionner. Il n’y a pas l’ombre d’un problème entre nous deux sur le fait que je lui rende les clés de l’Hôtel de ville. Ce n’est même pas un sujet. J’ai un contrat moral avec Gérard. Et pour moi, c’est non négociable. Ni lui, ni moi ne pensons qu’il puisse y avoir un problème. Pendant le déjeuner, il me dit : « puisque tu es là, reste avec moi. J’ai invité Le Figaro pour faire mon annonce ». J’accepte. Et là, je me trouve à côté de Gérard avec deux journalistes du Figaro.
Comment l’entretien s’est-il déroulé ?
Alors, évidemment, si vous regardez la photo que le Figaro a retenue, je suis atterré. A un moment, j’essaye de dire un truc. Je ne suis plus lequel du Figaro vient me voir à la fin et me dit : « Vous, vous êtes courageux ». Il se fout de ma gueule gentiment pour dire « bravo, quoi ». C’est passé. Quand Gérard rentre à Lyon, je suis avec Roland Bernard le seul élu qui l’attend à la descente du train à Perrache. Donc, il y a vraiment zéro problème. Il n’a même pas à me demander. C’est une évidence. Il me propose de mettre mon bureau de premier adjoint encore plus près du sien, de prendre le bureau qui est attenant au bureau du maire. Mais je me suis dit « pour 25 mètres, on ne va pas tout déménager juste pour 18 mois ».

Gérard Collomb attendu par une meute de reporters à Perrache après sa démission. Seuls Roland Bernard et Georges Képénékian sont sur le quai pour l’accueillir…
Le 5 novembre 2018, il y a le vote et la passation. Je fais mon petit mon petit speech et j’ai droit à une standing ovation. Jusqu’au 5 novembre, c’est la lune de miel. Et après, je ne sais pas. Sincèrement. Très vite, il mesure qu’il risque de ne pas être réélu à la Métropole. Il a peur. Je lui dis : « mais enfin, Gérard, va s’y. Au premier tour, peut-être ils vont te faire chier. Au deuxième, ils vont te faire chier. Mais au troisième, pour 18 mois, tout le monde va revoter pour toi ». Et il n’y va pas. A partir de là, s’enclenche le mécanisme de « je suis trahi », parce qu’il lui faut un coupable. A la différence de David, Gérard n’a jamais parlé de trahison pour moi. On se connaît. Il me connaît. Il m’a toujours respecté. J’étais à côté de lui, mais avec toujours une forme de liberté. J’ai été loyal, mais jamais inféodé, parce que je ne serai jamais inféodé dans ma vie.
Il reste une dizaine de jours de campagne. Comment comptez-vous renverser la vapeur ?
Je vois beaucoup de gens, l’agenda est plein. Beaucoup de monde de l’associatif, des rencontres ciblées, des débats. C’est d’être sur le terrain, d’écouter. Que ce soit à la Duchère ou dans le huitième, les gens écoutent.
Si vous n’êtes pas qualifié pour le second tour (ce qui nécessite 10%des suffrages), quelles seront vos consignes de vote ?
Vous pensez bien que ça va dépendre de beaucoup de choses ? Où sera le RN ? Où sera
LFI ? Si moi, je n’y suis pas, ça veut dire qu’il y a du RN. Ça veut dire que je ne sais pas ce que fera LFI. Mélenchon est venu faire un meeting à Lyon pour soutenir Anaïs Belouassa-Cherifi, il lui tire dans le dos. Je ne comprends même pas comment c’est possible. Donc, je ne sais pas comment va se passer le 15 mars au soir.

Georges Kepenekian, Marco Polisson, rédacteur en chef de Lyon People et Frédéric Duval, porte-parole de sa campagne au Rive Gauche, pour cet entretien enregistré lundi 2 février 2026
*Philippe Delerm « Enregistrements pirates »



















0 commentaires