Près de Lyon. Exproprié par les écologistes, il pourrait perdre 4 millions d’euros

24 février, 2026 | Actualités Lyon | 0 commentaires

Texte : Morgan Couturier Rue de la Feyssine, à Villeurbanne, le Sytral, piloté par les écologistes, multiplie les expropriations pour avancer sur son projet de tram T9. Face à l’opposition du propriétaire des parcelles impliquées et des entreprises du quartier, l’organisation tente de passer en force, jusqu’à se rendre coupable de violation de domicile.

Il aurait préféré mettre en lumière ses origines et l’amour de la bonne chair qui en découle, mais ces dernières semaines, Marc Devaux peine à garder le sourire. D’ordinaire bon vivant, le propriétaire des parcelles du 45 et 49 rue de la Feyssine se retrouve aujourd’hui dans une situation bien moins réjouissante. Le Sytral souhaite s’installer sur ses terres. En jeu, l’avancée du projet de tram T9, bloqué par les parcelles du gérant de la SCI Geneviève.

Les deux bâtiments que le SYTRAL veut détruire se situent sur le nouveau tracé du tram

Sur le principe, ce dernier n’est pas foncièrement contre celui-ci. Seulement, le tracé pose problème. Il paraît même incohérent. Au regard du passé d’abord, alors qu’en 2019, le Sytral – piloté par la majorité de David Kimelfeld – avait inauguré en grande pompe une nouvelle piste cyclable, que le nouvel exécutif écologiste vient aujourd’hui démolir.

L’ancien tracé du Tram T9 n’impactait pas la rue de la Feyssine (marquée d’une croix rouge)

Surtout, les derniers plans du T9, publiés en… octobre 2025 par le SYTRAL, font état d’un tracé totalement différent (ci-dessus). Mais alors que le budget du projet explose sous le poids des retards (300 M€ aujourd’hui, contre 224 millions prévus initialement, ndlr), l’autorité organisatrice des mobilités semble vouloir économiser quelques deniers. Quitte à raccourcir le trajet et à passer en force.

A l’arrière du terrain, le centre de contrôle technique Autovision

« Ils disent que c’est trop cher de construire un pont par-dessus le périphérique », pointe Marc Devaux. Résultat, le président Bruno Bernard s’est mis en tête de l’exproprier. Le tout, contre un chèque de près de 1,2 million d’euros quand en 2022, Vinci Immobilier lui fit une offre à 5,3 millions d’euros pour ce même terrain. Et ce, avant de se rétracter quelques mois plus tard… Pour laisser le champ libre au SYTRAL ? Comment expliquer ce revirement soudain alors que le géant de la construction ne s’engage jamais à la légère ? Comme il l’a déclaré à nos confrères du Progrès, le propriétaire soupçonne une entente entre les deux protagonistes.

Bruno Bernard, le président écologiste de la Métropole de Lyon, avec le maire PS de Villeurbanne Cédric Van Styvendael – Photo © Nicolas Zaugra / actu Lyon

Selon les écologistes, le tram va ramener des clients au magasin de pneus (sic)

Mais Marc Devaux ne compte pas se faire rouler dans la farine. Et pour cause : 4,1 millions d’euros sont en jeu ! Sur les terrains concernés, le Villeurbannais possède une maison où réside sa maman de 80 ans mais aussi des locaux professionnels : ceux de la pizzeria « Carloni », de l’entreprise Idéal Pneu et du centre de contrôle technique Autovision.

Un tènement commercial que le Sytral ne souhaite pas racheter dans son intégralité. Dans son projet d’expropriation, l’administration des transports réclamerait la démolition de la maison, de la pizzeria et lorgnerait sur 9 mètres du parking d’Idéal Pneu. Une logique destructrice déjà observée, route de Genas, avec l’expropriation de la Boulangerie Paneo… pour une piste cyclable !

Les rails du tram T9… stoppés rue de la Feyssine. Dans leur ligne de mire, les bâtiments de Marc Devaux

Impossible pour Marc Devaux, adepte du « tout ou rien ». « Officiellement, le gérant de la pizzeria est en congés, mais il a tout vidé. Je le soupçonne d’avoir été indemnisé par le Sytral. Mais alors qui assure mon bien ? Quant à Idéal Pneu, le gérant réfléchirait à rompre son bail. Je ne veux pas gérer tout cela », dévoile-t-il.

Il faut dire que du côté du centre auto, l’activité est devenue bien calme et le chiffre d’affaires lui, a tendance à rouler vers le bas. « On se fait ch***. On a même dû se séparer d’une personne », exprime Alex, employé de la maison et cycliste de la première heure. Alors face à cette situation, les langues se délient. Et la colère monte.

Depuis le début des travaux, l’activité du centre auto n’est pas au top…

« Aucun expert n’est passé, on n’a pas été consulté. C’est un peu ‘‘on est le Sytral, on vous emmerde’’. Ils nous ont même dit : « vous allez voir, ça va être génial pour votre activité, les gens vont venir en tram. Ils sont fous ! », poursuit-il. Pour un magasin de pneus, pas sûr en effet que les clients transportent leurs achats en utilisant les modes doux.

Surtout, l’employé avance une idée : les rames de tram ne seraient pas faites pour supporter le poids des camions de livraison. Ni des passages réguliers des voitures qui devront les chevaucher. « Ils ont tablé sur dix passages par jour, soit cinq voitures. Mais l’hiver, on comptabilise plus sur 80 passages quotidiens. On marche sur la tête ! », conclut Alex.

Le dogmatisme en dépit de l’activité, un discours récurrent chez les écologistes

Mais le pire est à venir. Selon Marc Devaux, la politique du SYTRAL et des écologistes va même au-delà du droit. Et pour cause, le 2 juin 2025, le tribunal judiciaire de Lyon a prononcé l’annulation de la mesure d’expropriation. « Mais on ne nous a jamais avertis du jugement. En juillet, la greffière prétendait encore que le verdict n’avait pas été donné », souligne le quinquagénaire, propriétaire des parcelles incriminées.

Les résidents du 39-43 rue de la famille ne seront pas impactés par le tracé

Faisant fi de cette décision, le SYTRAL a pris soin de mobiliser la Préfecture du Rhône pour entamer une enquête parcellaire complémentaire, laquelle a abouti le 6 janvier 2026 à un tout autre verdict : la SCI Geneviève et Marc Devaux doivent céder le terrain réclamé. « Le même juge a prononcé cette décision sans prendre en compte la décision qui a prise précédemment. Je souhaite vraiment passer un message aux Lyonnais : ce qui m’arrive aujourd’hui peut arriver à n’importe quel propriétaire demain », enrage l’intéressé. Avant de poursuivre : « Ils peuvent venir me chercher, je ne bougerai pas ».

Violation de propriété privée et coups de pression

A l’approche des élections, Bruno Bernard et ses équipes veulent avancer à tous prix, qu’importent les recours et les décisions de justice. En avril dernier, la mère de Marc Devaux est ainsi tombée nez-à-nez face à des ouvriers pris la main dans le sac en pleine opération de traçage devant sa maison. Or, les Villeurbannais sont encore propriétaires des lieux.

« C’est une violation de domicile flagrante alors que le juge ne s’était pas encore prononcé. Le pire, c’est qu’on a l’impression d’être les mauvais élèves », pointe ce dernier. D’autant qu’aucun bornage n’a été fait. « Le Sytral veut prendre possession d’une zone qu’il est incapable de délimiter », argumente-t-il encore. Sans accord à la hauteur de ses attentes, il n’entend pas lâcher. Mais à choisir, nul doute que Marc Devaux signerait volontiers pour une fin heureuse, arrosée autour d’un bon banquet.

<a href="https://www.lyonpeople.com/author/morgan" target="_self">Morgan Couturier</a>

Morgan Couturier

Le journaliste de Lyon People, c’est bien lui ! En quête de scoops, toute info est la bienvenue !

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