Texte : Morgan Couturier – Femme de caractère, Laurence Fautra s’est imposée à Décines-Charpieu. Sa ville, sa bataille. Faut-elle qu’elle s’en aille ? La maire sortante ne l’entend pas de cette oreille. Réélue en 2020, la Décinoise brigue un troisième mandat. Son ambition : améliorer le cadre de vie de ses administrés. Son fil d’Ariane : la tranquillité publique.
À Décines-Charpieu, l’église n’est pas forcément le premier édifice à mettre au milieu du village. De loin, les Lyonnais pensent au stade, aux exploits de l’OL, aux mélodies des concerts et des parquets qui grincent dans la ferveur de la LDLC Arena. Un décor bien animé, en phase avec Laurence Fautra, son énergie débordante et un sens du verbe capable de rendre n’importe quelle rencontre de foot ennuyeuse. Cela tombe à pic, la maire ne porte guère la discipline dans son cœur.

Sa fonction de maire de Décines lui donne un accès privilégiés aux décideurs politiques et économiques présents dans les tribunes VIP du Groupama Stadium
Mais elle a appris à l’aimer. En supportant l’émission Téléfoot, regardée le dimanche par son conjoint puis en jonglant par défaut avec l’implantation sur ses terres du Groupama Stadium. Peu importe si au passage, la taxe de spectacle fut réduite à peau de chagrin, la privant – selon ses calculs – de quelque 31 millions d’euros de recettes depuis 2016, la maire sortante a appris à vivre avec. A profiter de cet attrait pour « faire rentrer la ville de Décines-Charpieu à la place qu’elle mérite dans la sphère métropolitaine ».
« J’ai essayé de gérer la ville avec du bon sens »
Pour cela, Laurence Fautra eut bien usé de quelques artifices comme le port d’un bonnet « Ici, c’est Décines » en Président Box. Mais à l’heure de faire les comptes, c’est par son bilan que l’édile veut faire parler d’elle. Et de sa commune. « Un bilan honorable. Très honorable même », se reprend-elle. Avant de poursuivre : « maintenant, les dés sont jetés ». Alors en attendant le verdict, la vice-présidence à la Région Auvergne-Rhône-Alpes le sait : en football comme en politique, la meilleure défense reste l’attaque.
« J’ai de la ressource ! La mission est passionnante. Être maire, c’est pouvoir faire, construire une école, inaugurer une maison de santé, ça vous nourrit. Je ne vais pas leur laisser la mairie », expose-t-elle avec ferveur. Une énergie non feinte pour cette élue au cuir dur, dont le caractère bien trempé l’a fait parfois passer pour « une maire autoritaire » aux yeux de ses opposants.

« Il dit en off qu’il veut se présenter aux prochaines législatives et qu’il n’est là que pour se faire une expérience. Mais on ne fait pas d’expériences sur le dos des habitants. On a eu le même profil avec Kevin Naamane en 2020, élu dans l’opposition et resté deux mois au conseil. Alors si c’est pour avoir un terrain d’entraînement et se roder », pique la maire sortante, néanmoins consciente que la victoire de la députée Tiffany Joncour sur sa circonscription en 2024 a vocation à apporter des électeurs au camp national.
Un « tram saturé dès Meyzieu ». Un métro devenu nécessaire ?
Qu’à cela ne tienne, Laurence Fautra l’assure : pour elle aussi, la tranquillité publique est une priorité. Pour cela, l’élue fait valoir ses actions, à savoir le passage à 30 agents de police municipale et l’installation « de 133 caméras de vidéo-surveillance, quand Décines en avait zéro en 2014 ». Alors bien sûr, de tels équipements ont un coût.
Aux attaques de l’opposition sur une « gestion déconnectée » de son budget, la maire rétorque que son deuxième mandat fut largement perturbé par la crise sanitaire et la baisse de la contribution de l’État aux collectivités locales. La hausse des impôts fut inéluctable. À son grand regret. « À un moment, on n’est pas magicien, il faut prendre des décisions et trouver des solutions pour équilibrer le budget. Les donneurs de leçon, ça va cinq minutes… », plaide-t-elle, habituée à « parler avec le cœur ». Et tant pis si à son arrivée, la « corbeille de la mariée était bien remplie », Laurence Fautra veut continuer à agir.
Lors de son second mandat, l’élue a investi plus de 20 millions d’euros dans les équipements publics, à commencer par la livraison en 2021 du groupe scolaire Pierre Moutin (photo ci-dessus) et de l’école maternelle Charpieu en 2023. Et ce, sans oublier « une transformation urbaine respectueuse de la ville ». Alors lorsque les portes de son bureau s’ouvrent sur le balcon de la mairie, la maire semble dans son élément, prête à briller de nouveau. Lui prendre sa place demandera bien de l’énergie.



















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