collomb Photo © Fabrice Schiff

 

Par Philippe Dibilio

 

Ils n'ont pas dû reconnaître leur maire, les Lyonnais qui ont vu Gérard Collomb à la télé ce week-end. Ils ont découvert un homme en colère, en totale rupture avec l'image qu'il présente à Lyon et sur les photos de Lyon People en particulier.

 

L'objet de son courroux c'est la décision prise par le comité national du PS de désigner Vincent Peillon comme tête de liste dans notre région pour les élections européennes. Originaire de Picardie, ce dernier a été placé là « contre son gré » par la direction, ce en vue de répondre aux équilibres entre les courants chacun réclamant des têtes de listes. Et notre Gégé de grimper au rideau et de s'élever avec véhémence contre les parachutages en politique signe, selon lui, d'un manque de respect pour l'électeur. Certes il a raison mais son indignation est bien sélective et sa mémoire courte. Le parachutage en politique est une pratique bien ancrée, ce qui ne la rend pas vertueuse pour autant, et l'on doit à François Mitterrand de l'avoir généralisée à la fin des années soixante dix afin de s'assurer un maillage du territoire par ses amis les plus fidèles. Ce que Gérard Collomb ne peut ignorer notre région ayant été bien servie : Charles Hernu et Jean Poperen dans le Rhône, Louis Mermaz en Isère, Georges Filloud dans la Drôme ont été autant d'exemples d'ancrages aussi artificiels que réussis. Et il faut de plus noter qu'il s'agissait de circonscriptions ou de villes c'est à dire de territoires bien identifiés où agissaient de longue date des militants chevronnés. De ce point de vue les élections européennes ont un caractère plus national, d'ailleurs lors de la mise en place de l'assemblée européenne, on a voté sur une liste nationale. Mais si l'on va plus loin, le parachutage, Gérard Collomb le pratique lui-même comme ce fût le cas lors des élections municipales avec le saut de puce de Bernard Rivalta de Villeurbanne à Vénissieux ou celui de Christiane Demontés de Saint-Priest à Saint-Fons.

 

Non, ce qui a énervé Collomb c'est plutôt que ce parachutage là il ne l'a pas voulu. Depuis son succès à la mairie de Lyon, il avait pris l'habitude de commander chez lui, il pensait même étendre ce pouvoir du côté des instances parisiennes et voilà que c'est foutu. Il voulait Thierry Philip pour conduire la liste ; il aura Vincent Peillon et il ne le supporte pas et qu'importe si ce dernier est, officiellement encore, du même courant que lui au PS. En fait Gégé joue les mauvais perdant et n'accepte pas cette décision qui fait la part belle à son autre « ami » Jean-Noël Guérini, le président du Conseil général des Bouches du Rhône, qui a soutenu Peillon pour mieux placer un homme à lui en troisième positon, également éligible, sur la dite liste. Gérard Collomb, qui a perdu là l'occasion d'expédier Thierry Philip vers d'autres cieux, mesure également les limites de son influence nationale malgré le baroud qu'il a tenté lors du congrès du PS. Un parti qu'il menace à demi-mots de quitter. Pour aller où ? Il réfléchit avec Gilles Savary. Après une contribution au congrès avec Guérini, une motion avec Moscovici récupérée par Ségolène Royal, le maire de Lyon se retrouve à nouveau avec un troisième couteau pour une improbable aventure. Comme si Lyon ne suffisait plus à son bonheur alors qu'il y a tant à faire notamment en matière de structuration de la Métropole.