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Par Benjamin Solly

Michel Havard, Emmanuel Hamelin et Denis Broliquier ont rebondi sur l’actualité chaude de l’immobilier lyonnais pour remettre une cartouche à Gérard Collomb sur le dossier Grolée.

C’est ce qui s’appelle saisir la balle au bond. Après la confirmation du rachat des Docks Lyonnais par Adia (Abu Dhabi Investment Authority) pour 672 millions d’euros, Michel Havard et ses deux lieutenants ont investi l’ilôt Grolée, jeudi 19 décembre 2013. Une conférence de presse au pied levé et sous la pluie, conclue par un simulacre d’inauguration-inhumation de la rue Grolée, rebaptisée « Impasse Collomb. »

En décembre 2004, la Ville de Lyon cédait à Cargill dix immeubles de la rue pour 87 millions d’euros. Le fonds de pension faisait la culbute un an plus tard, en revendant les seuls pas de portes aux Docks Lyonnais pour près de 100 millions d’euros. « La plus value est allée dans la poche des retraités américains, pas dans le portefeuille des contribuables lyonnais », rappelle le maire du 2e Denis Broliquier.

Ce quartier, qui devait être le pendant lyonnais de la très parisienne avenue Montaigne, n’a jamais décollé. Il est aujourd’hui en déshérence commerciale. « A l’époque, la Sacvl avait fait une offre de 90 millions d’euros à la Ville pour racheter les immeubles, mais Collomb lui a interdit de candidater. Si le bâti était passé à la Sacvl, nous aurions conservé la maitrise de l’urbanisme commercial de ce quartier», peste Emmanuel Hamelin.

Aujourd’hui propriété d’Adia, les centaines de m2 commerciaux figés rue Grolée n’ont jamais été envisagés « dans l’entité presqu’île. » « On a traité ce dossier m2 par m2 sans jamais avoir une vision globale de l’offre commerciale du quartier. Avec l’Hôtel-Dieu voisin et ses 12 000 m2 réservés au commerce, Grolée aura du mal à redémarrer », peste Broliquier qui regrette aujourd’hui « les marges de manœuvres inexistantes. » « Aujourd’hui, c’est mort, Collomb a lâché la propriété, c’est un bien privé. »

« Collomb a vidé les carnets de caisse d’épargne des Lyonnais »

Pour Michel Havard, ces multiples cessions des bijoux de famille de la Ville fait la marque de fabrique du sénateur-maire de Lyon. « En 13 ans, il a vidé le carnet de caisse d’épargne des Lyonnais : cession des actions d’Eurexpo, cession des actions de la CNR, vente de Grolée, sans parler de l’Hôtel-Dieu », égrène-t-il par le menu. « Attention au mirage Collomb ! Il a tendance à faire de grandes annonces préalables. Des années plus tard, c’est l’échec. »

« En matière de gestion de la ville, que Collomb ne la ramène pas. La Tour Incity et ses 2700 bureaux sans parking… Demandez aux commerçants des Halles ce qu’il en pensent », continue Havard. Pour le candidat UMP aux municipales lyonnaises, la communication de Gérard Collomb « conduit toujours à la désillusion », quand son porte-parole Emmanuel Hamelin n’hésite pas à qualifier l’édile de « bonimenteur. » « Si aujourd’hui ce quartier est désert, cela est du au seul Gérard Collomb qui encore une fois a décidé seul », termine Broliquier.

Collomb s’explique sur Grolée

L’équipe de Lyon People a eu l’occasion d’évoquer le sujet avec Gérard Collomb il y a quelques jours. « A l’époque, nous avions dix immeubles du quartier Grolée qui représentaient 30% de logements et 70% de commerces. Nous louions ces locaux à un prix qui était de 30 à 40% inférieur au prix du marché. Ces locaux coûtaient chaque année de l’argent à la Ville. Nous avons envisagé de les vendre. Nous avons d’abord demandé l’avis de Domaines, qui avaient estimé cet ensemble à 59 millions d’euros. Nous avons vendu ces immeubles 87 millions d’euros. Cela représente une année d’investissement de la Ville de Lyon. Pendant une année, nous avons pu investir sans avoir à emprunter. »