Photo © DR

Par Benjamin Solly

Le président proclamé de l’UMP était mardi 29 janvier 2013 à Villeurbanne, à l’invitation de la fédération du Rhône, pour la cérémonie des vœux aux militants. Attendu au tournant par les candidats à la candidature aux municipales de 2014 à Lyon, Jean-François Copé a douché leurs ardeurs en ne tranchant pas la question des primaires.

A quoi joue Copé ? Ardent défenseur des primaires ouvertes à Paris, le député-maire de Meaux n’envisage pas d’importer la méthode à Lyon. Ou seulement en dernier recours. Et promet un candidat d’ici juin ! Sans véritable méthode, le président de l’UMP compte sur l’esprit de rassemblement et de « consensus » de la droite lyonnaise pour aborder les municipales de 2014. Le souhait tient du vœu pieux entre Saône et Rhône. Élu à la présidence de son parti sur fond de polémique, celui qui envisage de « changer le logiciel de l’UMP » a toujours le sophisme chevillé à la langue de bois, qu’il dit pourtant abhorrer. Mais avait-il, mardi soir à Villeurbanne, d’autre choix ?

« Catastrophique. » Les commentaires vont bon train à droite au lendemain du passage de Copé. Un échec sur le fond pour ceux qui espéraient des prises de positions tranchées sur la méthode de désignation pour les municipales lyonnaise. Une déception également sur la forme. 200 personnes n’ont pas pu accéder à l’intérieur du CCVA de Villeurbanne, où l’invité du soir prononçait son discours. « Nous sommes conviés, nous ne pouvons pas rentrer et personne ne nous dit rien », peste ce militant, qui quittera finalement le site après avoir fait le pied de grue vingt minutes. A l’intérieur, ils sont 560 à boire les paroles de Copé. Certains ont trouvé le breuvage plutôt amer.

Havard et Hamelin restent sur leur faim

Michel Havard, premier opposant municipal à Gérard Collomb et initiateur des primaires à Lyon, a du avaler son chapeau. Il attendait que Copé officialise la mise en place de ce mode désignation, voire qu’il détaille un calendrier. Nenni. Rien n’est perdu encore pour le leader d’Ensemble pour Lyon. Les non-choix de Copé pourraient bien l’émanciper définitivement. Premier acte mardi soir quand, le dernier mot du président de l’UMP prononcé à la tribune, Michel Havard a tourné ostensiblement les talons. Deuxième acte jeudi 31 janvier pour la présentation de ses vœux à la salle de la Ficelle. Le temps presse.

Emmanuel Hamelin savait lui à quoi s’en tenir. Et pour cause. Il a rencontré le matin même Jean-François Copé, qui l’a reçu dans son bureau de parlementaire à l’Assemblée nationale. L’ex-député de la Croix-Rousse savait que celui dont il a défendu la candidature à la présidence de l’UMP ne trancherait pas la question des primaires. Il se l’est vu signifier, en « bugne à bugne. » « Il n’y a donc pas de déception car il n’y avait pas d’attente », commente son entourage. Thuriféraire des primaires, qu’il souhaitait voir mises en place dès avril, Hamelin n’ira pas au clash. Wait & see.

Hamelin Havard

Un sondage plutôt que des primaires ?

« Ce qui se dessine, c’est la commande d’un sondage qui donnera un peu de matière pour se décider », glissent certains à la fédération UMP du Rhône. Impossible de savoir en revanche si le document aura valeur de blanc-seing ou s’il sera seulement un outil pour élargir une réflexion plus globale de la commission nationale d’investiture. Un sondage Ifop pour un magazine local, réalisé du 21 au 22 août 2012 auprès de 605 Lyonnais, mettait Hamelin (38%), Berra (32%) et Havard (31%) dans un mouchoir de poche. Si l’eurodéputée continue à nier tout intérêt pour le fauteuil de maire, sa liberté d’action en fait toujours une candidate potentielle.

Échaudée par la tragicomédie de l’élection à la présidence, l’UMP trouve toutes les bonnes raisons de ne pas reproduire l’exercice d’un vote militant à Lyon. « L’UMP le fait à Paris car il y a des candidats d’ampleur nationale et qu’ils feront de cet exercice une vitrine démocratique. Une sorte de séance de rattrapage du duel Fillon/Copé. A Lyon, il n’y a que des candidats locaux et la mise en place de primaires représente un gros investissement financier pour le parti », observe un acteur de la vie politique lyonnaise.

Vers des négociations de couloir avec l’UDI ?

Et pourtant, l’opposition donnait des signes encourageants de rassemblement. Le premier signal, envoyé la semaine dernière par le délégué général de l’UDI Yves Jégo, concernait la participation des centristes et indépendants à des primaires citoyennes pour « créer une dynamique gagnante » dans les villes où « aucun leader naturel » ne se détache. L’injonctif conseil aurait permis de mettre tous les candidats de l’opposition sur la même ligne de départ. Pour l’UMP, c’est aussi prendre le risque d’avoir un candidat de l’UDI en tête de liste de l’opposition à Lyon aux municipales de 2014.

A l’exercice public, on privilégie plutôt le confort feutré des salons lyonnais pour mettre en place un accord. Et quand on sait que le coordinateur de l’UDI dans le département s’appelle Michel Mercier, la méthode ne fait plus de doutes.

Cochet Fenech

Un parachute pour Fenech ?

Un boulevard s’ouvre pour le nouvel impétrant. Georges Fenech, député de la 11e circonscription du Rhône, ne fait plus mystère de ses visées lyonnaises. Les primaires balayées, le parlementaire de Givors ne souffrirait pas d’un déficit de notoriété probablement rédhibitoire et n’aurait pas l’habit du perdant qui colle à la peau de la génération Hamelin-Havard. L’homme a récupéré sa circonscription givordine en juin dernier et conserve une belle aura de son passé de magistrat. Verbe haut et posture souvent théâtrale, il fallait le voir avec le président de la fédération UMP du Rhône Philippe Cochet lors de l’inauguration du Sirha, répéter à qui voulait l’entendre que le binôme constituait le futur de Lyon et de son agglomération.

Mais les pas de danses de Fenech irritent à droite. « On a vu ce qu’a donné le parachutage de Dominique Perben à Lyon pour les municipales de 2008 », commentait Hamelin lors de sa conférence de presse de rentrée. « Parachutage. » Le mot est lâché. Il n’est pas infamant pour Copé. « Je ne suis jamais né à Meaux, et aujourd’hui je suis maire de Meaux. Je suis un parachuté », rappelait-il en octobre 2012, lors d’un entretien accordé à Lyon People. Il revient toutefois un mérite au président de l’UMP, celui de n’avoir pas varié depuis cette déclaration. Au grand dam de ceux qui se voyaient déjà en haut de l’affiche.