Photo © Fabrice Schiff

Par Benjamin Solly

Le député de la 11e circonscription du Rhône, candidat à la candidature pour les municipales de 2014 à Lyon, revient sur son choix d’implantation et défend sa légitimité à viser la capitale des Gaules.

Fenech à Lyon, c’est avant tout une histoire patronyme. Celui de Roger, ancien maire du 9e arrondissement et président-fondateur du Centre des Démocrates Sociaux entre Saône et Rhône. « J’ai eu un sentiment quasi-filial avec mon cousin et j’ai connu Mercier à cette époque-là », explique Georges. Devant son petit noir, son regard bleu perçant témoigne d’une rectitude chevillée au corps et d’une volonté inaltérable. « Je suis arrivé à l’âge de 8 ans à Lyon, rapatrié de Tunisie. Je suis lyonnais, j’aime ma ville. Il n’y a pas de mauvais procès à me faire. »

Le terme est choisi à dessein. A ceux qui opposent à Fenech le parlementaire givordin un parachutage sur les terres d’Herriot, il oppose son pedigree. « J’ai été juge d’instruction à Lyon de 1984 à 1988, puis premier juge d’instruction jusqu’en 1994 avant de devenir substitut général à Lyon de 1995 », rappelle-t-il. Des affaires retentissantes, comme l’assassinat du juge Renaud ou l’ordre du Temple Solaire sont passées sous les fourches caudines du magistrat. « Je n’ai pas besoin de montrer mes quartiers de lyonnitude », termine-t-il, définitif.

Car Fenech a une certitude. « J’ai le sentiment que je peux conquérir cette ville et faire tomber Gérard Collomb. C’est une conviction intime. Je peux me tromper. Les électeurs le diront. » Le corps électoral lyonnais le dira, effectivement, si le parlementaire est choisi. Il faudra pour cela qu’il ressorte  assez nettement du sondage commandé par l’UMP, premier outil d’étalonnement des cinq candidats potentiels (Havard, Berra, Hamelin, Fenech, Pleynard). « Il permettra d’avoir une idée plus précise de l’impact de chacun des candidats. Si les Lyonnais ne me placent pas en pôle position, je me poserai la question de continuer ou pas », glisse-t-il.

Mais Fenech est prêt à monter au calvaire de l’investiture, même s’il ne sort pas en tête du sondage. Qu’importe si ce chemin de croix passe par une primaire entre les candidats. « Je m’y soumettrais s’il le faut mais je ne les souhaite pas. Elles seraient chronophages, coûteuses et rentreraient dans les comptes de campagne du candidat. L’exercice laisserait en plus des traces. On a vu ce qui s’est passé pour la présidence de l’UMP. »

Seul candidat occupant un mandat de député, le parlementaire rhodanien a un avantage sur les autres candidats. Il voit en effet le président de l’UMP Jean-François Copé toutes les semaines au Palais Bourbon. « On se connaît depuis longtemps. A l’époque, il n’était que maire de Meaux. C’est une histoire d’hommes, d’amitié de confiance. Mais il voit aussi que dans le Rhône, il y a un candidat qui gagne les élections. C’est moi. Il m’apporte son soutien à continuer dans la démarche qui est la mienne. » Même s’il s’en défend, on imagine sans mal l’entreprise de lobbying que l’homme peut mener auprès de ce dernier.

Et pourtant, le candidat s’attire surtout l’inimitié de son propre camp, qui voit dans ses ambitions un coup de force de nature à diviser plutôt qu’à rassembler la droite lyonnaise. « L’intérêt, c’est d’avoir le meilleur candidat pour porter cette liste. Je ne conteste pas le travail qu’ont fait mes amis Havard, Hamelin et Berra au conseil municipal, avec les autres conseillers, face à un maire assez abrupt et parfois méprisant. Mais Hamelin a été désavoué à deux reprises, Michel Havard a perdu la 1e circonscription. Il est très compliqué d’aspirer à des responsabilités quand on a perdu. »

D’aucuns lui reprochent une stratégie à plus long terme qui viserait les législatives de 2017 plutôt que les municipales. En effet, l’exécutif national souhaitant intégrer une dose de proportionnelle dans ce scrutin, les circonscriptions passeraient sous les ciseaux d’un redécoupage territorial. Il se murmure que la 11e circonscription pourrait en faire les frais.  « Bien malin celui qui pourrait anticiper le futur découpage des circonscriptions. Je ne sais même pas si je me présenterais une quatrième fois aux législatives », clôt-il.

La candidature de Fenech n’a pas franchement séduit non plus chez les militants lyonnais. Mais l’homme n’en prend pas ombrage pour autant. « Les militants, je les aime, je les connais. Je les vois souvent à la fédération du Rhône. Ils seront acquis à celui qui conduira la liste. » Et d’ajouter qu’une fois désigné, « les militants ne seront pas autodestructeurs, ils rejoindront ma candidature. »

La démarche ne ressemble pas vraiment à celle des autres candidats, qui montrent leurs muscles par leur présence sur le terrain ou en dévoilant des listes de soutien longues comme le bras. « Je crois que celui qui vient avec trop de soutiens masque sa faiblesse personnelle », attaque-t-il. D’autant que le député a quelques griefs à opposer à ses coreligionnaires parlementaires. «  En 2002, quand je me suis lancé en politique, je n’ai pas eu la visite d’un seul député du Rhône, d’un seul ministre pendant ma première campagne », se plait-il à rappeler, assurant toutefois pouvoir compter sur le soutien de quelques résidents de l’Assemblée, dont il taira le nom.

Trépignant sur la ligne de départ, Georges Fenech est prêt à aller « débusquer » Gérard Collomb. « Ou il soutient le gouvernement dont il vote le budget au Sénat, ou il ne soutient pas le gouvernement. Dans ce cas, il doit quitter le parti socialiste. Il ne peut pas rester plus longtemps dans cette ambigüité. » Un maire « vieillissant », qui a perdu « le sens des réalités » « Quand je l’entends déclarer que ces pauvres adjoints à 3000 euros ne vont pas survivre, est-il toujours en phase avec l’écrasante majorité des Lyonnais qui ne les gagnent pas mensuellement ? »

S’il n’a pas dévoilé son projet pour Lyon, il lance toutefois quelques pistes. Notamment concernant la sécurité. « Je m’engage auprès des Lyonnais à faire de Lyon la ville la plus sure de France, en m’inspirant des méthodes de Rudolph Giuliani à New-York. La sécurité est la première des libertés. » Et même si la répression tient plus des fonctions préfectorales, Fenech estime qu’un maire a « énormément de responsabilités en termes de prévention. »

Autre projet, celui de désengorger les transports urbains. « Je réfléchis beaucoup à apporter en complément des transports habituels une offre de téléphérique à Lyon. La configuration géographique de Lyon le permet, avec ses collines et ses fleuves. Quand je vois ce qui s’est fait à Rio, Londres, Barcelone et ce qui va se faire à Toulouse, je me dis que nous pourrions nous en inspirer. » Un kilomètre de câble coûte, selon Fenech, « deux fois mois cher qu’un kilomètre de tramway » et les cabines peuvent transporter, selon ses chiffres, « 8 000 personnes à l’heure. » Une idée qui lui « plait beaucoup », et qu’il soumettra «  aux Lyonnais et aux experts. »

Partisan d’unir l’UMP et l’UDI dès le premier tour des municipales, Georges Fenech veut faire sur ses listes la part belle « à la société civile. » Peu présent pour l’instant sur le terrain, il assure qu’il l’écumera « au lendemain de la commission nationale d’investiture ». « Et de manière très visible », ajoute-t-il. « Pour moi, une campagne est un moment magique. Un moment d’espoir. J’entrainerai les Lyonnais avec moi. Je serai très proche d’eux, à leur écoute, très présent dans les arrondissements. J’ai fait campagne à Givors avec un camping-car à sillonner toute ma circonscription, croyez bien que je suis prêt à tout donner pour Lyon. »