Par Morgan Couturier

Personnage apprécié et appréciable, Gregory Coupet a longtemps gardé les cages de l’Olympique Lyonnais, lui le Ponot de naissance, formé chez les Verts de Saint-Etienne. Une particularité que le portier assume, conscient de « ses différences ».

« J’ai un enthousiasme naturel qui fait que ça fédère ou que ça saoule. Je dois saouler quelques mecs (rires) ». Le verbe n’est jamais trop haut, juste efficace, avant de s’effacer derrière une galéjade. À 45 ans, Grégory Coupet n’a rien occulté de sa personnalité. Il est trop tard pour cela après tout. Puis pourquoi changer, lorsque ce même trait de caractère lui a tracé la voie jusqu’au cœur des Lyonnais, joueurs et supporters, en dépit de ses racines stéphanoises ? « Il a fallu faire ses preuves, c’est clair, soutient-il. Dans le vestiaire, l’intégration s’est bien passée. Mais à Tola-Vologe, dès que je prenais un but, les supporters m’insultaient, en disant ‘‘ça c’est un but de Lyonnais espèce d’enc…. de Stéphanois’’. C’est là que tu te dis, il va falloir prouver (rires) ».

Un mot d’ordre pour le Lyonnais, rompu depuis tout petit au goût du sacrifice. « Un travail constant vient à bout de tout », conviait le poète Virgile. Cette pensée, le Ponot l’a cultivée toute sa jeunesse, lui dont le monde professionnel s’est mué très vite en obsession. « Cela faisait partie de tous mes rêves, de mes prières, admet-il. De fait, c’était normal d’aller se coucher tôt, de faire de la musculation plutôt que de trainer dans les bars. Depuis, je me suis rattrapé (rires) ». Sans excès, là encore, à en croire les pectoraux encore saillants sous sa tenue griffée OL. Promu entraîneur des gardiens, Grégory Coupet est « le plus heureux du monde ». « Je suis fait pour ça, je le savais », ajoute-t-il, comme un énième pied de nez à cette réplique intenable, selon laquelle il aurait fait le tour de l’institution, un soir d’été 2008, lorsque les sirènes de Madrid l’avaient emporté de l’autre côté des Pyrénées.

« Gardien ? Je me suis aperçu que j’aimais être différent ! »

« Si je suis revenu, c’est que j’ai encore plein de choses à découvrir. Mais à l’époque, avec ma femme, on avait pour projet familial de découvrir autre chose. A mon âge, c’était la dernière occasion de vivre quelque chose à l’étranger », confie-t-il. La vérité du terrain aura finalement eu raison de son exil, puis de sa carrière, trois ans plus tard, stoppée sous les couleurs du PSG. « La reconversion était anticipée. J’avais annoncé que c’était ma dernière saison avant que le calendrier ne sorte. Quand j’ai vu que le dernier match était un Sainté-PSG, j’ai dit voilà, c’était un signe. La boucle est bouclée ». Le corps a ramené à la raison, avant que la désagréable sensation du déclin ne finisse par emporter ses dernières velléités.

« J’ai pris un an pour mettre les choses en place, notamment pour découvrir l’univers des chaînes de télévision », raconte l’ancien consultant de Bein Sport et de RMC. L’homme est loquace. Seulement, restreint dans ses interventions, il a préféré couper les ponts, aguiché par la perspective d’implanter une académie sur Marrakech. Las, le projet a tardé, avant de basculer dans l’oubli. « Il était impossible de faire une année blanche, j’allais devenir dingue ». Comme à la belle époque, le salut est passé par le terrain. Et l’OL. Le hasard s’est occupé du reste, à l’image de ce besoin soudain d’un entraîneur ou de la prompte sortie de son mentor, Joël Bats. Grégory Coupet a signé donc son retour dans la cage, fort de son caractère et d’une idée bien à lui pour dresser ses jeunes portiers. « Je déconne beaucoup. J’aime qu’ils intègrent leur façon d’être, leur folie du moment ». Une manière d’être, inlassablement.