Par Françoise Fossati

Des années 70 aux années 2000, il fut l’un des publicitaires les plus en vue et sans doute des plus atypiques… Et maintenant ?

Dans le même temps, on savait que sous différents pseudonymes, Jean-Marc Requien faisait entendre sa petite musique dérangeante et volontiers provocatrice dans plusieurs médias, de Résonance à Lyon People en passant par Lyon Poche et Lyon Capitale et j’en oublie… Mais on savait moins que depuis 1962, il n’avait cessé de réaliser des collages. Occupé par sa carrière de publicitaire, il n’en parlait pas. Ou peu.

En 1986, il accepta d’exposer à Chicago à l’occasion d’une semaine lyonnaise dans l’Illinois. Surpris par le succès rencontré, il consentit enfin à exposer. De loin en loin. À Paris, à Lyon, à Saint-Rémy, à Genève… mais c’est seulement à la fin des années 90 quand il prend quelques distances avec la publicité, qu’il se remet sérieusement à la peinture puis à la sculpture. Depuis 2004, il expose régulièrement et s’impose dans le paysage artistique.

L’exposition que Jean-Louis Mandon a eu la bonne idée d’organiser cet automne dans sa belle galerie de la rue Vaubecour, montre bien son évolution. Après ses « abstractions terrestres », paysages imaginaires aux couleurs chatoyantes, il nous propose une trentaine de collages et, en écho. Quelques sculptures réalisées dans son petit village berbère du Maroc où il se réfugie désormais chaque hiver.


L’expo intitulée « abstractions ou figures hâtives » montre qu’il n’a rien perdu de son sens de l’humour. Enfin débarrassé de l’influence qu’a eu sur lui l’école lyonnaise et tout particulièrement son maître Henri Vieilly, il nous offre désormais une palette de couleurs éblouissantes qui n’ont rien à envier au fauvisme. Hier, pamphlétaire redouté, il en faisait voir de toutes les couleurs aux puissants d’opérette qu’il n’aime toujours pas, aujourd’hui, artiste accompli, il préfère nous montrer qu’il sait jouer des couleurs avec une maestria qu’on ne lui connaissait pas. Qui s’en plaindra ?

Il place avec justesse des tons qui claquent, qui vibrent, aux harmonies audacieuses frôlant parfois la dissonance. Dans chacun de ses puzzles impeccablement construits se révèlent malicieusement de mystérieuses figures. Le visage ou la silhouette d’une passante entrevue ? D’un ami disparu ? D’un anonyme attendant son quart d’heure de gloire ?

C’est peut-être en pensant à l’aphorisme de Revel « la vie est caractérisée par la vibration. Sans vibrations, il n’y a pas de vie. » ou encore à cette formule de Gauguin qui affirmait « la couleur qui est vibration est à même d’atteindre la force intérieure » que Jean-Marc Requien, en flirtant cette fois-ci avec l’abstraction, a choisi de mettre l’accent sur la fonction émotionnelle de la couleur. Plutôt que d’art abstrait, on pourrait parler ici, d’art pictural musical.


Si les papiers insolents et volontairement provocateurs qu’il continue d’écrire dans Lyon People sous le pseudonyme de Justin Calixte ne font pas forcément l’unanimité, son œuvre faite de papiers déchirés où désormais découpés, réunit de plus en plus de collectionneurs enthousiastes qui, comme moi, sans doute regrettent que Jean-Marc Requien n’ait pas passé davantage de temps dans son atelier plutôt que dans son agence de publicité…

…où il s’évertuait à vanter les mérites d’une marque de fers à repasser, les vertus d’automobiles plus ou moins polluantes ou encore d’un collier anti puces. « Poètes, vos papiers ! » chantait Léo Ferré. Requien nous présente désormais régulièrement les siens, découpés ou déchirés. En nous surprenant à chaque fois. Et cette fois, peut-être encore plus.


Galerie Jean-Louis Mandon
3, rue Vaubecour – Lyon 2
Ouvert tous les après-midis de 14h30 à 20h sauf le dimanche

Vernissage Jean-Marc Requien
Jeudi 25 octobre 2018