Par Justin Calixte

Le pouvoir use. Le pouvoir corrompt. Le pouvoir sclérose. Le pouvoir fossilise… Pour ceux qui en douteraient je leur recommande de courir voir le magnifique et très instructif film de Nicolas Pariser : Alice et le maire, tourné à Lyon dans des conditions rocambolesques.

On nous fait découvrir les coulisses d’une collectivité locale. Et disons que ce n’est pas joli-joli. Tout est fait dans l’urgence, souvent dans l’improvisation par des personnages sûrs de leur importance, à la fois suffisants et ô combien insuffisants. Ayant eu la « chance » de fréquenter ce petit monde et de vivre quelques mois sous les ors de la République, je peux vous dire que tout est vrai : les postures, les jalousies, les susceptibilités, les réunions fumeuses, les fausses convictions, les vanités confites, l’arrogance des uns, la servilité des autres, la médiocrité ambiante… et tout cela pourquoi ?

C’est ce que semble se demander ce maire de Lyon vieillissant, interprété magistralement par un Luchini au mieux de sa forme et par cette jeune Alice (Anaïs Demoustier, ci-dessus) pleine d’espoir, surdiplômée mais qui ne sait pas trop quoi faire de sa vie et qui découvre ce que certains croient être un pays des Merveilles mais qui, en réalité, est un pays pathétique où chacun s’épuise en se confrontant à l’inanité de leurs ambitions et de leurs combats stériles.

Pour en revenir au film, j’espère qu’il aura le succès qu’il mérite : ses deux principaux interprètes sont parfaits, les dialogues sont justes et magnifiques et la scène où le maire et Alice peaufinent cet ultime discours qui finalement s’avérera inutile, est un bijou cinématographique. Un seul plan fixe d’environ 5 minutes ! Quel beau moment.

Dans ce discours justement, le maire retrouvant un enthousiasme perdu, regrette que notre génération ait fabriqué des banquiers plutôt que des entrepreneurs. C’est vrai mais il oublie de dire qu’elle a surtout fabriqué une flopée d’assistés qui, pour exister, n’ont trouvé pour seule solution que de se déguiser chaque samedi en gilet jaune. Les élus sont-ils les seuls responsables ?

Évidemment non, nous le sommes tous.

 

Ci-dessous, en cadeau Bonus, la vidéo de l’avant-première au cours de laquelle Fabrice Lucchini se paie Gégé dans les grandes largeurs.

https://www.facebook.com/lyonpeople/videos/1346249658884481/