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En 2010, Le Bec pose avec ses mécènes. Qu’il enfonce deux ans plus tard – Photo © Fabrice Schiff

Par Marc Polisson

Le chef lyonnais s’est répandu dans la presse pour annoncer qu’il plantait son paquebot de la Confluence. En accusant Gérard Collomb et la Ville de tous les maux.Resto basket.

Après la tentative d’enfumage du début de semaine dernière avec l’annonce de la vente du Comptoir Le Bec à Georges Blanc (Voir l’article), Nicolas Le Bec a été contraint de passer par la case Tribunal de Commerce, mardi. Le juge a placé la Rue Le Bec en redressement judiciaire jusqu’au 30 août, le temps de trouver un repreneur.

 Pour les PME travaillant avec lui, c’est la douche froide. L’ardoise de Martinon Climatisation est évaluée à 20 000 euros. Celle de la maison Sibilia à 7 000 euros. Quant à Jours de Printemps qui lui fournissait ses hôtesses d’accueil, elle se monte à 13 000 euros. Sa gérante Blandine Peillon n’hésite pas à qualifier le Bec de « chef gangster ». Les prestataires de la soirée Bob Sinclar attendent toujours leurs chèques (promis pour mercredi dernier). (Voir l’article)

 Mais le gros du passif est à mettre sur le compte des salariés (qui n’ont pas été payés), de l’URSSAF, de la Caisse d’Epargne et du bailleur à savoir Rhône Saône Développement et le groupe Cardinal. Dans un communiqué, son président Jean-Christophe Larose regrette la tournure des évènements, alors qu’il a porté à bout de bras la Rue Le Bec. Il évalue les pertes à 4 millions d’euros (dont 625 000 euros de loyers impayés). Mais ce déficit ne remet pas en cause la viabilité du promoteur.

Le propriétaire du cube orange est écœuré par l’attitude de Le Bec. Tout comme le maire de Lyon qui n’a pas apprécié que le chef morde la main de celui qui l’a nourri pendant trois ans. « Je reviendrai peut-être à Lyon quand Gérard Collomb ne sera plus maire de Lyon » a osé déclarer Le Bec au Progrès . Quand on sait que la Ville de Lyon et l’Office de Tourisme ont dépensé sans compter pour le soutenir (dernier exemple en date, sa sélection comme chef exclusif du Grand Lyon au MIPIM de Cannes), on est vraiment dans « le foutage de gueule »…

On en revient au « dysfonctionnement comportemental dû à un égo surdimensionné » que nous pointons dans nos colonnes depuis 2004. Dysfonctionnement et pétage de plomb qui se sont traduits – entre autres – par un turnover de personnel effarant (650 personnes en trois ans !) comme le révèle Tribune de Lyon dans son édition du jeudi 19 juillet. L’hebdomadaire fait l’inventaire du fiasco. On le complètera avec cette info : au Conseil des Prud’hommes, on évalue à 500 000 euros les indemnités versées ou à verser au personnel ayant déclenché une procédure.

Ce trou gigantesque devrait logiquement conduire la Rue Le Bec à la liquidation judiciaire. Le repreneur ami annoncé – un « millionnaire » nommé Joshua Suarez – qui déclarait vouloir mettre 10 millions d’euros sur la table est inconnu sur la Riviera où Lyon People a activé ses réseaux. « C’est un leurre ! » confirme un proche du dossier. A moins qu’une solution « en interne » ne soit trouvée pour éviter le dépôt de bilan.

Dans le cas contraire, resteraient en lice – après la liquidation – le trio Viannay-Marguin-Berthod ainsi que le groupe GL Events comme nous l’avions annoncé la semaine dernière. Compte tenu du succès que rencontrent le DoMo, le Docks 40 et le Purple, on ne doute pas de la réussite du projet qui remportera la mise. Ce qui constituera un juste retour à la normale après ce triste (mais prévisible) épisode. La rue Le Bec était bel et bien une impasse. Quant à son créateur, il s’apprête à s’envoler pour Shanghai. En aller simple.