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René Provost vient de nous quitter. Avec lui, c’est un grand serviteur de l’Architecture, et particulièrement de la Ville de Lyon qui disparaît. Ses amis Roger Monnami et Didier-Noël Petit lui rendent un dernier hommage.

 

« Ce témoignage a pour seul objet d’inscrire dans la mémoire collective l’essentiel d’un parcours exceptionnel. Sa vie aura été une succession de rencontres, et en premier lieu celle de Jean Zumbrunnen, architecte Lyonnais reconnu mais trop tôt disparu, avec lequel il travailla, plus particulièrement sur la Part-Dieu (la Tour EDF, les halles et le silo parking hélicoïdal contigu…) «  je lui dois tout  » répétait-il sans cesse…c’est lui qui dans les année 70 l’enverra à New York auprès des prestigieux Pei et Cossuta, étudier durant deux ans la conception des immeubles de grandes hauteurs. Ainsi suivra-t-il les travaux de la tour du Crédit Lyonnais . Prolongement logique, René Provost est appelé en 1984 par Michel Macary pour participer à la réalisation du grand Louvre. Parfaitement bilingue, il assurera la direction des travaux de l’aile Richelieu, tout en participant à la coordination du projet d’ensemble. Apprécié pour sa rigueur et son sens du détail, il préférait s’exprimer sur les chantiers à l’aide de petits croquis, toujours réalisés au feutre mauve, plutôt que par de long discours.

 

Ainsi, en 1994, Macary et Zublena feront à nouveau appel à sa compétence pour diriger la réalisation du Grand stade de France à St Denis, deuxième grand projet dont il parlait avec fierté et faisait visiter avec passion. En effet, à l’image de Pei, son maître à penser, René aimait transmettre avec humilité aux autres ce qu’il avait reçu. «  J’aime transmettre mon savoir  » disait-il. Mais ces deux expériences prestigieuses ne peuvent occulter la vingtaine d’années pendant laquelle René Provost a travaillé à Lyon, auprès de Charles Delfante, plus particulièrement sur la Part Dieu, dont il vécut toutes les étapes de sa réalisation… jusqu’au jour où, au début des années 1990, il fut nommé à son tour Architecte en Chef. Ainsi, on lui doit les grands principes du renouveau récent de la Part Dieu : le retour de l’animation des cheminements piétons au niveau du sol, la densification avec l’implantation d’une dizaine de nouvelles tours… mais disait-il  «  sans jamais dépasser les 145 m de l’acrotère de la tour du Crédit Lyonnais, car précisait-il, selon le dicton lyonnais, malheur à ceux qui dépasseront la hauteur de l’assise de la Basilique de Fourvière . » Et il est important de rappeler que l’essentiel du projet de la 3ème phase actuelle de la Part Dieu, n’est que le prolongement de ses propositions formulées il y a une vingtaine d’années, pendant lesquelles il n’a cessé de vouloir convaincre, n’hésitant pas à interpeller les auteurs de compromis, contraires à l’ambition d’une démarche guidée par le seul intérêt général. A ce titre, René Provost fit clairement connaître son désaccord sur «  L’Architecture bavarde  » de la tour Oxygène, et en particulier son «  manque de parvis  »… tout comme il regrettait que la futur tour Incity ne respecte pas la limite de hauteur, qu’il avait fait valider en son temps. Ces réactions, partagées par beaucoup, n’eurent pas l’audience qu’il aurait souhaitée, car notre architecte freelance était déjà parti exercer ses conseils en Egypte, où il vécut ses dernières années.

 

Passionné de football, il a joué en amateur au FC Nantes, et devenu un référant respecté dans la construction des stades, il suivit le projet du stade d’Alexandrie, pour le compte de Michel Macary. C’est alors que le Président d’Arab Contractor, important local des BTP devant assurer sa réalisation, le fit venir au Caire en tant qu’arProvost,chitecte conseil à ses côtés, suivi en cela par son épouse Julia et ses enfants. Tous ceux qui lui ont rendu visite au Caire, savent combien il était heureux de son intégration locale et des différentes missions qui lui était confiées. Architecte atypique, René Provost fut un homme de conviction, écouté et respecté. Il fit très tôt le choix de l’indépendance, tout en travaillant avec les plus grands. N’ayant rien à demander, car libre de toute charge de structure, cela lui a permis de conserver tout au long de sa vie professionnelle une liberté de ton, dans la défense de ses conceptions exigeantes de la Ville de l’Architecture. Toujours écouté, pas toujours suivi, il tenait son autorité naturelle d’une intégrité qui guida toute sa vie. C’était un apôtre du parlé vrai, excluant tout compromis et tout propos superflus.

 

Profondément attaché à sa Bretagne natale, où il repose aujourd’hui, il fut un grand voyageur, même s’il nous confiait, il y a encore quelques jours «  plus on avance en âge, plus on revient à ses racines  ». Se sachant atteint par la maladie, il fit de nombreux allers-retours à Lyon pour se soigner… et revoir ses amis proches, tel que Jacques Truphémus, qu’il emmena à New York, et beaucoup d’autres…, le temps d’un repas ponctué par un bon côte du Rhône. Lors de ces derniers moments de convivialité, il nous avoua quelques regrets non réalisés, «  je ressens un grand manque, ne pas avoir pu construire un lieu de culte  ». Il nous a également confié son grand regret de n’avoir pas été suivi dans son rêve de construction d’une école d’architecture au Cameroun, dont sa femme est originaire. Personnalité hors du commun, René Provost n’a pas résisté à l’appel du large. Aujourd’hui il repose à Plogonnec en sa chère terre bretonne. Et ses nombreux amis, à Lyon, Paris, New York, au Caire… garderont de lui une image d’un homme ayant porté haut sa passion de l’architecture, avec un sens aigu de l’amitié.

 

René Provost avait été récemment élevé au grade de Chevalier dans l’Ordre National du Mérite, distinction qu’il reçu avec humilité, mais haut combien justifiée. »

 

Roger Monnami et Didier-Noël Petit

Lyon, le 18 novembre 2011