Par Agnès Guillaume

La nouvelle présidente déléguée du Lyon ASVEL féminin a toute la confiance de Tony Parker pour faire du club la prochaine place force du basket féminin. Le pari n’est pas gagné, mais la quadra a conservé de son parcours sportif au plus haut niveau la combativité, l’ambition et le goût de l’effort. Un visage à découvrir !

Le jour de l’interview, Marie-Sophie Obama (37 ans) porte une robe imprimée à fleurs qui sied à ravir à sa silhouette élancée. Elle nous reçoit dans les locaux communs de l’ASVEL. Vert pour les garçons, rose pour les filles. Les deux clubs appartiennent à Tony Parker qui a placé à la tête de chaque entité une personne de confiance. Leur rencontre remonte en 1997 à l’INSEP. Le prestigieux centre sportif est ressenti par beaucoup d’athlètes comme une grande famille. Les liens tissés sont à l’épreuve du temps, ce que confirme l’ex ailière d’1m75. Avec son frère cadet, elle grandit à Auch dans le Gers. « Mon père vivait en Afrique la plupart du temps. Le sport collectif a sans doute était un palliatif à un schéma familial atypique. J’ai testé différentes pratiques avant de me fixer sur le basket. Ma taille, mon côté garçon manqué, n’étaient pas un problème. Je me suis découvert des aptitudes ».

Elle a 12 ans quand elle rejoint le Centre de formation de Mirande. La vie s’écoule entre l’internat la semaine et les déplacements le week-end. « Ce mode de vie ne brusquait pas mon côté indépendant. Je pouvais compter sur ma mère et mes grands-parents. Il y avait mon entraineur Alain Jardel. Même adulte, l’entraineur est un pilier pour un sportif ». La jeune fille n’a ni le bac ni la majorité quand elle intègre l’INSEP. « Pour le coup, on est déraciné. Bâtiment U, celui des mineurs. Le cadre est structurant et protecteur, mais le planning nous déconnecte de la réalité ». Son petit copain, Victor, resté à Mirande choisit le monde du rugby. Rien avoir avec Netflix mais la carrière professionnelle de Marie-Sophie se prolongera sur huit saisons. « Je me suis arrêtée à 26 ans, jeune et sans aucune frustration. J’avais un titre de championne d’Europe. Je remarchais après une myélite et j’étais enceinte de mon deuxième enfant ».

« Je me sens mature pour mener à bien cette mission »

Le prénom Victor revient. « On va fêter nos 21 ans de vie commune en 2018. Il m’a suivi à Bordeaux, Aix-en-Provence et Calais au grès de mes contrats. Champion ». En 2007, le couple revient dans le Sud-Ouest. Dix ans passent, paisibles et heureux. Le garçon va sur ses 13 ans, la petite sur ses dix. Marie-Sophie est agent commercial dans l’immobilier. Elle joue dans une équipe régionale pour le plaisir et le besoin viscéral d’une activité physique. Et un matin, coup de fil de Tony Parker. « On est toujours resté en contact. La proximité géographique, quand il est venu jouer à Lyon en 2011 suite à la grève des joueurs de la NBA, nous a rapprochés. Oui, j’étais invitée à son mariage, pas celui avec Eva. Depuis quelques mois, on parlait d’une équipe de filles. Je sentais que le projet se précisait jusqu’au jour où il m’a proposé le poste de Directrice Générale ». Cette fois encore, Victor accepte un nouveau départ. Désormais promue Présidente Déléguée, Marie-Sophie gère une entreprise d’une vingtaine de personnes dont 11 joueuses, 3 entraineurs et 1 directeur sportif.

« Je fais attention à ne pas être top intrusive au plan sportif. Mon passé de joueuse m’aide évidemment. Pour le reste, je suis quelqu’un de spontané, j’écris ma place au jour le jour. Je me sens mature pour mener à bien cette mission et j’ai l’ambition positive. Je suis le boss. Je dois aussi être une bonne ambassadrice pour développer le projet qu’on a défini avec Tony ». L’objectif est de faire rayonner le sport féminin à la manière des filles de l’OL et engranger les victoires comme la team de Bourges car le basket a ses spécificités. Le spectacle est inscrit dans l’ADN du sport. Danseuses, jeux et autres animations électrisent et fidélisent le public. Emporter un titre sera une nécessité pour amorcer un retour sur investissement. Le club se rêve champion de France et qualifié pour l’Euroligue d’ici six ans. Marie-Sophie est confiante. Femme jusqu’au bout de son sourire, elle veut porter et apporter des valeurs féminines dans la mixité du groupe. Elle vient de créer une association « Les  Lumineuses » et planche sur un festival qui aura lieu en septembre.