Par Jocelyne Vidal

« Très volontaire, je ne renonce jamais » confie la référente de LREM dans le Rhône. La politique est gravée dans l’ADN d’une femme de conviction doublée d’une ardente militante des droits des femmes, en ordre marche pour les élections municipales de 2020. Rencontre exclusive dans ses appartements privés du Ministère de l’Intérieur.

 « Faire de la politique, c’est comme entrer en religion », sourit Caroline Collomb. La parabole monacale se vérifie d’un coup d’œil aux échafaudages qui privent de lumière du jour, l’Hôtel de Beauvau, en travaux depuis mai 2017. Silhouette juvénile effleurée par une robe de dentelle noire « Claudie Pierlot d’il y a dix ans », la magistrate du Tribunal administratif de Paris n’a rien d’une novice en politique. « J’ai toujours été intéressée par la chose publique, par les débats, les confrontations d’idées », confie la référente de LREM dans le Rhône. « Très militante, j’ai adhéré au PS à dix-huit ans. Au-delà de l’appartenance à un parti, c’était l’occasion de participer au débat politique, de s’intéresser à la vie publique, à l’actualité et au fonctionnement des institutions » poursuit cette passionnée d’histoire et de littérature.

De Rocard à Macron. La politique est gravée dans l’ADN de cette femme de conviction, aussi à l’aise dans ses fines bottines de maîtresse de maison voisine de l’Elysée, que dans ses baskets de reine du tractage sur les marchés, dans les cages d’escaliers d’HLM, pour les municipales, les législatives… « Très volontaire, je ne renonce jamais », souligne celle qui n’hésite pas à aller au charbon. « Avoir connu la chute du mur de Berlin et le formidable espoir suscité par les accords d’Oslo, appartenir à une génération confrontée au chômage de masse sur fond de crise économique américaine en 1993 et de risques terroristes… Tout cela a concouru à mon engagement dans un parti progressiste, prônant l’égalité femmes-hommes, entre autres valeurs du PS, en général, en particulier de la 2ème gauche aux idées portées par Michel Rocard, dont je me suis toujours sentie plus proche. »

Les quatre vies de Caroline. Caroline Collomb a donc épousé la politique bien avant de dire oui à son sénateur-maire de mari en 2001. Dès le premier mandat de Gérard Collomb, la jeune polyglotte bardée de diplômes avait tenu à sa double vie d’épouse et d’étudiante. Et la voilà qui mène de pair aujourd’hui, une quadruple existence de haut fonctionnaire à Paris, d’épouse de Ministre d’Etat, de mère de famille et de référente LREM dans le Rhône. « Les femmes ont l’habitude de cumuler plusieurs vies, relativise-t-elle, d’ailleurs, à force de tout faire, les Latino-américaines auraient dit-on, le Q.I. le plus développé ! ».

Priorité à l’équilibre familial. Au fil d’années particulièrement bien remplies, avec des enfants jeunes –Clémence et Camille ont respectivement 13 ans et demi et 10 ans- la  magistrate a toujours privilégié « l’équilibre familial ». Tout en assurant « l’intendance et le suivi scolaire » de ses filles en classes de 6ème et 4ème au Centre Scolaire de La Favorite à Lyon, Caroline Collomb exerce deux jours par semaine à Paris, son métier de haut fonctionnaire et à plein temps, celui de référente LREM du Rhône. Sa feuille de route ? « Animer et structurer un tout nouveau parti qui a un peu fait les choses à l’envers, cela n’est pas nouveau : quand il arrive au pouvoir en 1958, le Général De Gaulle commence par modifier la constitution avant de la faire approuver via un référendum, par une large majorité ! »

Du QG lyonnais des « Marcheurs »… Se mettre « en ordre de marche » pour que « LREM perdure à travers ses représentants ancrés dans la vie politique locale de Lyon, de la Métropole et de notre beau département… » Voilà ce qui anime la chef de file du mouvement du Président de la République dans le Rhône. Entre deux ateliers thématiques avec son binôme Jérôme Payen, Caroline Collomb accueille de plus en plus de « marcheurs » à La Terrasse, son QG lyonnais de la Place de Trion. Le trac ? Elle ne connaît pas. Les participants à son dernier meeting de campagne aux Législatives ont remarqué sa prise de parole très assurée. Après avoir vu « le PS s’effondrer comme un château de cartes, en raison de son incapacité à formuler des propositions en phase avec le 21ème siècle », Caroline Collomb souhaite pérenniser « un mouvement érigé en lieu de débat et d’émergence d’idées : face à la montée des extrêmes, très préoccupante à gauche comme à droite, sur fond de replis individualiste et identitaire, il nous faut opposer la nécessité, la force de l’engagement ». Pour conquérir Lyon en 2020 ?

…à la galerie de portraits de Beauvau. Serait-ce une esquisse de programme de candidature à des élections européennes, législatives, voire municipales ? La patronne rhodanienne de LREM s’en défend : « Seul compte mon engagement au service de ce mouvement, je ne suis pas de ceux qui entrent en politique pour avoir un mandat, cela reviendrait à faire passer des ambitions personnelles avant mes convictions, une forme de cynisme qui signe la mort de la politique livrée à des partis de cadres. » S’il est une galerie de cadres qui trouve grâce à ses yeux, c’est bien celle de l’antichambre de l’Hôtel de Beauvau. Le visage de Michèle Alliot-Marie est hélas le seul à ouvrir une brèche dans le bastion masculin des centaines de portraits de ministres de l’Intérieur qui défilent depuis Lucien Bonaparte, sur les murs lambrissés de l’ancien hôtel du Maréchal de France Charles Just de Beauvau-Craon, ministre de la Guerre sous Louis XVI. « Vu la brève durée de vie d’un ministre de l’Intérieur, sourit Caroline Collomb, ces portraits nous donnent une belle leçon d’humilité !» La visite se poursuit le plus naturellement du monde, côté appartement de fonction ministérielle.

Visite privée. Au mobilier Ikéa des chambres d’enfants, succède le pharaonique meuble des années 50 commandé par Charles Pasqua et flanqué par Claude Guéant, l’un de ses successeurs au Ministère de l’Intérieur, d’une tapisserie naturaliste de l’artiste De Poret.  Un bronze de Voltaire tempère le télescopage des styles, dans la pièce préférée de Caroline Collomb. En atteste Le Tour du Monde du Roi Zibeline, ouvrage de Jean-Christophe Ruffin posé sur le bureau du vaste séjour où Caroline s’est replongée avec délice dans les pages d’« A la Recherche du Temps Perdu ». D’autres souvenirs affleurent dans la volée de marches franchies en mai dernier, pour la première fois. « On ne gravit pas sans émotion l’escalier d’honneur de ces lieux magnifiques et chargés d’histoire. Les parcourir c’est aussi prendre conscience de la responsabilité et de l’importance de la mission de Ministre de l’Intérieur. »

« Partir sans vraiment partir, pour faire rayonner Lyon à Paris ». Au-delà des ors de la République, « l’Hôtel de Beauvau est avant tout un lieu de travail ». Occasion pour l’épouse du Ministre de l’Intérieur d’évoquer « le sacrifice » consenti par Gérard Collomb, à la suite d’une nomination que « son sens des responsabilités » lui fit accepter. « Un peu contraints et forcés, on s’est retrouvés là, mon mari a dû quitter sa famille et Lyon où il rentre seulement le week-end, quand il le peut. » Avec le sentiment de l’avoir vu « partir sans vraiment partir, pour faire rayonner Lyon à Paris, Caroline, Clémence et Camille passent les vacances scolaires et certains week-ends dans la capitale où elles viennent d’applaudir au Théâtre du Rond-Point, « Tableau d’une exécution » mis en scène par la directrice du Théâtre des Célestins. Entre deux coups de cœur pour les expositions « Los Modernos » au Musée des Beaux-Arts à Lyon et « Dior Couturier du Rêve » aux Arts Décoratifs à Paris, Caroline Collomb adore visionner des séries, telle « Le Baron Noir » d’avant une deuxième saison ouverte sur le coup de vieux du PS et zappée en une seconde !