Par Bernard Gouttenoire (avec la complicité toute amicale de Paul Gravillon)

« Régis Neyret est mort à l’EHPAD Saint-Francois de la Croix-Rousse, ce samedi matin. Je n’ose dire qu’il a rejoint sa femme morte, il y a quelques mois, dans ce même EHPAD. Je ferai comme eux et comme quelques autres : je garderai le silence, mais leur vie a été belle, seule la prière a toute sa place ici, loin des discours convenus. Avec eux, saluons la beauté, elle seule est à la hauteur. La vie a intérêt maintenant à être, elle aussi, parfois belle malgré tout : comme un pèlerin en salue un autre j’ai croisé tout à l’heure, dans le même ascenseur, l’ami Régis, emporté sous un drap virginal, il me disait un dernier au revoir, un dernier cadeau de notre amitié ».

Ainsi s’exprimait mon ami de toujours, Paul Gravillon, quand il m’écrivait ce texte plein de pudeur, de foi et de respect, dans la journée du 14 septembre 2019, laissant, orpheline, toute la ville de Lyon, de celui qui avait -par son action (autant efficace, qu’exemplaire)- contribué à la Renaissance du vieux Lyon (les quartiers Saint-Jean, Saint-Paul et Saint-Georges). C’était à l’époque où des élus peu scrupuleux -suivaient le maire, tête baissée- allaient sacrifier les quais de Saône, sur l’autel des pseudos-modernités. Ils voulaient tout raser et faire à la place un chantier d’envergure, neuf (genre centre d’échange de Perrache).

Autant défigurer la poésie des façades des quais de la rivière, et renier l’Histoire unique de ce village dans la ville, datant du Moyen-Age, un témoin capital du passé. Mais un homme, Régis Neyret, veillait. Il habitait lui-même, avec Annie son épouse, le quartier. Plus exactement place du Change, dans cette belle allée toute biscornue au charme indescriptible, juste au-dessus de la galerie de Janine et Maurice Bressy, l’Œil Ecoute, quai Romain Rolland, la première galerie moderne de Lyon. On voyait là, les peintres comme Jim Leon, Sonny Meyer, Robert Düran, Jean Janoir, Max Schoendorff et Patrice Giorda… En route la Renaissance du vieux-Lyon, avait donc, ses raisons d’espérer, mieux d’exister. Mais il a fallu se battre jusqu’à parvenir à la consécration par la reconnaissance internationale de l’Unesco, portée par le couple Neyret.

Il nait le 4 avril 1927, à Les Eparres (commune d’environ 1000 habitants, proche de Bourgoin-Jallieu, Isère). Régis Neyret deviendra journaliste et même le directeur de la revue Résonances de la vie lyonnaise, d’octobre 1953, à sa vente en 1980. Une publication qu’il veut culturelle d’abord. Parce que la culture est la base de son engagement, quand il devient président de l’association de la Renaissance du vieux Lyon (créée en 1946), à partir de 1961. Il sera le fer de lance de la bataille livrée pour la sauvegarde de ce qu’il considère comme l’âme de Lyon. Pierre Jamet qui lui succèdera à la Présidence de ladite association, se souvient de lui « c’est l’homme d’une passion pour le patrimoine sous toutes ses formes, le bâti, la peinture, l’écriture. Une très grande générosité pour les autres quels qu’ils soient ».

De même Michel Mercier, alors à latête du Département, se rappelle « l’homme chrétien, très humain qui a permis de faire évoluer la loi grâce à André Malraux » (et ainsi de sauvegarder le vieux Lyon). Quant à Michel Noir et Gérard Collomb, ils ne peuvent que saluer celui qui a su préserver la belle âme de leur ville. Christophe Guilloteau ne l’a pas connu, mais il a le souvenir de quelqu’un qui a compté et qui mérite le respect pour l’ampleur de l’œuvre accompli. Mais, laissons à Pierre Voutay et à Philippe Valode, l’historien, le soin de saluer la volonté de l’homme de convictions, à Jean-Jacques Renaud (Fondation Renaud) le poids de dire sa peine immense et à Jean-Bernard Nuiry Président de la Fondation du Patrimoine (qui est son cousin, en voyage aux USA en ce moment), le soin de dire, ce qu’il doit à l’homme pour la protection de l’histoire ancienne et urbaine de notre cité, devenu notre Patrimoine peu commun, grâce à lui.

Fervents amateurs et défenseurs de l’Art moderne Annie et Régis Neyret lègueront leurs collections de peintures contemporaines, au Musée Municipal Paul Dini, à Villefranche-sur-Saône. En 1998, il obtient la suprême récompense de la reconnaissance du vieux Lyon, au titre de l’Unesco, avec la complicité de Raymond Barre, alors maire de Lyon. C’est ce que l’histoire retiendra.

Messe de funérailles en la primatiale Saint Jean – Jeudi 19 septembre 2019 à 11h

 

La réaction de Gérard Collomb

« Je viens d’apprendre avec une très vive émotion le décès de Régis Neyret.

Fondateur de la Renaissance du Vieux-Lyon, Régis Neyret avait contribué à sauver ce quartier historique en s’opposant au projet qui devait en détruire une partie. C’est ainsi qu’il put obtenir la création du premier secteur sauvegardé de France dans le cadre de la loi Malraux.

Plus tard il fut un des acteurs majeurs du classement du site historique de Lyon sur la liste du patrimoine de l’UNESCO.

Avec sa disparition, Lyon perd l’un des plus ardents défenseurs de son histoire et de son identité. »

Gérard Collomb,
Maire de Lyon.