Par Morgan Couturier et Marc Polisson

Menacé de fermeture, le Musée des Tissus et des Arts décoratifs a désormais un nouveau propriétaire. Le premier gros hold-up politique de Laurent Wauquiez à Lyon.

« Jamais dans mes pires rêves, je n’aurais imaginé un tel avenir ». Trois ans après avoir entamé publiquement le projet de sauvetage du musée des Tissus et des Arts décoratifs, Emmanuel Imberton s’est montré rassuré sur le sort de l’établissement culturel dont la Chambre de commerce et d’industrie est propriétaire. Preuve que le week-end a su être bénéfique alors que l’intéressé se montrait bien plus pessimiste vendredi, à l’issue de l’ultime réunion de pilotage. « Il fallait une solution de sortie », rappelle le président de la CCI de Lyon Métropole. Celle-ci est venue de la Région et de Laurent Wauquiez, laquelle a « accepté de compléter sa proposition financière ». Alors que les travaux de modernisation sont estimés à 30 millions d’euros, la Région a promis un investissement à hauteur de 10 M€. Soucieux du sort de ce « joyau du patrimoine français », l’Etat s’est engagé sur 5 M€. Un effort soutenu par Unitex, dont l’investissement se chiffre autour du million d’euros. Pour le reste, Laurent Wauquiez a promis de s’emparer de « son bâton de pèlerin » pour dénicher de nouveaux mécènes.

Vendu pour un euro symbolique

« Sans lui, le musée aurait fermé », poursuit le président de la CCI », alors que la Ville et la Métropole ne souhaitant combler ce puits sans fond avaient opté pour la cession des deux hôtels particuliers. « Le but de leur projet était de faire une spéculation immobilière. On nous amusait et nous avons perdu 1 an et demi », a taclé Laurent Wauquiez, particulièrement véhément à l’égard de la municipalité. « Je regrette que la Ville ait joué la montre et espéré que ça ferme. Nous tendons la main au maire. Il n’a pas 600 000€ à mettre ? ». Devant « une telle passivité », la Région a donc pris les devants pour assurer la pérennité de ce temple de la soie… et faire un gros coup politique. Elle en a même acquis la propriété, pour un euro symbolique alors que son président a annoncé un vaste programme de rénovation et de modernisation. Cette « renaissance » ne devrait pas débuter avant 2019, selon les premières estimations, alors que l’élu républicain se base sur « deux à trois ans de travaux ». À terme, la Région souhaite créer une cité musée du textile, où seraient organisées de « grandes expositions, avec les meilleures technologiques modernes », voire les « plus grands défilés de mode ». MC

 

Musée des tissus ou musée des horreurs ?

Un musée ringard à souhait
Au-delà de l’émotion légitime qu’avait soulevé sa possible fermeture, il s’agit néanmoins de regarder la réalité en face. Le Musée des Tissus est totalement ringard, tant dans sa scénographie (photo ci-dessus) que dans son implantation. Les deux hôtels particuliers historiques qui l’accueillent rue de la Charité n’auraient jamais dus être dénaturés de la sorte. Le public ne s’y est pas trompé, qui boude ostensiblement les lieux. Il est fort dommage que ses difficultés financières n’aient pas conduit la CCI et ses partenaires à repenser entièrement le concept et à envisager son déménagement dans un lieu plus adapté, comme une ancienne usine textile. C’est là que la mémoire des soyeux lyonnais aurait pu reprendre vie et s’inscrire pleinement dans le XXIème siècle. Les intentions de la Région sont louables mais malgré les montants investis, il sera difficile de faire du neuf avec du vieux, vu les contraintes architecturales des lieux. MP

 

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C’est en million d’euros, le déficit d’exploitation présumé du musée des Tissus et des Arts décoratifs. Pour le combler, la Région va investir 1 million d’euros supplémentaire chaque année. L’institution sera assistée par l’Etat, à hauteur de 300 000€ sur les trois prochaines années. La CCI a également promis d’apporter 500 000€ de façon pérenne. À cela, devraient s’ajouter les recettes de la billetterie. Alors que le musée attire chaque année 60 000 visiteurs, la Région souhaite doubler la fréquentation une fois les travaux terminés. Pas sûr que ce soit suffisant.