Par Frédéric de Natal

Cette année encore, les élus de Lyon ne devraient pas déroger à la règle et participer au « vœu des échevins ». Bien qu’elle ait été remise en cause récemment par plusieurs associations laïques qui ont opposé son caractère religieux à la loi de séparation de 1905, la ville de Lyon a toujours honoré cette traditionnelle commémoration qui consiste à offrir à la Vierge Marie, un écu et un cierge lors d’une messe de remerciements. Pourquoi cette fête est-elle autant importante pour la capitale des Gaules ?

Au cours du XVIIème siècle, la peste frappe le royaume de Louis XIII. Lyon n’est pas épargnée et les victimes se comptent par milliers. Les échevins de la ville et son prévôt réunis au sein d’un Consulat, l’équivalent de nos conseils municipaux actuels, décident de se rendre sur la colline de Fourvière qui surplombe l’antique Lugdunum. Ils prononcent alors un vœu à la Vierge Marie. Ils lui érigeront deux statues si elle consent à épargner la ville de ce terrible fléau qui frappe tout un chacun sans distinctions sociales.

Et le miracle d’être accompli un matin du 8 septembre 1643, jour de la Nativité de la Vierge. Respectant leur promesse, les statues furent rapidement installées, une sur le perron de la loge du Change (disparue), l’autre sur le pont de Saône (actuellement visible à la chapelle de l’hôtel-Dieu). Il fut en outre décidé que chaque année, à cette date, « un écu d’or et sept livres de cire blanche » lui seraient aussi offerts.

Depuis lors, le renouvellement du « vœu des échevins » a toujours été scrupuleusement respecté par les différentes municipalités qui se sont succédé. Exception faite de la révolution française qui balaye brutalement cette commémoration dès 1790. Après un timide retour sous le Premier empire, il faut attendre novembre 1848 pour que le cardinal de Bonald décide de réactiver cette piété liée au culte marial. Au plus fort des deux guerres mondiales, le culte fut synonyme d’unité nationale et retint même l’attention du régime de Vichy qui en fit une cérémonie officielle (1943).

Le maire radical Edouard Herriot qui ne souhaitait pas se compromettre avec cette tradition peu après la Libération, consentit néanmoins à envoyer une délégation officieuse à la basilique de Fourvière. C’est avec Louis Pradel que la commémoration mariale repris toutes ses lettres de noblesse. Non sans polémiques, il y a peu. L’année dernière, des associations laïques avaient autant dénoncé un accroc à la sacro-sainte loi de 1905 qui sépare l’église et l’état qu’une vaste « opération électoraliste » à l’attention du vote catholique de Lyon.

En dépit des vicissitudes de l’histoire, Lyon a toujours su « marquer son originalité, en respectant, sans trahir l’esprit moderne, les traditions qui donnent à une ville sa personnalité et son âme » pouvait-on lire dans le bulletin municipal officiel du 10 septembre 1978. Et qui résume encore aujourd’hui toute la symbolique et la force de cette traditionnelle cérémonie à ne pas manquer.


Dimanche 8 septembre 2019 à 17h30
Basilique Notre Dame de Fourvière – Lyon 5

En raison du retrait du cardinal Barbarin, la cérémonie sera présidée par Monseigneur Michel Dubost. Elle sera suivie des discours et de l’inauguration du nouveau pavillon d’accueil des pèlerins en présence de Gérard Collomb, Laurent Wauquiez, Philippe Desmarescaux et Alain Mérieux.