Photo © Saby Maviel

Par Marc Polisson

Exclusif. Il ne soufflera pas les 21 bougies du marché aux Puces de Lyon. Quelques jours après avoir reçu le trophée du tourisme « Excellence Destination Shopping », Jacques Chalvin a décidé de se retirer du projet. Épilogue d’un crash annoncé.

C’est par un courrier envoyé le 2 décembre 2015 aux 250 marchands des Puces que Jacques Chalvin leur a annoncé son départ. Nous ne sommes pas surpris. Certes la mariée était belle, mais Jacques n’avait aucune latitude pour la faire danser à sa guise. Et pour cause, il s’agissait d’un ménage à trois. Lui et ses associés Stefan Blanchet et Jean-Charles Mathey pour l’exploitation du fond de commerce, la famille Giorgi propriétaire du terrain et enfin la mairie de Villeurbanne, sur ses terres. Nous l’avions prévenu dès le départ qu’il serait difficile d’évoluer sereinement au sein d’un tel panier de crabes. Entre les ayatollahs de la mairie de Villeurbanne et la rouerie de Constant Giorgi, Jacques Chalvin ne pouvait s’en sortir. Il en a pris acte.

On retiendra de son passage éclair aux Puces l’intense énergie qu’il a déployée pour réveiller cette belle endormie. Jamais le marché n’avait connu une telle effervescence ! Entre l’installation des containers, la mise en place des animations, la médiatisation, la fête des 20 ans… Jacques nous a fait un festival ! Au point que certains marchands en étaient tout déboussolés. « Il peut paraître paradoxal que cette décision intervienne alors que tout le travail de dynamisation et de développement que nous avons mené lors de ces deux ans et demi commence à obtenir des résultats très significatifs » écrit-il. Mais quand les vents contraires sont les plus forts… Pour vous la faire courte, j’emploierai cette métaphore : Même un Jacques Chalvin, aussi dynamique et rusé qu’il soit, n’a pu parvenir à franchir les hauts murs de la connerie et de la jalousie.

Prenons la mairie de Villeurbanne pour commencer. Les staliniens qui la dirigent n’ont jamais compris qu’ils avaient une pépite sur leur territoire. Et se sont empressés de resserrer le carcan administratif autour des Puces, qu’elles auraient au contraire dû booster car c’est le seul atout touristique de leur ville. Accès, stationnement, parking… les galères ont succédé aux galères : « 6 refus successifs d’ouverture au public du bâtiment «  le Mille », refus de la réouverture partielle du Hangar A1 contre toute logique, menace de fermeture administrative de l’Ecole et lourde menace sur la pérennité des containers. Cerise sur le gâteau, j’ai dû répondre, rien que ce dernier mois à trois convocations de deux heures au commissariat de Villeurbanne. Peu de délinquants reconnus ont cet honneur » assure Jacques dans son courrier.

Poursuivons avec le bailleur, en l’occurrence Constant Giorgi, exilé fiscal suisse, dont les passages en force et les magouilles sont régulièrement mises à l’index (lire à ce sujet l’article sur l’hôtel Métropole et ses annexes). Ce qui ne l’empêche pas de continuer à prospérer (république bananière oblige) en mettant le reste de sa famille dans l’embarras. Non content d’encaisser les loyers (600 000 euros par an), il a édifié deux bâtiments sur le terrain des puces sans permis de construire, alors qu’on se trouve dans une zone Seveso ! Ce qui a fini de braquer la mairie de Villeurbanne, à laquelle il a été contraint d’annoncer qu’il renonçait à l’ERP. Les bâtiments construits, destinés à accueillir les rescapés de la Cité (boulevard Stalingrad), vont être reconvertis pour un usage industriel.

Après le sinistre intervenu au début de l’été, et qui a contraint Jacques Chalvin à fermer le hangar principal, Giorgi a mis tous les marchands au chômage mais a continué d’exiger les loyers ! Et n’a toujours pas financé les réparations alors qu’il est blindé, comme l’explique de façon sibylline Jacques Chalvin : « De l’autre côté, l’intransigeance du bailleur pour le paiement des loyers, notamment après l’important sinistre que nous avons subi, et dont les causes et responsabilités sont clairement identifiés du côté de l’étancheur du bailleur, ont eu pour conséquence ma mise en minorité, suite à des manœuvres assez déloyales, au sein de mon conseil d’administration. »

Que va-t-il se passer ? Jacques Chalvin a démissionné et laissé ses anciens associés récupérer le bébé des Puces. Il peut partir la tête haute vers d’autres projets du même ordre. Nous n’en dirons pas plus tant que ce n’est pas acté définitivement, mais il devrait à terme ouvrir un second marché aux puces dans la région lyonnaise et ailleurs sur le territoire hexagonal. A suivre…