Photos © Fabrice Schiff

Par Yves Espaignet

Dans une discrétion toute lyonnaise, le groupe Boiron affirme sa bonne santé en surmontant les effets de la crise générale que nous subissons depuis 2008. Cette évolution correspond au retour de Christian Boiron à la direction du laboratoire d’homéopathie en 2011.

Les chiffres attirent l’attention avec en 2013 une progression d’activité de 9% et des bénéfices qui suivent une courbe ascendante (1). A 67 ans, le capitaine tient fermement le gouvernail d’un groupe dont les produits sont exportés dans 58 pays et qui revendique d’être présenté par toutes les pharmacies de l’Hexagone (pas moins de 22.400 officines). Dans son nouveau « village » de Messimy (comme il le qualifie), occupant désormais une quinzaine d’hectares, il mène une profonde transformation de l’entreprise. Depuis 1995, le site ne cesse de s’étendre pour répondre à « la démarche de diversification des productions réalisées à Sainte-Foy-Lès-Lyon. » Le laboratoire fidésien, figure emblématique du groupe ouvert en 1974 devrait y être totalement transféré comme vient de l’être le siège social. En 2017, le nouveau site de Messimy rassemblera alors 1200 des 3720 collaborateurs du groupe (filiales internationales comprises). Et Christian Boiron de préciser : « Je barre le bateau avec prudence mais il était indispensable de répondre aux exigences de production des préparations magistrales et dans le même temps d’améliorer la rentabilité de l’entreprise ».  Les clés de cette réussite qui a fait du Laboratoire Central Homéopathique de France, créé en 1932 par Jean et Henri Boiron, le leader mondial de la discipline peut se comprendre dans ses propos définissant l’esprit de son action :  « I l ne faut jamais se chercher dans le regard des concurrents .  Nous avons une vision de l’homéopathie ». Il reste toujours fidèle également à ses principes, défendus dès son arrivée à la direction (lorsqu’il n’avait pas encore 30 ans), visant à responsabiliser les équipes pour « mener une politique de développement de l’entreprise » et si un « frein » est perçu : « on accélère avec une politique sociale ». L’acquisition du laboratoire français Dolisos en 2005 est considérée comme une étape déterminante pour son groupe : « cela a marqué la fin d’une guerre commerciale et permis une amélioration de la rentabilité. » Il s’éloigne alors des responsabilités pour s’occuper de la branche d’activité italienne. Un moment important pour comprendre sa démarche présente car: « le fait d’aller en Italie m’a donné une nouvelle vision, une meilleure compréhension de ce qu’il fallait faire dans la façon de communiquer, de s’appuyer sur des responsables ». Il tient à saluer son actuelle équipe de direction Valérie Poinsot et Philippe Gouret : «  une équipe qui marche vraiment très bien ». A ses yeux, l’atout majeur réside dans « le plaisir de travailler dans le détail car, en effet, on a vocation à être parfait ». Une démonstration effectuée avec toute la passion d’un chercheur décrivant sur un tableau les multiples aspects de la question: «  le principe actif se trouve dans la dilution elle-même ». Et de préciser : « j’ai repris la recherche sur la question de l’infinitésimal ». Aujourd’hui, 3000 souches sont identifiées par les équipes des laboratoires Boiron mais l’effort stratégique du groupe pour les années à venir est de faire progresser l’homéopathie : « avec ces mêmes éléments par la manière dont ils sont utilisés et par la façon dont ils sont préparés. »

(1) Le chiffre d’affaires 2013 s’établit à 617,7 millions d’euros (les données 2014 seront publiées le 22/01/15). Les marchés français et européen sont les deux plus importants.