La tribune libre de Marc Fraysse

« Depuis une semaine, l’univers médiatique tourne et retourne la question du reconfinement de la France… écarté provisoirement par le Premier ministre hier soir. Impossible d’échapper aux avis des « sachants », personnalités aux spécialités médicales devenues depuis un an les « éditorialistes » des chaines d’information continue, aux conférences de presse multiples du ministre de la Santé, aux déclarations de ces collègues de l’Economie et de l’Industrie et aux nombreux tableaux statistiques montrant « un plateau montant » (nouvel élément de langage) de la pandémie !

Il est impossible d’avoir une mise en perspective de l’évolution de notre pays en abordant tous les domaines (société, économie, emploi, santé). Personne ne veut intervenir ; le silence des formations politiques sur ces sujets est remarquable. Les universitaires et chercheurs le sont également et les études sur ces sujets semblent absentes.

Nos esprits sont pris par ce tourbillon du suivi pandémique et il est impossible de s’extraire de cette situation oppressante pour prendre du recul.

Le Président de la République prendra sa décision et ce sera une décision politique et non simplement une décision sanitaire, car en an le pays a changé ! Fatigue psychologique, inquiétudes pour l’avenir, pauvreté se répandent dans les villes et les territoires.

Les Françaises et les Français font preuve de résilience ; ils respectent les consignes sanitaires, les limitations de leurs libertés mais l’épreuve provoque des dégâts sociaux, sans parler des menaces sur la vie des entreprises…

Il nous faut des perspectives pour que chacun de nous puisse définir une trajectoire d’action et nous découvrons que le gouvernement n’a aucune lisibilité car nous avons perdu notre souveraineté dans un domaine stratégique, celui de la santé.

Le salut passe par la vaccination, mais la seule possibilité d’avoir un vaccin français après l’arrêt des travaux de l’institut Pasteur et les retards de Sanofi, repose sur la société Valneva ! Pourtant c’est le gouvernement britannique qui bénéficiera des 60 millions de doses de sa production en 2021 car il lui fait confiance et commandé toute sa production…avant le gouvernement français.

Cela ne s’invente pas. Lorsque l’on déclare la guerre, on mobilise les énergies, les ressources du pays, on procède à des réquisitions pour répondre aux besoins indispensables… Non point, Poutine nous propose de produire son vaccin sur notre territoire à la fin 2020… Finalement, sans grand bruit c’est l’Allemagne qui le fera avec le feu vert donné par A. Merkel. Cela couvrira les éventuels besoins allemands et permettra d’envoyer des vaccins dans d’autres pays européens et africains.

Nous avons confié à l’UE les achats de vaccins mais nous découvrons que celle-ci a conclu avec les laboratoires des accords plus tardifs et que d’autres pays ont signé des achats de production…

La France attend de voir comment va se résoudre le problème des livraisons prévues qui n’arrivent plus ! Mais rien ne nous interdit de négocier la licence de production de ces vaccins pour les produire sur notre sol car il nous faudra sans doute lancer des campagnes de vaccination annuelles comme pour la grippe. Cette adaptation stratégique serait aussi une anticipation des besoins à venir.

Si l’UE a raté une occasion de montrer sa capacité à mettre en place une action sanitaire globale en évitant la montée des égoïsmes nationaux, elle a au moins le mérite de financer le plan d’action de l’ONU car la solidarité mondiale est à l’épreuve.

Les vaccins sont des armes géostratégiques dans ce monde traumatisé par la Covid. Un exemple proche l’Ukraine. Pas question pour le gouvernement de Kiev de prendre le vaccin russe… Mais lequel, car rien n’arrive dans les pays sans moyens financiers. De l’autre côté de sa « frontière », en Crimée et en Donbass, les autorités russes vaccinent.

La compréhension des évolutions du monde, de notre pays face à cette pandémie, demande de réveiller nos esprits, de retrouver nos capacités d’analyse.

Ce n’est pas un appel à la désobéissance civile car nous devons respecter nos règles communes, ajouter du désordre à l’actuel plan d’action qui se déroule « comme prévu » selon le ministre de la Santé serait irresponsable. Nous devons essayer de trouver des solutions pour adapter nos entreprises, nos commerces. Alors quand le député A Quatennens (LFI) avance un livret pour faire fonctionner le pays par roulement, regardons ses propositions.

Débattons ; là est aujourd’hui l’urgence démocratique. Echangeons et nous retrouverons des capacités d’action. Et ce à tous les échelons, du terrain local à l’échelon national. L’optimisme revient dans l’action et nous avons l’obligation de retrouver l’esprit d’initiative. »

Marc Fraysse
Ancien député du Rhône
Président de France Unie