55salondhiver2011.jpg Par Alain Vollerin

N’en déplaise aux adeptes du réchauffement de la planète ce 55eme Salon d’Hiver n’est pas semblable aux autres. Les tenants de l’art Abstrait sont moins nombreux, et le dessin revient en force, malgré les vilains adages qui prédisaient sa mort certaine.

 

Il souffle ici un air de folle jeunesse de très bon aloi pour son avenir. Bien entendu, l’adjoint à la Culture de la Ville de Lyon, Georges Képé le Néant était absent. On se demande où il traîne ses guêtres. Christian de Salins le remplaça sans mal et avec subtilité. L’invité d’honneur Bocaj méritait son officielle présence, c’est Michel Havard député de la circonscription, amateur d’art qui lui rendit un hommage éloquent et mérité. Bocaj apprécie les vastes formats où il décline son message social porté par des femmes engagées dont le regard affronte sans rien lâcher, celui des marchands de bonheur à tous prix qui n’hésitent pas à l’utiliser, comme une affiche facile et vendeuse. Le corps de la femme, chez Bocaj, est exalté pour la bonne cause, celle de l’Amour, sans aucun doute, mais dans le respect, dans l’admiration, pour dire son inaliénable liberté. La peinture de Bocaj est liée à l’histoire de la Bande dessinée, mais aussi à l’Histoire de l’Art. On retrouve la présence d’Erro, mais surtout celle de l’américain Roy Linchtenstein.

 

Parmi les artistes présents citons Christian Arnaud qui use heureusement de formes et de couleurs pures, un peu comme Jean Meunier-Curtinet cherche l’inspiration autour de la plage de l’Escalet à Saint-Tropez, Svetlana Arefiev par ses coups de pinceaux qui déchirent la toile exprime toute l’âme russe en pleurs. Macha Belsky est architecte, elle confronte avec audace son savoir en interprétant notre patrimoine désormais classé par l’Unesco. Guy Béraud porte un nom illustre qu’il ne trahit pas en dessinant dans la matière des perceptions fantasmées de notre humanité. Geneviève Cornu produit une œuvre très littéraire, comme on dit des mots doux. Renée Dolomier reproduit l’univers du village corse, sans attentat. Marianne Dencausse a vu Venise, elle nous le dit avec délicatesse. Charles-Henrique de Oliveira est aussi galeriste puisqu’il s’est installé dans la galerie Saint-Georges célèbre par la longue activité au service de la peinture lyonnaise de son irremplaçable animatrice Denise Mermillon. Oliveira est un singulier à la truculence latine. Jean-Pierre Eygonnet tente avec succès d’enrichir ses recherches autour de l’influence de Jean Atlan. Michel Farine peint des univers curieusement translucides. Pascale France fait jaillir de la peinture des corps féminins dans un élan incompressible. Jean-Pierre Gouget évoque dans un dessin contemporain des sentiments éternels. Chantal Hayette poursuit ses études, Nathaly Hertwig-Gillet exprime ses liens avec le monde entre peinture et bande dessinée, Louis Houpert appose et oppose des signes, des formes. Daniel Joux s’engage dans la forme et sur le fond, il dénonce l’esclavage capitaliste (l’esclavage communiste n’est pas mal non plus, lire les biographies récentes de Staline).

 

Quel chemin parcouru en un an par Catherine Lesaffre, elle méritait incontestablement de recevoir cette année le Prix des Présidents, comme souvent les élèves de l’école Emile Cohl. Edouard Labrosse, qui a obtenu la médaille d’or ne choisit pas entre la peinture et le dessin, comme il a raison. André Llamas est sociétaire depuis 1969, en peinture il exprime le plus en un minimum de moyens, et pourtant, ils sont grands. Le Salon devrait lui rende l’hommage qu’il mérite. Brigitte Maillard produit une sculpture singulière intéressante dont les couleurs ambigües s’opposent à notre conception du bonheur. Claude Martinet délaisse provisoirement le monde des manèges pour celui des natures mortes qui l’entourent au quotidien aux Halles Paul Bocuse. Il y a quelque chose de Georges Braque, nous ne comprenons pas le virage choisi par Annick Morize, certains collectionneurs sont déçus,. Michelle Paillard-Carré décrit Venise dans son inaccessible mystère, Serge Patuano par une écriture actuelle transmet ses émotions automobiles. Jean-Jacques Rinck est victime d’un nouveau délire, né de sa rencontre avec des kilos d’archives. Mais, n’a-t-il pas toujours été surréaliste ? Lara Rolland prolonge son œuvre d’écriture sur la muraille qui voudrait l’enfermer dans un destin contraire. Elle démontre par sa détermination que la peinture peut-être salvatrice. A l’entrée du Salon, on voyait un immense format du turbulent John Salter qui voit la vie comme une répétitive catastrophe. Janie Petit, dont la mère Yolande Gandois présida le Salon, se libère au fil du temps. Il y a certainement une raison. Maxime Signaire préfère les couleurs légères. Olivier Debré disait : " le jeune peintre fait dans le foncé, le vieux peintre dans le clair, 

 

N’oublions pas Bruno Pezon, Léon Piesowocki, Jacky Pêcheur, Marie Granger, Marianne Godard, Olivier Bouchet. Si Maxime Signaire, dans la préface, se réclame noblement de l’esprit de l’antique Violon d’Ingres enrichi de lectures poétiques ou littéraires, le Salon d’Hiver porte l’espoir des futures valeurs du graphisme et de la peinture animée, confirmé par la présence pendant le vernissage de Mr Rivière, directeur de l’école Emile Cohl. Il faisait beau ce samedi après-midi. Un très nombreux public communiait dans ce rituel familial et amical de la visite au Salon. Tout le monde était heureux. Un miracle en ces temps de crise et de disette. Tout à coup, un être qui confond le rôle de concierge et celui de Kapo poussa un cri violent : " Dehors, c’est fini. Sortez…" Comment afficher un tel mépris pour les autres dans une ville administrée par un socialiste défenseur des droits de l’homme. Par la volonté des membres du bureau et particulièrement de son secrétaire, Daniel Petit, l’entrée est gratuite. Profitez-en.

55eme Salon d’Hiver

Palais Municipal

20, quai de Bondy – Lyon 5e

Jusqu’au 4 Février 2011

Tous les jours de 14h30 à 18h30. Dimanche de 10 h à 13 h et de 14h30 à 18h30

www.lhivernaldelyon.fr