Arrietty.jpg Par Aymeric Engelhard

Chaque année ce sont les industries lourdes de l’animation qui font la une, Pixar, Dreamworks, Disney, la 3D… Alors quand sort un petit dessin animé à l’ancienne où la poésie revêt plus d’importance que le style visuel, c’est un véritable bol d’air frais.

Les studios Ghibli sont le fleuron de l’animation made in Japon. L’un des deux fondateurs n’est autre que l’illustre Hayao Miyasaki, grand manitou du dessin animé comme le fut autrefois un certain Walt Disney. Chacune de ses nouvelles merveilles défraye la chronique, de « Nausicaä » à « Ponyo sur la Falaise » en passant par « Le Château dans le Ciel » ou encore « Princesse Mononoké ». Relativement âgé, le réalisateur a déjà préparé sa succession avec une belle bande de magiciens de l’image prête à marcher sur ses pas. Il y a son propre fils mais aussi Hiromasa Yonebayashi qui passe à l’action avec « Arrietty… ». Ce film raconte la rencontre entre deux personnages mais surtout entre deux mondes, celui des humains et celui des chapardeurs, êtres marqués par une toute petite taille.

Arrietty est une chapardeuse. C’est un personnage en tout point humain sauf de par sa taille. Elle est espiègle, courageuse et déterminée. Cela la mènera à la rencontre d’un humain, Sho, pauvre gamin malade qui lui viendra en aide lorsque ses congénères auront décidés d’anéantir les petits êtres. La jeune fille connaît les règles d’une telle rencontre mais elle ne peut s’empêcher de penser qu’une entente reste possible. Elle se voit plongée dans une maison et un jardin que les dessinateurs ont voulu très colorés. C’est un endroit paradisiaque pour nos yeux mais pour Arrietty les dangers sont nombreux, le gros chat rôde, les rats pullulent dans les sous-sols… Ainsi le film se voit comme si le spectateur devenait chapardeur, tout semble gigantesque et chaque son devient accentué. La prouesse de ce long-métrage réside dans cette maniaquerie concernant les détails. Ainsi une goutte de thé même sortant d’une mini théière sera forcément différente. La précision sur l’ambiance sonore atteint le summum. Lorsque l’héroïne et son père pénètrent de nuit dans une cuisine vide, c’est un véritable opéra de sons métalliques, liquides et obscurs. Les perceptions sont bouleversées. C’est véritablement là que le film se tire vers le haut. Car sinon la bonne vieille animation 2D japonaise est toujours au rendez-vous, belle à en crever sur les paysages, plus discutable sur les personnages. Parfois c’est un tableau qui semble envahir l’écran tant la beauté des fleurs, arbres et du ciel (dont on aperçoit encore les coups de pinceau) éblouit. Les images rattrapent un scénario très enfantin où les dialogues, pardonnables certes, mais tout de même à la ramasse, peinent à exprimer quoi que ce soit. Heureusement, ce qui reste génial c’est que chaque phrase a les moyens de se graver dans la tête d’un enfant, elles leur sont adaptées et on retrouve là l’un des points centraux des films de Ghibli.

Ainsi, sans pour autant exclure les adultes, « Arrietty, le petit monde des Chapardeurs » se voit plus comme un conte pour enfants. Un bol d’air frais car jamais ennuyeux, beau comme pas deux et réellement apaisant.